L’isolant destin du roseau et du varech

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Vêture de roseaux en tiges sur la façade du bâtiment de démonstration de la solution d’ITE développée par RizHome. La zostère marine, dite aussi « paille de mer » ou varech, pourrait renforcer la résistance au feu du phragmite (roseau commun).

Dans une logique de développement des matériaux biosourcés, un projet de recherche s’attache à développer un complexe composite de roseau et de varech marin dans le cadre d’une isolation par l’extérieur. Une solution qui présenterait des propriétés thermiques insoupçonnées.

Le roseau plie, mais ne rompt pas. C’est connu. Mais Mireille Avril, dans le cadre d’une reconversion en conduite de travaux en écoconstruction et bioclimatisme, a trouvé une autre qualité au roseau commun, ou « phragmite ». Cette ressource naturelle est disponible en abondance là où elle vit, dans le golfe du Morbihan, et est souvent considérée comme un déchet. Mireille Avril en a fait caractériser la conductivité thermique ? par le LIMATB (Laboratoire d’ingénierie des matériaux de Bretagne) et Effipole (Pôle lorientais d’efficacité énergétique) avant de l’intégrer, en qualité d’isolant, au sein d’un système constructif bois. Pour ce faire, elle a créé sa structure de recherche : RizHome.

Solution globale d’enveloppe thermique

Les tests en laboratoire ont permis de mettre en évidence des coefficients lambda différents selon le traitement du roseau, qu’il soit utilisé broyé - 0,039 W/(m.K) - ou bien en tiges - 0,056 W/(m.K) . Des valeurs prises en compte dans l’élaboration d’une solution globale d’enveloppe thermique et structurelle, baptisée Isophragmite, composée d’une ossature bois intégrant des caissons pré-isolés avec du broyat de roseaux et protégés par des panneaux perspirants, étanches au vent et pare pluie. Ce complexe est ensuite renforcé par une vêture de chaume à base de tiges de roseaux mise en œuvre artisanalement sur les panneaux, sans lame d’air.
Un premier bâtiment (une maison individuelle de 130 m2) fait d’ores et déjà office de démonstrateur. Mais, pour aller encore plus loin dans les performances thermique, hygrothermique et environnementale de ce système d’ITE, la porteuse de projet a imaginé associer le roseau à un autre matériau, qui comme ce dernier, accomplit tout son cycle de vie en eaux saumâtres ou marines : un varech appelé zostère.

Essais, récompense et partenariat

« Issus de milieu humide, le phragmite et la zostère présentent des propriétés antifongiques, antibactériennes et d’ignifugation qui les distinguent d’autres isolants biosourcés tels que la paille ou le chanvre, explique Mireille Avril. La zostère a déjà été caractérisée par le Centre d’études et de valorisation des algues (Ceva), mais il faut encore procéder à des essais pour définir les proportions, densités et conditionnements respectifs des deux matériaux afin que leur combinaison puisse offrir les performances d’isolation d’un bâtiment passif. » À noter qu’à la place de la zostère, on pourra aussi utiliser des déchets de l’industrie de transformation d’algues. Autre axe de recherche : la formulation du liant, qu’il soit minéral ou végétal. Ce matériau biocomposite, qui reste pour l’heure à développer, devrait à terme se substituer à l’isolation en roseau initialement mise au point.
En soutien à sa démarche, RizHome a reçu, en 2015, le deuxième prix du Mécénat Besnard de Quelen, dont la dotation doit financer en partie l’étude technique des matériaux. La société a également candidaté à un appel à projets, « Initiative PME 2015 : performance énergétique dans le bâtiment et l’industrie », de l’Ademe. En parallèle, Mireille Avril envisage plusieurs pistes de partenariats : l’un, avec un fabricant de machines agricoles pour élaborer un instrument de récolte du roseau écovertueux ; l’autre, avec un industriel de la filière bois pour la fabrication des caissons de bois pré-isolés de la structure. Enfin, l’obtention d’un Pass Innovation du CSTB serait un bon moyen d’encourager l’expérimentation de l’Isophragmite, avec toutes les garanties assurantielles pour la maîtrise d’ouvrage et les entreprises de construction. Car, c’est connu, rien ne sert de courir, il faut partir à point…

N°351

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