La Cité radieuse a pansé ses brûlures

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Le feu s’est propagé du premier au cinquième étage, le 9 février 2012.

© Doc. F. Botton

Le célèbre ensemble de Le Corbusier renoue avec une vie normale après de lourds travaux de réparation, de consolidation et de reconstruction à l’issue d’un violent incendie.

Au-delà de son aspect traumatisant pour les habitants, un incendie peut être lourd de conséquences pour un bâtiment. Dans le cas de la Cité radieuse de Marseille, le feu qui s’est déclaré au premier étage dans la nuit du 9 février 2012 s’est rapidement propagé jusqu’au cinquième niveau par les réseaux techniques verticaux. Bien qu’aucune perte de vie humaine n’ait été à déplorer, le bilan matériel s’est avéré important. Douze appartements ont été jugés « hypersinistrés », tandis que plusieurs rues intérieures ont été endommagées. Un diagnostic architectural a été demandé à François Botton, architecte en chef des monuments historiques et maître d’œuvre de l’opération, tandis qu’un diagnostic structurel était effectué par le BET Bancon et une expertise des bétons par le BET Ginger CEBTP.

Construite entre 1947 et 1952 par l’architecte Le Corbusier, la Cité radieuse est un IGH de 360 appartements en duplex, d’une vingtaine de chambres d’hôtel, d’une école et de commerces répartis sur 9 étages et 56 m de hauteur. Comme le rappelle François Botton, « le concept initial est la structure “casier à bouteilles” constitué de poteaux et poutres en béton, destinée à recevoir des modules de second œuvre indépendants entre eux et le plus préfabriqué possible ». Les rues centrales étant situées tous les trois niveaux, l’immeuble ne comporte des planchers en béton continus qu’un étage sur trois, les planchers intermédiaires étant constitués de poutrelles acier avec platelage bois, ou de poutrelles et hourdis en terre cuite. Entre les logements, les vides de construction sont remplis de bois, d’isolants et de carreaux de plâtre. Quelques voiles béton réalisent des raidisseurs verticaux.

Concilier sécurité et patrimoine

Circonscris à temps, l’incendie a peu affecté la structure poteau-poutre du bâtiment et n’a pas remis en cause la stabilité de l’ensemble. Il a en revanche détruit ou affaiblit la structure secondaire et le second œuvre d’une partie inférieure du bâtiment, parmi lesquels beaucoup d’éléments minces : cloisons, planchers mixtes, panneaux bois…
« Le diagnostic architectural fut établi en décembre 2012, soit dix mois après l’incendie du fait de la nécessité de désamianter et décontaminer le site », explique François Botton. Un tableau exhaustif des dégradations qui ont affecté la structure et le second œuvre a été dressé. Le béton de structure a été sondé, caractérisé et analysé. Si les structures verticales ont peu souffert, car protégées par l’isolant des doublages, certains planchers de recoupement en béton mince (9 cm) présentaient des fissures et des flèches inquiétantes. Les planchers en acier-bois encore en place, ayant fléchi sous la chaleur, ont pour la plupart dû être déposés. Le second œuvre et les équipements techniques (plomberie, électricité) des appartements ont, quant à eux, été entièrement détruits.
« Les rues ont été moins atteintes que les appartements par l’incendie lui-même, outre l’enfumage et les salissures, note François Botton. Elles ont surtout subi les effets de l’intervention des secours : inondation par arrosage, décollement des revêtements de sol, destruction des portes palières pour rechercher des personnes. »
Tout ce qui a pu être récupéré a été mis à l’abri soit pour une réutilisation, selon l’état, soit éventuellement pour servir de modèle. Il s’agissait principalement de métal : luminaires, escalier, éviers, plomberie, bouches de ventilation et quincaillerie de menuiseries.
Les archives de la Fondation Le Corbusier et le travail de Fernando Marza issu de la restitution d’une cellule à la Cité de l’architecture ont servi de base au travail de restauration dans le respect du maître. « Nous avons aujourd’hui une connaissance assez exhaustive des moindres détails de l’édifice, effet collatéral positif du désastre », constate François Botton.

N°352

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