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La filière bois construction se met en marche

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La filière bois construction se met en marche

© (Doc. Haha Architectes.)

Le bois « made in France » ne permet pas de répondre aujourd’hui aux besoins de la construction. Cependant, la situation évolue. La filière bois se structure pour apporter une offre de qualité en quantité suffisante. De leur côté, concepteurs, charpentiers et industriels rationalisent les modes constructifs.

Le constat de Jean-Louis Ferron, secrétaire général de l’association France Douglas est saisissant : « Aujourd’hui, la France importe plus de 3 millions de mètres cubes de sciage, alors qu’en théorie la production française pourrait suffire ». Résultat : il n’est pas toujours facile de construire avec des bois origine France et encore moins avec des bois issus de la forêt voisine.

Cette option, si elle apparaît séduisante, ne va pas toujours de soi. Plusieurs raisons à cela : l’impossibilité d’imposer dans les appels d’offres la provenance du bois, une filière peu structurée qui peine à produire le volume et la qualité nécessaires ou encore la quasi-absence, voire l’absence de certification et de marque de qualité. Sur ces deux derniers points, les choses sont en train d’évoluer fortement.

Organisation et investissements

Sur le plan de la production, les scieurs s’organisent et arrivent à produire les volumes nécessaires, y compris pour de grosses opérations - au besoin, ils travaillent en groupements. Ainsi, pour la réalisation des platelages en chêne de la passerelle du Mont-Saint-Michel (50), un groupement de dix scieurs de l’ouest de la France, le groupement Lamichêne (61), a réussi à fournir 600 m 3 de platelage de 50 mm d’épaisseur. Ce qui représente 6 000 à 7 000 m 3 de grumes issus de forêts provenant au maximum de 200 kilomètres à la ronde. Des bois secs bruts de sciage, de très bonne qualité, mis en œuvre sans fixations apparentes de façon que l’humidité, source de désordre esthétique (noircissement) et technique, ne stagne pas. « Traditionnellement, ce type de platelage est réalisé avec des bois classés “ QF2 ”, soit des platelages avec trois nœuds inférieurs à 25 mm pour les pièces de largeur inférieure à 120 mm, explique Jean-Louis Chalmandrier, dirigeant de Bellême Bois (61), l’une des dix scieries du groupement. » Ici, l’architecte, Dietmar Feichtinger, a exigé des bois classés « QF1 B », soit des bois dont les nœuds n’excèdent pas 8 mm. « Pour obtenir l’état de surface “ aspect scieur ” avec une rectitude parfaite, nous avons mis en place une ligne de rabotage spécifique en atmosphère contrôlée. C’est un choix très qualitatif qu’il a fallu, en plus, honorer en un temps record. » Un exemple qui démontre qu’en s’organisant, mais aussi en investissant, les commandes de ce type peuvent être honorées par les filières locales.
Des évolutions également en marquage et certification, avec le développement de marques telles que « Hêtres des Vosges », de la certification « Bois des Alpes » ou encore la réalisation d’un guide sur l’utilisation du Douglas (« Le Douglas, un choix naturel pour la construction »). Une essence qui paradoxalement n’est pas d’origine européenne (côte est des États-Unis), mais qui est très présente sur le territoire - 400 000 hectares contre 200 000 en Allemagne - et qui a des qualités constructives indéniables : « Le Douglas offre deux propriétés importantes pour la construction, sa résistance mécanique et la durabilité naturelle de son cœur, le duramen, qui peut être utilisé aujourd’hui en revêtement extérieur sans traitement », explique Jean-Louis Ferron.

Une certification bois

De son côté, l’objectif du guide est d’« harmoniser l’offre des producteurs sur les plans dimensionnel et qualitatif, avec une mise en cohérence de ces produits dans le cadre normatif, de façon à rendre l’offre plus lisible auprès de la prescription et des industriels ».
Dans les Alpes, la démarche est encore plus aboutie, puisqu’il existe aujourd’hui une certification « Bois des Alpes » : « Cette démarche a été initiée en 2006 sous l’impulsion du comité du massif des Alpes, qui cherchait à mettre en place un outil pour ramener de la valeur ajoutée à la ressource naturelle bois, explique Olivier Chaumontet, directeur de l’Union régionale des communes forestières Rhône-Alpes. Aujourd’hui, nous possédons une marque collective de certification, donc une démarche qui apporte un maximum de garanties quant au respect du cahier des charges, puisqu’elle est placée sous le contrôle du Cofrac. »
Cette certification, qui intéresse de nombreuses essences présentes dans le massif, apporte une garantie sur la qualité du produit et une autre sur son origine, soit du bois d’origine alpine qui est transformé sur place. Olivier Chaumontet insiste sur un point important : « Il ne s’agit pas seulement de déclaratif, le cahier des charges encourage à classer mécaniquement, donc à vraiment caractériser le bois pour des usages en construction ». Un changement important dans les pratiques des entreprises, qui contribue à renforcer la qualité des produits proposés.

