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La pelouse escamotable du Grand Stade de Lille

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La pelouse escamotable du Grand Stade de Lille

Étape 2 : Reprise de chargeC’est la manœuvre la plus courte : à peine vingt minutes. Elle demande cependant une mise en place. Sur les faces externes des deux poutres latérales, sont fixés 24 bras articulés (12 de chaque côté, d’une dizaine de tonnes chacun), qui une fois ouverts, vont prendre appui sur autant de chariots sur rouleur express. Avant cela, il aura fallu retirer la pelouse synthétique qui fait le lien entre le terrain de jeu et les tribunes, puis mettre au jour les rails latéraux (cf. ci-après) sur lesquels circuleront les chariots. Et finalement, y amener les chariots et les vérins «push-pull» qui constitueront le dispositif de translation du plateau par « pas de pèlerin ».

© _(Doc. Eiffage TP.)

Apte à accueillir 50 000 spectateurs pour un match de football et presque 30 000 pour un concert, le Grand Stade de Lille répond à son objectif de polyvalence. Et ce, grâce à une machine digne d’un ouvrage d’art qui escamote une demi-pelouse pour laisser découvrir une salle de spectacle.

L’ambitieuse polyvalence du Grand Stade de Lille (59) en fait actuellement une réalisation extraordinaire, au sens premier du terme. Et ce, grâce à une solution architecturale unique en son genre : l’escamotage d’une demi-pelouse pour libérer en creux une salle de spectacle. Les architectes Pierre Ferret (Atelier Ferret Architecture) et Denis Valode (Valode & Pistre) avaient pour mission la conception d’un stade polyvalent et urbain.

Le stade de Schalke 04, la Veltins-Arena à Gelsenkirchen (Allemagne), inauguré en 2001, offrait un bel exemple de cette polyvalence avec sa couverture et sa pelouse sur tiroir. Celle-ci s’extrait intégralement pour laisser place à un vaste plateau où installer une scène. L’exemple n’était pourtant pas reproductible à Lille. « Il aurait fallu disposer d’un espace équivalent à la pelouse en dehors du stade, explique Denis Valode. Ce qui n’était pas le cas. Qui plus est, le souhait de la Communauté urbaine de Lille était de voir le stade s’inclure dans un territoire urbain. Nous avons d’ailleurs enterré le stade pour que sa hauteur reste dans les mêmes proportions que les bâtiments du quartier qui l’entoureront. » La pelouse se situe ainsi à 6 m sous le parvis.

La simplicité comme guide

L’idée est alors venue de créer une salle « demi-jauge » en coupant le stade en deux et en escamotant la demi-pelouse nord. On passe de 50 000 places à 25 000 places auxquelles viennent s’ajouter 5 500 places sur tribunes télescopiques. Partenaire du projet, Eiffage TP, et son directeur de grand projet Jean-Claude Mutel rappelle : « Le changement entre deux configurations pour un match de foot ou pour un concert, devait être de vingt-quatre heures maximum. Résultat, nous sommes à dix-neuf heures et je pense qu’on peut encore gagner quelques heures. »
Le principe guide de la conception de ce plateau mobile aura été la simplicité. « Plus le système est simple, moins on risque la panne », souligne Jean-Claude Mutel. Une simplicité de principes qui n’empêche pas la complexité au vu des dimensions : le plateau métallique, support de la demi-pelouse, mesure quand même 75 x 55 m pour un poids de 4 500 tonnes. « Son poids peut varier d’une centaine de tonnes en fonction de l’humidité du gazon », ne manque pas de préciser Jean-Claude Mutel. Le plateau est constitué d’une tôle horizontale raidie en sous-face par des augets, comme l’est le tablier d’un pont. Cette dalle orthotrope est supportée par deux poutres de rives à âme pleine de 53 m liaisonnées par douze poutres-treillis de 75 m.
Sur ce plateau est installée une pelouse naturelle, avec couche drainante à drains en épis. Les pentes de 0 à 0,5 %, identiques sur les deux parties de la pelouse, sont homologuées pour accueillir des matchs internationaux. La qualité du gazon est strictement la même entre les parties fixe et mobile. Seule incidence sur le terrain de jeu, la présence d’une bande d’herbe démontable jusqu’à la couche filtrante de 80 cm de large qui court en parallèle de la ligne médiane du terrain. Un couvre-joint en acier galvanisé vient combler les quelques centimètres de vide entre le plateau mobile de la demi-pelouse nord et la partie fixe de celle du sud. Il permet ensuite la pose de la bande de pelouse naturelle.
L’écart toléré pour le positionnement longitudinal ou transversal du plateau est de 5 mm. Deux pions de centrage coniques, tous deux positionnés dans le fond de la boîte à spectacle, assurent ce positionnement presque parfait. Le défaut de niveau vertical est quant à lui nul, puisque le plateau repose, par l’intermédiaire de 96 vérins à vis, sur le plancher béton de la salle de spectacle.

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