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La Belgique mise sur le passif

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La Belgique mise sur le passif

Chantier de rénovation lourde du siège social du promoteur Cit Blaton. Conçu par Sébastien Moreno-Vacca, cette première réalisation en tertiaire en région bruxelloise a été livrée fin octobre 2008.

© (Doc. DR.)

Le Symposium Passive House 2008 qui vient de se tenir à Bruxelles révèle que la Belgique a pris le tournant de la construction passive. Clés de la recette : une volonté politique clairement énoncée et de larges subventions en contrepartie d’une vérification de la tenue des objectifs thermiques des locaux.

Tandis que la France se prépare à la construction basse consommation, la construction belge doit déjà faire face à un boom du passif. Introduisant le viie Symposium Passive House 2008, le 12 septembre dernier à Bruxelles, Evelyne Huytebroeck, ministre bruxelloise de l’Environnement, de l’Energie et de la Politique de l’eau, a présenté une politique ambitieuse d’incitation à construire passif : subvention de tout projet certifié et appels à projets « bâtiments exemplaires » (voir encadré). Résultat : alors qu’il y a trois ans à Bruxelles, le concept était « inexistant (…) perçu comme une technique chère et réservée à quelques initiés », selon la ministre, aujourd’hui les projets se multiplient. Le premier appel d’offres totalisera 128 000 m2, dont 32 000 seront construits d’ici 2010. « 30 % des permis sont aujourd’hui en passif à Bruxelles », estime Sébastien Moreno-Vacca, architecte et cofondateur de la Plate-forme Maison passive (PMP) qui organisait le Symposium – avec sa sœur flamande la Passiefhuis-Platform (PHP). Les motivations sont clairement financières, poursuit-il : « Les deux aides étant cumulables, on peut atteindre 200 e/m2, ce qui couvre pratiquement le surcoût. »

Peaufiner les détails dès la conception

Dans un pays où le prix de l’énergie flambe (35 à 55 % pour l’électricité et 50 à 90 % pour le gaz ces cinq dernières années) et où l’on paye en moyenne 1 320 euros par an de gaz, le passif, avec un chauffage revenant à 1 e/m2/an, a de bons arguments. Il devient même, pour Grégoire Clerfayt, du cabinet de la ministre Huytebroeck, l’avenir du logement social : « Nous voulons changer les lois du marché . À terme, habitat bon marché signifiera occupation bon marché », assure-t-il.

Côté flamand, dans le privé et dans le public, où le passif est implanté depuis plus longtemps, on constate la même effervescence. Le ministre néerlandophone de l’Enseignement et de la Formation, Frank Vandenbroucke l’a démontré en présentant son programme de réalisation de 25 écoles passives. Trois cents projets de toutes sortes seraient en cours, sans compter les réalisations effectives (davantage que la soixantaine recensée dans la base de données des assocations PHP et PMP). « On essaie de renseigner tout le monde, mais on a parfois du mal à suivre… », remarque Peter Dellaert, de la PHP.

L’association à deux têtes a sans aucun doute joué un grand rôle dans le développement du passif en Belgique. Elle informe le grand public, forme les professionnels, sensibilise les élus, accompagne les maîtres d’ouvrage et délivre les certificats Maison passive (selon les stricts critères de Cepheus) qui ouvrent droit aux subventions. Peut-être aussi le bi-culturalisme enrichit-il la réflexion et les ressources disponibles en Belgique, le résultat des études étant traduit d’un côté et de l’autre et souvent facilement accessible en ligne (voir encadré). Susanne Dyrbol, d’EuroACE, dans le cadre d’une étude sur le mouvement européen vers le bâtiment économe, a souligné l’importance de cet aspect pour accélérer le processus de changement : « Il est essentiel d’apprendre des pays les plus avancés. » Durant le colloque, les échanges ont beaucoup consisté en des retours d’expériences venus de Belgique et du Benelux. Du concret portant sur les détails, puisqu’en passif le détail doit être pensé dès la conception, comme le souligne Ham Michiel, de la faculté d’architecture de l’université d’Eindhoven (Pays-Bas). C’est le confort des habitants et la facilité d’entretien qui doivent servir de guide. Par exemple, la maison passive étant prévue pour conserver la chaleur, les protections solaires deviennent vitales pour l’été. D’autant que l’ouverture des fenêtres n’y est pas préconisée. « En passif, décrétait un architecte bruxellois, les fenêtres servent à éclairer et à voir, mais pas à aérer. » L’intervenant néerlandais, précisant que « dans son pays, on aime ouvrir les fenêtres », a souligné l’importance de l’implication des habitants d’une maison passive et de la connaissance qu’ils ont de son fonctionnement particulier. Une étude allemande sur 153 familles vivant en maison passive a montré que les 19 familles insatisfaites de leur logement (contre 134 « satisfaites » ou « très satisfaites » étaient celles qui avaient la moins bonne connaissance des principes de la maison passive et n’avaient pas disposé de « mode d’emploi » à leur arrivée.

VMC judicieusement placée

Autre exemple : la réduction du bruit de la VMC à double-flux, beaucoup plus perceptible dans un logement performant isolé, doit être un objectif, et l’acoustique vérifiée. Un point crucial puisque, poursuivait l’intervenant, « lorsque les occupants sont gênés par le bruit, ils ont tendance à baisser le niveau de la ventilation, et donc du renouvellement de l’air », ce qui, dans une maison étanche, doit être évité à tout prix. Équipement-clé du système, la VMC à double-flux doit être placée de façon judicieuse pour éviter bruit et pertes de charge et le local technique bien pensé afin que l’ensemble, caisson et gaines, soit accessible pour la maintenance. Il faut aussi rester attentif à ne pas contaminer les gaines lors du chantier, car des dépôts de poussières peuvent devenir un risque plus tard. Pour la rénovation, a indiqué Erwin Mlecnik (projet Lehr financé par l’Etat belge avec notamment le PHP, le pôle Architecture et climat et l’université de Delft aux Pays-Bas), l’Autriche, l’Allemagne et la Norvège développent de petits systèmes de VMC à récupération de chaleur décentralisés prévus exprès. Là encore, attention à l’entretien, un intervenant racontant le cas d’un propriétaire wallon qui a dû s’approvisionner en filtres par internet à l’étranger, leur prix étant prohibitif en Belgique.

Mais la situation évolue, si l’on en juge par les 80 exposants du salon, venus présenter leurs solutions spéciales « maison passive) : isolation par l’extérieur, VMC à double-flux performante, « combis » (pac VMC chauffe-eau), portes isolantes et fenêtres à triple vitrage, systèmes d’étanchéité à l’air… Beaucoup de ces produits sont encore fabriqués en Allemagne, même si quelques fabricant belges apparaissent (Eurotherm pour les fenêtres triple vitrage ; Foamglas pour le verre cellulaire…). Les réseaux de distribution se mettent en place et la très grande majorité des produits sont aujourd’hui disponibles en Belgique.

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