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La lumière, quatrième dimension du Centre de design PSA

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La lumière, quatrième dimension du Centre de design PSA

Créative, dynamique, efficace, modulable, la lumière naturelle ou artificielle, extérieure ou intérieure, est une composante omniprésente de ce bâtiment exceptionnel qui regroupe les bureaux de style de deux constructeurs automobiles.

Centre de design de PSA Peugeot Citroën, baptisé Automotive -Design Network (ADN), situé à Vélizy (Yvelines), s’organise autour d’une topographie forte et chahutée sur un terrain accidenté. Totalement dédié à la création automobile, le bâtiment a une capacité d’accueil de 1100 personnes, dont 900 permanents, sur une surface totale de 70000 m2 qui s’élève sur trois étages. Il est doté à la fois des moyens d’études et de recherche (équipes projets innovation), de création (studios de style) et de tous les moyens de fabrication des prototypes (fraiseuses, ateliers de peinture et d’assemblage…).

L’une des premières tâches, pour l’architecte Jacques Ripault, consistait à trouver l’assise pour cette disposition en terrasses. D’où la création d’un perré (mur de soutènement) prenant en compte la dénivellation du terrain. Pour mettre en harmonie les installations et leur environnement, l’Atelier Jacques Ripault a travaillé avec le paysagiste Gilles Vexlard. Le souhait de Robert Peugeot était de créer un bâtiment «pas trop bavard, affirmant une présence réfléchie et mesurée» qui a été le fil conducteur de cette volumétrie épurée dans laquelle le langage de la lumière joue un rôle prépondérant. Son architecture devait honorer le design, de jour comme de nuit. Visible de très loin la journée de par sa situation en surplomb, il fallait continuer à le faire vivre aux heures crépusculaires.

Le bâtiment se présente sous la forme d’un long vaisseau de 220 m de long et 41 m de haut dont le traitement extérieur se caractérise par une façade dotée de longues strates horizontales mariant le verre et le béton brut. La surface vitrée, impressionnante avec des panneaux d’une hauteur de 5 m, -traduit une recherche permanente de la lumière. Les ouvertures vitrées, partiellement dépolies, concilient lumière et confidentialité en alternant transparence et opalescence. C’est cette alternance que le plasticien américain James Turrell et le concepteur lumière Roger Narboni ont voulu conserver au bâtiment durant la nuit, avec une mise en lumière trichromique et dynamique de la façade. L’ensemble des luminaires est piloté par un système de gestion centralisée qui permet le déroulement des séquences lumineuses en fondus enchaînés (voir encadré).

Équilibrer lumière naturelle et éclairage artificiel

Passée la colonne lumineuse verticale formée par le bloc d’ascenseurs vitré qui dessert le centre, le visiteur pénètre dans le hall d’entrée dans lequel un éclairage sobre diffusé par des lampadaires sur pied assure un confort visuel agréable.

Le bâtiment est constitué de quatre niveaux:

- le rez-de-jardin, dédié principalement aux équipes travaillant sur la carrosserie et les systèmes habitacle et électronique; - le rez-de-chaussée qui abrite l’accueil, le hall d’exposition des salles de réunion, un espace de restauration;- le niveau 3 de 1200m2 où sont situés les studios de style (ou «plateaux de style») des deux marques Peugeot et Citroën et leurs terrasses spécifiques ainsi que le studio de style dédié aux coopérations;- le niveau 4 qui accueille la salle de présentation, deux salles de préparation et deux terrasses extérieures.Les volumes intérieurs dégagent une impression d’espace remarquable due à la hauteur sous plafond de 7 m et aux poutres à grande portée qui ont permis d’éviter la multiplication des piliers. L’objectif, pour Roger Narboni (Agence Concepto) était «d’offrir aux stylistes une utilisation des éclairages efficace, en lumière du jour zénithale ou lumière artificielle selon les besoins.» Pour ce, l’éclairage artificiel a été installé perpendiculairement aux prises de jour de façon, d’une part, à équilibrer l’éclairage naturel provenant de la façade, qui met en contre-jour les maquettes grandeur nature des véhicules, et d’autre part, à le compléter au centre de l’édifice sans rupture visuelle.

