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La Garantie de performance énergétique : une bonne idée ?

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La Garantie de performance énergétique : une bonne idée ?

© (Doc T.Gachon.)

La Garantie de performance énergétique (GPE) semble être une idée de bon sens qui rejoint d’ailleurs l’approche de certains juristes visant à inclure la RT 2012 dans la responsabilité décennale. Cependant, cette logique du consommateur qui, ayant payé, a droit « au résultat attendu », est-elle vraiment applicable ?
Alors que « le résultat attendu » est une consommation prévisionnelle (concept flou), le seul dénominateur commun de tous les projets est le calcul réglementaire. On attend donc qu’il fournisse la prévision attendue. Mais ce calcul est un calcul conventionnel qui se défend d’être une prévision.
Alors faut-il se référer à une simulation thermique dynamique ? C’est un calcul plus proche de la réalité, mais construit sur de nombreuses hypothèses, et très peu utilisé par les concepteurs. En réalité, la notion de consommation prévisionnelle est un leurre. Un esprit curieux fera d’ailleurs remarquer que le problème du bâtiment n’est pas différent de celui des voitures et de leur consommation normalisée qu’il est impossible d’atteindre sur route (rapport pneu/revêtement, sens et force du vent, mode de conduite…).
Il faut aussi s’interroger sur l’enjeu des batailles juridiques qui vont se mettre en place. Par exemple, pour un logement de 80 m² dont la consommation dépasse de 30 % celle du calcul réglementaire (50 kWh/m²/an), la « surconsommation » annuelle serait de 1 200 kWh/an, et le surcoût de 72 €/an (kWh à 0,06 €)… Une surconsommation équivalente à la consommation d’énergie primaire d’un sèche-linge, de l’audiovisuel ou de l’informatique d’un ménage ! Les campagnes de mesure ont montré où se situent les divergences :
- La météo dont les calculs s’appuient sur des moyennes issues de stations parfois éloignées, alors que les mesures sont in situ et durant l’année d’observation. Les 2 °C d’écart entre la ville et sa banlieue où se trouve souvent la station météo, équivalent à 400 ou 500 degrés-jours sur l’année, générant un écart de 25 %.
- La température normalisée à 19 °C de L’article R 131-20 du Code de la construction. Cette valeur reprise dans tous les calculs est rarement respectée. Or, un degré de plus augmente de 12 à 15 % la consommation (et même de 20 % pour un Bepos). Se chauffer à 23 °C conduit donc à dépasser de 50 % la consommation de chauffage !
- Les apports gratuits issus de la consommation électrodomestique. Dans un bâtiment dont les besoins électriques n’ont été que le tiers des valeurs moyennes, le chauffage a dû fournir 12 kWh/m²/an de plus (soit + 25 % de la valeur du CEP !). Et que dire des apports solaires selon que les volets sont plutôt ouverts ou fermés la journée ?
- La consommation d’ECS réglementaire, qui varie de 1 à 3 par rapport à la consommation mesurée in situ, soit un écart de 10 à 20 kWh/m²/an. Il y a aussi l’éclairage et les habitudes de chacun.
- Les usages de chacun en termes d’éclairage (puissance installée, temps de fonctionnement) et d’ouverture des fenêtres. Si les ouvrir un quart d’heure par jour n’a pas d’incidence, le temps moyen est de 2 h/j et peut atteindre 15 h/j ! La ventilation ne sert alors qu’à évacuer efficacement la chaleur.
- La maintenance. Changer tous les ans et non tous les quatre mois le filtre d’air neuf d’une VMC double flux augmente fortement la consommation d’électricité (le ventilateur compense), et la consommation de chauffage (mis en dépression, le bâtiment aspire l’air directement depuis l’extérieur sans passer par le récupérateur de chaleur). L’impact total peut atteindre 15 à 20 kWh/m²/an.
Ce qui précède montre que la consommation d’énergie d’un bâtiment dépend avant tout des comportements et modes de vie de l’usager. Ceci doit rendre très prudent sur la capacité à garantir une performance. On ne peut garantir que ce que l’on contrôle et que l’on maîtrise. Certains affirment qu’en mesurant tous les paramètres, on peut relancer le moteur de calcul et vérifier qu’on obtient bien la consommation réelle. Tout va dépendre de la qualité du moteur, mais même avec le meilleur moteur, on n’arrive généralement pas à « boucler », tant les paramètres influents sont nombreux et difficiles à connaître (comment prendre en compte l’ouverture des fenêtres ou les variations du débit d’air ?).
Ainsi, au regard d’enjeux assez minces, le coût de ces procédures lourdes (techniques et juridiques) laisse craindre des dépenses importantes sans garantie de pouvoir conclure, ni prouver grand-chose. Il ne s’agit pas ici de dédouaner les professionnels de leurs responsabilités. Ils savent tous où ils doivent encore s’améliorer. Mais on ne saurait prendre pour bouc émissaire toute une profession déjà lourdement mise à contribution et qui a dû en quelques années apprendre à diviser par 2 à 5 les consommations ! Quel fabricant automobile serait capable de faire passer la consommation de ses voitures de 6 à 2 l/100 km dans ce délai ?

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