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La bioferme au chevet des terres polluées

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La bioferme au chevet des terres polluées

Située en Seine-et-Marne, cette installation de 104 hectares pourra dépolluer jusqu'à 50 000 t/an de terrains.

«La restauration des ressources naturelles ne doit pas être confiée au monde industriel car l'environnement est avant tout un grand défi agricole », affirme Thierry Jacquet, président et fondateur de Phytorestore. Après deux siècles d'industrialisation, au cours desquels les villes ont peu à peu dévoré les campagnes, « il est temps que la campagne remette le pied dans les cités ». Un vœu pieux qui est en phase d'accomplissement via l'inauguration, en septembre dernier, d'une « bioferme » de 104 ha (en activité depuis juillet), nouvel étage de la révolution verte prônée par la PME, capable de traiter tous les types de pollution (air, eau, sols) par l'intermédiaire de techniques écologiques à base de plantes.

Une alternative verte

Pour l'heure, ce centre de remise en forme des sols pollués, situé à proximité de Montereau-Fault-Yonne (77) traitera, dans un premier temps, les déchets riches en matières organiques (boues urbaines, produits de fosses septiques, produits de curage) par le biais de techniques de phytolixiviation, phytofixation et phytotransformation utilisant les plantes : iris, scirpes, carex, roseaux, joncs, baldingère, salicaires, lysimaques. « Mais nous progressons constamment et nous sommes d'ores et déjà capables de traiter une trentaine de déchets différents », poursuit Thierry Jacquet. L'objectif est de faire de ce centre de remise en forme des terres malades, dimensionné pour traiter 50 000 t de terrains pollués par an, une véritable alternative aux techniques destructrices (enfouissement, déshydratation ou incinération). La ferme étant capable de restaurer cette ressource essentielle que constitue le sol. Le site est en effet l'occasion de développer de nouvelles filières végétales, les plantes utilisées pouvant, eu égard aux techniques utilisées, être ensuite valorisées comme biocarburants, combustibles pour les chaudières ou en tant qu'isolants dans des matériaux d'éco-construction (panneaux isolants, parpaings). La matière produite va même pouvoir être employée pour fertiliser les champs, l'humus produit étant un complexe humique de meilleure qualité que le compost traditionnel qui est généralement chauffé à 70 °C. C'est donc un matériau inerte, contrairement au substrat vivant que nous réintroduisons dans le sol.

Dans la pratique, Phytorestore fournit une prestation clef en main avec traçabilité totale. Les produits, acheminés par camion après envoi d'une fiche de déclaration, sont déposés dans une fosse de liquéfaction dans laquelle des prélèvements sont réalisés afin de vérifier la conformité du chargement. Ils sont ensuite transférés vers des casiers dans lesquels se produisent des actions de minéralisation (action de la rhizosphère et des microorganismes des plantes) et de dépollution par biodégradation et lessivage des métaux lourds. Les matériaux sont ensuite asséchés par évapotranspiration puis récupérés sous forme de compost mature selon la norme NFU 44-095. Un échantillon de contrôle code barré du sol initial est conservé pendant trois années tandis qu'un logiciel spécifique, mis au point par l'entreprise et incluant une cartographie de tous les casiers, garantit la ­traçabilité totale.

Côté coût de traitement, « nous sommes dans une fourchette de 20 à 80 Y/t selon les types de pollution et la matrice », révèle Thierry Jacquet, donc bien en-deça des filières classiques pour lesquelles il se situe entre 80 et 200Y/t ».

À noter que la bioferme, réalisée en autofinancement total, abrite un centre de R&D ainsi qu'une pépinière qui, outre la production des plantes utilisées sur le site, permettra de développer et étudier de nouvelles espèces.

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