Une démarche qui induit de nouveaux procédés

Outre une garantie de la qualité, cette approche stimule le développement de nouvelles techniques constructives valorisant le travail des entreprises de construction bois et incite à l’innovation. En effet, le recours à des essences locales entraîne l’émergence de nouveaux procédés de construction. Il s’agit d’intégrer les caractéristiques propres à chaque essence. On ne construira pas de la même façon avec du hêtre ou du Douglas. Ainsi, à Tendon dans les Vosges, les concepteurs ont élaboré un système structurel de poutres caissons susceptibles d’intégrer le maximum de bois de hêtre d’une longueur inférieure à un mètre. Ce bois, nerveux, a tendance à se tordre, il ne peut donc être utilisé en structure dans des longueurs de plus de 3 mètres. Toutes semblables, préfabriquées en atelier, les poutres caissons (remplissage paille) sont constituées de deux montants d’ossature en hêtre coffrés par deux panneaux d’OSB3 qui assurent la liaison. Montants constitués de la superposition de deux sections de hêtre (15 x 135 mm et 30 x 135 mm), ce qui autorise la réalisation de grandes longueurs avec des bois de petites longueurs. Cette solution répond aux contraintes normatives (DTU…) et industrielles (équipement des scieries, qualification du personnel ou encore capacité de séchage). De même, le parti architectural a son importance : « Avec ce type de projet, il faut mettre en place des procédés de construction qui misent sur l’architecture, explique Claude Valentin, architecte Haha architectures. C’est pour cela que nous avons travaillé sur une volumétrie non- standardisée, afin de privilégier la construction artisanale plutôt qu’industrielle - même si je ne les oppose pas - de façon qu’il y ait de l’intelligence humaine dans le processus. Cela nous permet de changer de modèle. Celui que nous avons développé réactive ce qui a été marginalisé depuis des années. »

Le travail essentiel des scieurs

Autre approche avec le nouveau bâtiment de l’Inra, dans la région de Nancy (54). Ici, c’est le bois massif - sapin des Vosges - qui est à l’honneur sur deux étages, et le système constructif intègre cette donnée. Le parti pris constructif a consisté à mettre en œuvre de petites portées selon un rythme dense sur une trame de 1,20 x 6 m. Une option possible en raison des qualités intrinsèques des résineux utilisés. Ces derniers ont un grain fin et régulier qui autorise des sections optimisées. Dans ce cas, la sélection des grumes et le travail des scieurs sont essentiels. Les arbres ont été sélectionnés sur pied pour leurs caractéristiques dimensionnelles et mécaniques avec des sciages hors cœur, ce qui demande un savoir-faire spécifique. À noter dans les deux cas, il n’y a pas de collage.
À Nantes (44), le Bâtiment B qu’on ne présente plus (voir p. 28 des CTB d’octobre 2013) bénéficie, lui aussi, d’un mode constructif spécifique lié à l’utilisation de bois local. Ce bâtiment tertiaire de quatre étages présente une innovation de taille, qui en signe toute la complexité sur le plan technique en raison d’un mélange d’essences résineuses (Douglas) ou feuillues (chêne) régionales, certifiées « PEFC ». Entièrement préfabriquée, la structure bois s’enroule, via un système de portique en « V », autour d’un noyau central en béton qui contrevente le bâtiment. La structure porteuse est composée d’une succession de poteaux et de poutres articulés, dont trente portiques de 14,57 m de hauteur disposés tous les 2,7 m. Ces poteaux en lamellé-collé de Douglas prennent en fourrure un montant de chêne et, avec les traverses, viennent supporter la couverture, les murs extérieurs, ainsi que les planchers. Un mode constructif jusqu’alors inédit.

Des façades-rideaux bois

L’utilisation du bois local ne se limite pas à la construction d’objet unique. Les industriels s’y intéressent également avec le développement de panneaux bois de façade industrialisés. Installée à Rumilly en Haute-Savoie, Techniwood a mis en place un centre d’usinage ultramoderne. Ce dernier lui a permis de lancer la production d’un système constructif bois/isolant, le Panobloc pour façades-rideaux, qui intègre en usine les menuiseries, les parements et, à terme, l’ensemble des fluides. Un procédé qui a remporté le Trophée d’or dans la catégorie gros œuvre à Batimat 2013. À ossature croisée en bois massif, les panneaux sont constitués d’un empilage de plis croisés à 90°, collés entre eux. Chaque pli est composé d’une alternance de lames de bois, bois local, et de matériau isolant. Plusieurs configurations sont possibles en variant le nombre de plis (5, 7, 9 et 11) et le type d’isolant.
L’innovation porte également sur le process industriel : soit un centre d’usinage 6 faces sans retournement de panneaux ni manutention, avec une panneauteuse combinée, une presse de calibration numérisée de 750 t de poussée, un complexage allant jusqu’à 5 matières différentes en simultané… Deux machines qui sont des premières mondiales.

N°331

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