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La couverture végétale du POPB tient la forme

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La couverture végétale du POPB tient la forme

Trente ans après, la célèbre pyramide de verre, de béton et de gazon du Palais omnisports de Paris-Bercy va subir sa première rénovation. Tous les talus seront maintenus à l’identique, car l’expérience montre qu’ils ont remarquablement vieilli.

1 Programme Révolutionnaire et intégré à l’environnement

« C’est le seul édifice au monde dont les façades inclinées à 42,5° sont recouvertes de gazon naturel. Il est étonnant que des architectes ne s’en soient pas encore inspirés », confie René Métivier, l’actuel directeur technique du Palais omnisports Paris-Bercy (POPB). Il connaît le bâtiment comme sa poche : il était déjà en poste le 3 février 1984, lors de l’inauguration.
Trente ans plus tard, le Palais reste révolutionnaire, tel que les architectes Andrault, Parat et Guvan l’ont conçu : polyvalence et souplesse des configurations, structure métallique portant les appareillages, façades engazonnées intégrées à l’environnement paysagé du Parc de Bercy.
Mais si la structure reste parfaitement au goût du jour, le concept d’accueil, de consommation et de multi-activité a évolué. C’est ce qui motive les travaux de rénovation entrepris dès mars 2014. En octobre 2015, le POPB rouvrira, transformé en Bercy Arena de 20 000 places (contre 17 000 actuellement), sur le modèle des plus grandes salles omnisports du monde (1) . La pyramide de verre, de béton et de gazon est mise aux normes du Plan Climat de Paris. Elle garde intégralement sa forme et ses matériaux. Les pelouses sont isolées et étanchéifiées par l’intérieur, afin de diminuer les déperditions d’énergie, récupérer les eaux d’arrosage et prévenir les éventuels ruissellements. Un moment, il a été prévu que les pentes au sud, les mieux exposées au soleil, soient remplacées par des cellules photovoltaïques. Projet abandonné car non- rentable énergétiquement.
Depuis leur pose, les façades engazonnées du POPB n’ont jamais été totalement purgées. Pour la première fois, la terre de chaque talus sera enlevée et stockée séparément, afin d’être analysée et éventuellement corrigée en pH et en taux d’azote. À la fin des travaux, ce substrat, affiné par le temps, sera remis en place. À l’identique.

2 État des lieux Une attention de tous les instants

L’entretien et la réparation des talus nécessitent un vrai savoir-faire, compte tenu de la fragilité du gazon et de la nature du site dont la pente est de 42,5°, sur deux niveaux successifs. L’entreprise Les Jardins de l’Ile-de-France doit surveiller la pousse, tondre et désherber, fertiliser le sol, nettoyer les talus et entretenir les installations d’arrosage, intervenir sur le matériel mécanique. Cela réclame une attention de tous les instants : les précipitations, le gel-dégel, le tassement des terres risquent de dégrader l’aspect et la stabilité des surfaces.
La tonte est opérée toutes les semaines, sauf en période de repos hivernal, de novembre à mars. Des tondeuses classiques, sans bac de ramassage, sont tractées depuis le haut du bâti. Les coupes sont ramassées manuellement au moyen d’une corde tendue en haut et en bas de la structure par deux techniciens. Un quart est récupéré et dispersé sur les terres pour maintenir le taux d’azote. L’usage de bacs de ramassage serait encombrant et occasionnerait des marquages. De plus, il faudrait les vider à chaque montée/descente. Sur les pentes plus faibles (10 à 15°), le personnel utilise directement, sans treuil, des tondeuses sur coussin d’air (Flymo) qui sont encordées.
Tondre peu et souvent, éliminer les mauvaises herbes et favoriser un enrichissement azoté, tel est la recette de Michel Bourdais, P.-D.G. des Jardins de l’Ile-de-France. Il réfléchit aussi à mettre en place un système de tonte sans moteur thermique, moins polluant et plus écologique, avec un système de treuillage électrique pendulaire à enrouleur reposant sur un chariot translateur. Une innovation brevetée.
L’arrosage se fait par aspersion. La conception d’origine utilisait aussi un système de goutte-à-goutte, rapidement abandonné, car inadapté à l’existence des sous-faces en béton qui entraînent directement le liquide vers le bas par gravité.

3 Bilan Rénovation en deux temps

Aujourd’hui, le gazon est propre et pousse bien, sans engrais ni désherbants phytosanitaires. La tonte répétée est suffisante pour entretenir l’ensemble. Les quelques pousses allochtones ou quelques rats sont chassés à la main. Seul problème récurrent : les dégradations humaines (escalades, glisse). En outre, à la suite d’une projection de désherbant, il a fallu purger les parties endommagées, estimer la profondeur et l’étendue de pénétration du produit dans le substrat avant de remettre de la terre et poser de nouveaux lés de gazon. Mais cela reste rare.
Face aux dégradations, il a été envisagé de planter des sédums, une plante grasse vivace et très résistante, voire même de poser une pelouse synthétique. Solutions rapidement abandonnées : le sédum se régénère trop lentement et l’identité architecturale du bâtiment, avec des lignes tendues, en serait profondément modifiée. Le système initial de gazon naturel, bien plus esthétique, est aussi la marque de reconnaissance du POPB.
Les terres sont arrosées peu et souvent. Car sinon, lessivé par le liquide, le substrat perd ses qualités. Le programmateur d’arrosage est réglé manuellement, selon la température et l’orientation du versant, par observation visuelle. Du fait des dégradations, de nombreuses têtes d’arrosage sont changées tous les ans.
La rénovation actuelle est conduite en deux temps. La tranche 1 (3 mars au 13 octobre 2014) concerne la dépose des talus bas, afin d’installer une isolation en laine de roche (15 cm) pour la conformité RT 2012 et rénover l’étanchéité. Les portiques bétons et les tôles nervurées seront rénovés avec la création d’un système de récupération des eaux d’arrosage. Les travaux de la tranche 2 (9 décembre 2014 à octobre 2015) prévoient la dépose d’un mètre en bordure basse des talus hauts, afin de rénover les plantations et mettre en place un système de récupération des eaux d’arrosage.

N°331

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