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La commande numérique affine les assemblages

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La commande numérique affine les assemblages

Précision dans les découpes, rapidité d’exécution, possibilité de nouveaux assemblages, mise en valeur des bois reconstitués, les machines à commandes numériques bouleversent le monde de la charpente et lui ouvrent de nouveaux horizons.

Nul doute que la construction charpente bois n’aurait pas connu l’essor qu’elle rencontre actuellement sans le développement, en parallèle, des machines de coupe à commande numérique ou centres d’usinage de charpente. Nées en Allemagne, il y a une quinzaine d’années, elles sont issues d’un transfert de technologies venues d’autres secteurs d’activité (charpente métallique mais aussi aéronautique). Elles sont arrivées en France, il y a moins de dix ans et sont indiscutablement en train de bouleverser le secteur de la charpente et de la construction bois en général.

Nouvelles perspectives pour la filière bois

Cette mécanisation tardive entraîne la construction bois sur le chemin de l’industrialisation, par des changements dans l’ensemble des process de fabrication. Elle ressemble à celle qui s’est produite dans les années 70 pour les fermettes qui équipent aujourd’hui 70 % des maisons individuelles. Il s’agit, en effet, du seul produit véritablement industriel de la construction bois. À terme, et en raison de cette mini-révolution industrielle, la charpente traditionnelle est en train de suivre la même voie. La filière bois est aujourd’hui à un tournant et nombre de professionnels pensent qu’elle n’échappera pas à une réorganisation. D’ores et déjà, on compte cent cinquante centres d’usinage répartis sur l’ensemble du territoire français. D’aucuns s’accordent à dire que ce nombre suffit amplement, voire qu’il est déjà excessif. Il est clair qu’avec de tels outils, le métier de charpentier ne peut qu’évoluer profondément. Par exemple, on observe des gains de temps spectaculaires dans les découpes. Dix secondes en moyenne pour un façonnage seul et une minute pour celui d’un chevron, rabotage et chanfreinage inclus. D’où l’amélioration des rendements, qui n’est pas sans conséquences sur l’organisation de la profession. Avec ce type de matériel, 99 % des travaux d’usinage sont réalisés mécaniquement. Quatre à six jours pour préparer une charpente étaient nécessaires… Aujourd’hui, cinq à huit heures suffisent, assemblage compris. De fait, le charpentier traditionnel est plus ou moins appelé à disparaître ou à s’adapter. À terme, on devrait voir, d’un côté, la fourniture de charpentes en « kit » et, de l’autre, les poseurs. L’utilisation de ces outils implique toutefois la présence systématique d’un bureau d’études.

Cette rationalisation industrielle n’entraîne pas la mort d’un métier ou de la charpente traditionnelle. Bien au contraire, elle donne à la construction bois un coup de jeune et lui permet de s’implanter sur des marchés jusque-là réservés à d’autres matériaux (acier ou béton), tout en favorisant le développement de charpentes complexes. Les gains de productivité générés devraient lui redonner ses lettres de noblesse et lui permettre de concurrencer la fermette sur son propre terrain. Le monde de la charpente n’est d’ailleurs pas le seul à connaître ces bouleversements. L’ensemble de la filière bois est concerné, et c’est particulièrement vrai pour la maison à ossature bois. De même, la conception et la réalisation des charpentes sont soumises à de plus en plus de contraintes – respect de l’environnement, conditions de travail (aspiration des poussières de bois), respect des normes et règles de calcul – qui impliquent des investissements importants dans les ateliers traditionnels. Les machines de coupe, elles, les intègrent de fait dans les process.

Des conditions de travail améliorées

D’autant que la numérisation des procédés se généralise via l’emploi de logiciels intermédiaires. Ces derniers sont capables de traduire les données de conception architecturale en commandes numériques d’usinage et en plans de montage, tout en intégrant les contraintes de calcul (1). Quant aux conditions de travail, elles s’en trouvent grandement améliorées, les machines de dernière génération étant sur ce plan extrêmement performantes.

Pour réinventer la charpente

Autre intérêt de ce type d’outillage : les assemblages. Aujourd’hui, les machines outils permettent d’importants progrès, vu la grande précision dans les découpes. Ainsi, on assiste au développement de nouveaux assemblages tels que le métallo-collé ou assemblage à insert (goujon collé). Ces derniers seraient quasiment impossibles à pratiquer sans machine. Non par manque de savoir-faire mais en raison de coûts de main d’œuvre exorbitants avec les techniques traditionnelles. De même, la grande précision de ces outils implique le développement de nouveaux types d’assemblages bois/bois avec, par exemple, de nouvelles formes en queue d’aronde. Globalement, ce type d’outillage n’a pas la prétention de réinventer la charpente, mais bien de la faire évoluer. De nouvelles perspectives apparaissent, à l’instar des charpentes tubulaires avec assemblage par goujon collé, qui n’auraient jamais pu voir le jour sans elles. Ces outils favorisent l’utilisation des divers bois reconstitués : lamellé collé, Lamibois, BLR. Ces derniers ayant une qualité constante totalement adaptée à ce type d’outillage.

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