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La salle de bains préfabriquée monte en gamme

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La salle de bains préfabriquée monte en gamme

Pesant moins d’une demi-tonne, les salles de bains en polyester peuvent être introduites dans le neuf en fin de gros œuvre. L’opération est conduite avec une grue ou une pelle. Il est possible, lors de rénovations notamment, d’opérer un remontage sur place.

© Doc. Altor Industrie

Construire en usine des salles de bains prêtes à poser sur les chantiers, oui, mais avec quel matériau, quel degré d’industrialisation et quels atouts économiques ? Avec la montée en gamme des préfabriqués, l’usage du béton ou des profilés métalliques, la question est de nouveau d’actualité.

Aujourd’hui, deux industriels français produisent plus de 80 % des salles de bains préfabriquées installées sur le territoire. Dans leurs catalogues figure une vingtaine de modules en polyester, équipés et décorés, déclinables (couleur, finition, accessoires). Ces séries sont produites dans les Pays de la Loire : à Mouchamps (Vendée), pour Baudet-SA, et à Clisson (Loire-Atlantique), pour Altor Industrie. Depuis peu, des arrivants les concurrencent avec des modules industrialisés à la demande, en béton ou profilés métalliques. L’italien Eurocomponents, le sarthois HVA Concept (filiale du Groupe Eiffage), ou quelques industriels espagnols visent ainsi le haut de gamme que les maîtres d’ouvrage semblent dorénavant privilégier.

Essor des conceptions personnalisées

Depuis trente ans, en effet, les salles de bains prêtes à poser sont en polyester thermodurcissable armé de fibre de verre, un matériau issu de la technologie marine. Pas de mystère à cela, Baudet-SA est née dans des locaux du constructeur nautique Jeanneau. Pendant des années, le procédé a séduit le groupe hôtelier Accor pour équiper ses hôtels économiques, Formule 1 et Ibis notamment. Avec succès, Baudet-SA et Altor Industrie ont étendu le marché aux constructions modulaires, de type maisons de retraite, établissements de soins, logements sociaux, résidences étudiantes ou de loisirs. L’atout du préfabriqué repose alors sur trois arguments. La gestion rapide sur chantier, avec des délais de pose raccourcis et un seul prestataire contre six ou sept auparavant. Une économie de prix de l’ordre de 5 à 15 %. Une maintenance réduite à l’entretien des accessoires et une simplification du nettoyage quotidien.
Mais aujourd’hui, même s’il s’installe 35 000 à 40 000 salles de bains en polyester par an en France, on assiste à un début de désaffection du matériau par les maîtres d’ouvrage. D’abord, en raison de son aspect « économique », de type entrée de gamme. Ensuite, parce qu’il est délicat à façonner - la fabrication du polyester dégage des produits toxiques - et difficile à recycler en fin de vie. Enfin, les modèles sont de plus en plus copiés à bas prix par des industriels, avec du polyester thermoplastique souple, moins cher, moins esthétique et moins solide, et des productions délocalisées hors de France. Ce qui nuit à la filière.
La demande, elle, évolue vers des conceptions personnalisées, design. « Nous ressentons une attente pour des produits contemporains du point de vue de la finition ; traditionnel, de celui du rendu, de l’aspect, et même des matériaux avec du carrelage par exemple », confirme Jean-François Gautier, directeur général associé d’Altor Industrie. Cette dernière innove dans des gammes valorisées en matériaux avec des formes plus « tendance ». Or la limite du polyester thermodurcissable est que, pour chaque nouveau modèle, il faut investir plusieurs centaines de milliers d’euros dans un jeu de moules.

Plus de matière grise, moins de matière

Selon Jean-Pierre Vergnaud, directeur général de Baudet SA, le bâtiment fait face à deux courants contradictoires : « D’un côté, les maîtres d’ouvrage réclament davantage de systèmes préconstruits, de préfabrication. De l’autre, ils recherchent un résultat qui ressemble à la construction classique. » Spécialiste du bâtiment industriel passé par la structure bois (Weisrock) et la charpente métallique (ADC Fayat), l’intéressé répond en proposant des modules préfabriqués mieux adaptés au résidentiel classique. Avec d’autres matériaux, « car, d’ici cinq à dix ans, le polyester sera marginal dans les salles de bains préconstruites ».
Le bureau d’études de l’entreprise travaille désormais sur ces projets qui s’appuient sur la maquette numérique et le BIM (Building Information Modeling). Il s’agit de proposer aux architectes et concepteurs des « objets » 3D, interopérables et accessibles depuis une base de données informatique intégrée à leurs logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO). L’entreprise est imaginative : multimatériaux, multiformes, multisurfaces à choisir ; avec « plus de matière grise et moins de matière », résume Jean-Pierre Vergnaud. Les éléments sont ensuite fabriqués industriellement, ils seront assemblés dans l’usine ou sur le chantier, dans des abris provisoires ou des hangars volants. À ses yeux, la salle de bains va devenir un élément modulaire industriel, intégré au bâti, unique comme un ascenseur : « On ne modifie pas une trémie quand la cage doit être remplacée ! »

Des séries de 25 à 30 unités minimum

Depuis cinq ans, les arrivants comme Eurocomponents ou HVA Concept proposent des modules finis, réalisés en béton ou en profilé métallique, fabriqués à la demande en usine, mais en séries de 25 à 30 unités minimum. Une porte métallique provisoire assure la fermeture par cadenas pour protéger les équipements et préserver la porte définitive posée à la fin des travaux. « Certes, les salles de bains en béton ou métal ne sont pas démontables, mais leur aspect est traditionnel, avec les matériaux et les équipements demandés par le client : carrelage, faïence, joints, mobilier, même des spécificités comme des parois arrondies », met en avant Laurent Leterouin, gérant de HES, représentant d’Eurocomponents en France. Cela va de la qualité standard jusqu’au très haut de gamme, mis en œuvre par des artisans d’art. Ces nouvelles offres commencent à intéresser les maîtres d’ouvrage : elles répondent exactement à leur demande d’aspect traditionnel et contemporain et à leur besoin d’industrialiser la construction. Il reste néanmoins à réaliser des séries moins importantes à moindre coût qu’une salle de bains traditionnelle.

N°338

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