La fièvre du BIM

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Le secteur du bâtiment en France est pris d’une fièvre. Le virus qui en est la cause s’appelle "BIM". Ses symptômes : affolement général, sensation d’angoisse, exaltation… Chacun, en connaissance de cause ou non, a son mot à dire.
Aujourd’hui, certaines opérations ne sont plus pensables sans ces outils numériques si riches de données et la démarche collaborative qui les accompagne. Je pense notamment à la fondation Louis-Vuitton, à Paris. Le BIM facilite le processus de réalisation et la collaboration et nous donne une nouvelle vision du bâtiment, dynamique non seulement pendant la conception, mais aussi tout au long de son exploitation. Toutefois, la majorité des projets peut encore être conçue et réalisée sans BIM, avec une qualité et un coût raisonnable.
Ceux qui ont suivi comme moi l’évolution depuis la planche à dessin jusqu’au BIM me rejoindront : nous avons gagné en précision, en information, en facilité de collaboration, partage et intégration. Les avis sur l’évolution de la qualité et des coûts de construction - soumise à de multiples facteurs - sont partagés, mais une chose est sûre : nous n’avons pas gagné en temps. Les améliorations mentionnées ci-dessus, et surtout l’explosion des changements de plans, ont surcompensé le gain de temps.
Les bénéficiaires du BIM sont probablement les entreprises et les gestionnaires. Côté conception, la charge de travail chez les architectes et les bureaux d’études a, elle, augmenté. De plus, l’investissement pour la mise en place de la démarche BIM n’est pas des moindres : pour notre société, nous estimons le budget total [matériel supplémentaire, logiciels, accompagnement-conseil, temps passé en interne à la mise en place, la formation, la prise en main, etc.] à environ 100 000 euros. Ce qui représente un investissement important pour un bureau d’études de 40 personnes. Et nous n’avons pas de visibilité sur les possibilités de le rentabiliser. La seule promesse : "si vous ne vous y mettez pas, vous allez perdre des marchés".
Le BIM comme on l’imagine n’est aujourd’hui pas encore opérationnel. La bataille commerciale freine encore un échange facile et une collaboration idéale entre des logiciels de différents fournisseurs. Le format d’échange IFC est bien défini, mais l’interprétation des données diffère d’un logiciel à l’autre. Les possibilités d’intégration d’objets de fournisseurs de matériels et de systèmes avec des informations spécifiques au projet - par exemple, les paramètres de régulation - restent encore très limitées.
L’évolution des outils numériques et du BIM se fait depuis plus de quinze ans d’une manière "naturelle". Ceux qui en ont besoin pour une opération s’y mettent, ceux qui n’en ont pas besoin ne s’y mettent pas. Forcer la transition vers le BIM aux conditions d’aujourd’hui ne profite qu’à certains et pénalisera la majorité des acteurs du secteur.
Je suis inquiet de voir combien le buzz autour du BIM nous coûte de temps, d’énergie et d’argent, dont nous aurions besoin pour des choses plus urgentes et pour lesquelles le BIM ne joue qu’un rôle secondaire. Et en particulier : valoriser davantage les professions du bâtiment, surtout dans l’exécution, améliorer la formation et augmenter la qualité des chantiers [élargir les processus industriels, préfabrication, meilleur suivi, systèmes de contrôle et d’autocontrôle, etc.] ; massifier la rénovation énergétique du parc existant à un niveau compatible avec nos objectifs dans la lutte contre le réchauffement climatique, en embarquant la performance énergétique dans tous les travaux d’entretien, de réhabilitation et d’extension ; développer des stratégies, des outils et des moyens pour gérer l’interaction entre les besoins énergétiques des bâtiments, la production d’énergies renouvelables et les réseaux.
Ce sont pour moi les grands chantiers du bâtiment dans les années à venir. La démarche BIM peut contribuer à leur réussite. Mais ce n’est ni une solution miracle ni une révolution. Cela reste un outil. Réduisons nos attentes à une échelle réaliste, prenons du recul et évaluons bien le bon moment et l’ampleur des investissements avant de nous lancer dans le BIM. C’est dans cette phase de définition des besoins et de solutions adaptées que Pouget Consultants se trouve aujourd’hui.
J’espère que la fièvre tombera bientôt.

N°345

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