Des structures linéaires (Thorn) ont été réparties tous les 2,40 m perpendiculairement au plan de façade, à environ 5 m de hauteur. Chacune d’elles est composée de luminaires équipés de grilles de défilement qui permettent le contrôle de l’éblouissement, et de deux tubes fluorescents de 38 W à ballasts électroniques, avec une température de couleur de 4000 K (type «lumière du jour») et un IRC de 85. Les structures sont regroupées en circuits indépendants pour permettre leur pilotage autonome lorsque l’éclairage artificiel doit compléter ou se substituer à l’éclairage naturel.

Uniformité de la distribution lumineuse

Le niveau 4, qui abrite la salle de présentation, est le centre névralgique du bâtiment. En effet, c’est là que les futurs modèles de voitures ou d’accessoires sont présentés et que les décisions finales sont prises. La lumière artificielle y joue donc un rôle particulièrement important pour permettre l’examen des véhicules, la tenue de réunions et de débats sans modifications des conditions de vision et quelles que soient les évolutions de la lumière du jour, tombée de la nuit ou variations climatiques. La salle a donc volontairement été rendue aveugle: seule une faible lumière du jour filtre à travers la toiture ajourée du local supérieur afin de permettre une maintenance et un entretien des installations, en dehors de ses horaires de fonctionnement. L’absence de référence avec la lumière du jour et la surface importante de la baie vitrée donnent ainsi une constante et parfaite illusion de lumière naturelle. «D’ailleurs, au bout d’un temps d’adaptation relativement bref, et sans vision directe des projecteurs, nombreux sont les observateurs qui pensent que la salle est éclairée en conditions naturelles», précise Roger -Narboni.La salle, de 900 m2, peut -accueillir 9 véhicules en présentation dont 3 sur plateau tournant. Elle est attenante à une salle de réunion située sous la galerie vitrée qui héberge le principal dispositif d’éclairage (voir encadré) constitué des 130 projecteurs équipés de lampes aux iodures métalliques. L’autre système d’éclairage étant constitué de tubes fluorescents disposés dans une gorge, au sol, et qui éclaire la pièce en indirect.

Des performances photométriques élevées

Les deux systèmes se combinent pour créer toute une gamme d’effets lumineux, frontaux, plongeants, à contre-jour, qui sont contrôlés et mixés depuis la régie. La baie vitrée du local supérieur peut être occultée par des stores télécommandés, ce qui permet de gérer les intensités lumineuses sans avoir à éteindre les projecteurs. En effet, les iodures métalliques sont difficilement réamorçables à chaud, leur rallumage instantané n’est pas possible. L’association de ces deux systèmes a permis d’obtenir une bonne uniformité lumineuse sur la salle et sur les véhicules. Cela a aussi généré une modulation spatiale de la lumière, éléments nécessaires lors de la comparaison d’un -véhicule avec son image virtuelle projetée sur écran géant dans la salle de -réunion. L’éclairage artificiel, majoritairement indirect, ne génère ni ombre portée, ni reflet lumineux éblouissant sur les véhicules. La baie vitrée et la gorge lumineuse ne sont pas visibles de la salle de réunion. Le fait de disposer les appareils derrière les parois opalescentes garantit un confort visuel optimal, sans éblouissement pour les personnes qui se déplacent à proximité des maquettes de véhicule.

Avec une tonalité de lumière équilibrée sur la voûte et un IRC satisfaisant (entre 85 et 90), la qualité obtenue répond aux exigences élevées de la tâche visuelle. L’équilibre des contrastes de luminance entre le fond et les objets présentés permet une excellente lisibilité.

Dissimulées à la vue directe, les lampes ne génèrent aucun impact visuel sur les carrosseries. En fond de salle, à l’approche de la voûte illuminée, l’absence de repères spatiaux (pas d’angle visible des parois, ni de limite perceptible des volumes), associée à un niveau d’éclairement élevé, procure une sensation d’apesanteur visuelle.

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