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La filière construction vent debout contre l’analyse du cycle de vie dynamique

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La filière construction vent debout contre l’analyse du cycle de vie dynamique

L'analyse du cycle de vie permet de mesurer les effets quantifiables de produits sur l’environnement. - © Lerm

Alors que la RE 2020 est en cours de préparation, les professionnels déplorent le changement de méthode de calcul pour l’analyse du cycle de vie. De statique, cette dernière devient dynamique, avec une entrée en application maintenue à l’été 2021.

En matière de préparation de la future réglementation environnementale (RE 2020), il est important de distinguer le fond et la forme. Sur la forme, les fédérations professionnelles (FFB, Capeb, Unsfa, USH, Untec, AIMCC, FPI...) ont eu la surprise de découvrir en juillet dernier que la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et du paysage (DHUP) et la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) avaient soudainement changé la façon de calculer les émissions de CO2 : de statique, l’analyse du cycle de vie est devenue  dynamique. 

Que signifie cette modification sur le fond ? « Qu’au lieu de s’appuyer sur la norme européenne EN 15 978 qui définit l’ACV comme la somme des émissions produites au moment de la construction et celles émises ensuite pendant 50 ans, la méthode de calcul change », résume Bruno Georges, directeur de l’innovation et du développement grands projets chez Oteis. 

En outre, l’autre norme, l’ISO 14 067/2018  relative aux gaz à effet de serre, à l’empreinte carbone des produits et aux exigences pour la quantification, ne prend pas non plus en compte l’aspect dynamique des émissions.

« Dans l’approche statique, le moment de l’émission de gaz à effet de serre n’est pas considéré. On part du principe que l’ensemble des émissions a lieu au moment du calcul », précise Julien Serri, délégué national aux affaires techniques du Pole Habitat FFB (anciennement LCA-FFB). De même, une émission ou un stockage temporaire de CO2 n’aura pas d’impact sur les calculs. A l’inverse, dans la méthode dynamique plus une émission se produit tôt et plus son impact est fort. « Et, modification supplémentaire, une émission ou un stockage temporaire va augmenter ou diminuer l’impact carbone », poursuit Julien Serri.

Favoriser les matériaux biosourcés

A la DHUP, Emmanuel Acchiardi, sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la construction, justifie ce choix : « Passer d’un calcul statique à un calcul dynamique nous permet d’embarquer dans la RE 2020 une disposition de la loi Elan. »

En l’occurrence, il s’agit de l’article 178 qui stipule que les « émissions de gaz à effet de serre tout au long du cycle de vie doivent être prises en compte », ainsi que les « les contributions [des produits et équipements de construction] au stockage du carbone de l’atmosphère pendant la durée de vie des bâtiments ». Au-delà de cette justification, que va induire ce changement ? Pour les différents interlocuteurs contactés sur ce sujet, il s’agit avant tout d’un choix politique qui vise à favoriser les matériaux biosourcés en général et, pour les aspects structuraux, le bois en particulier. 

Une décision parfaitement assumée par Emmanuel Acchiardi : « Ces produits bénéficiaient déjà d’un avantage dans le calcul statique. Il est simplement accentué avec la méthode dynamique. »

 

Revoir le calendrier d’entrée en vigueur de la RE 2020

 

Dans ce contexte, les professionnels militent pour un décalage de l’entrée en vigueur de la RE 2020. Le calendrier actuel prévoit une publication du texte au premier trimestre 2021 pour une application à l’été de la même année. « Or, il a déjà fallu environ huit ans à la filière pour monter en compétence sur les économies d’énergie avec la RT 2012, rappelle Damien Racle, président de Cinov Ingénierie, avec des résultats qui sont encore perfectibles. » Christophe Boucaux va même plus loin : « Ce changement de méthodologie sans détente du calendrier fait courir le risque d’un échec de la réglementation qui serait mal maîtrisée, mal calibrée et donc mal appliquée in fine. » A la DHUP, Emmanuel Acchiardi admet un calendrier serré, mais relativise : « Certes l’expérimentation E+C- a permis de recenser un millier d’opérations à travers la France. Malgré tout, la grande majorité des professionnels n’ont pas encore travaillé sur l’analyse du cycle de vie, donc ce changement ne prêtera pas à conséquence pour eux. Et le calendrier reste maintenu. »

Objectif ultime : atténuer les impacts du changement climatique

Cependant, tous les professionnels sont d’accord sur l’ambition de la réglementation et la nécessité de mener une analyse du cycle de vie des projets. Heureusement, car l’objectif est bien plus vaste. Il s’agit de réduire les émissions de CO2 afin d’atténuer les impacts du changement climatique. Or ces derniers sont déjà perceptibles dans les canicules, sécheresses et inondations qui se répètent de plus en plus souvent. La multiplication de ces phénomènes climatiques extrêmes fait partie des conséquences bien identifiées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (Giec) dans ses travaux depuis 40 ans.

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