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L’interopérabilité : une nouvelle forme de partage du travail

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L’interopérabilité : une nouvelle forme de partage du travail

Jean-Michel Dossier, responsable du service ingénierie, à la Direction générale de l’industrie, des technologies de l’information et des postes.

© (Doc. Thomas. Gogny.)

Rendre n’importe quel logiciel capable d’échanger n’importe quel type d’information, dessin, calcul, sans perte de données, tel est le but de l’interopérabilité. Cette facilité confronte les utilisateurs à une considérable modification de leur pratique puisqu’elle autorise un échange de données immédiat et transparent où chacun envoie son travail et reçoit celui de l’autre, on line !

Revenons un peu en arrière. Il y a une dizaine d’années, les logiciels de CAO se sont multipliés, facilitant l’étude en 2D et en 3D des projets à partir d’ensembles de points créant des lignes, plans, volumes. Cependant, les systèmes de numérisation de dessins étaient incompatibles avec les systèmes mathématiques de calculs qui se développaient en parallèle. C’est ainsi que les fabricants de logiciels de différents pays se sont regroupés au sein d’une même association, l’IAI (Industrial Association for Interoperability) et ont créé le langage IFC (Industry Fundation Classes). Soit une immense ­nomenclature « d’objets », définis comme des ensembles de traits, qui représentent et désignent chacun un mur, une porte, une poutre ou un couloir, tous dotés « d’attributs » structurés par des textes, des paramètres et des liens tels que des dimensions (longueur, largeur, hauteur, épaisseur), une matière, une appartenance.

Grâce à cette articulation entre objets dessinés et paramètres de calcul, il est à la fois possible de construire ou de décomposer une maquette numérique par des éléments de dessin dans un logiciel CAO, ou bien de traiter ces éléments ou leurs assemblages par des logiciels techniques. Cette coopération, transparente pour l’utilisateur, a l’avantage de supprimer la ressaisie des informations entre logiciels. Cette évolution majeure a fait l’objet d’une labellisation en novembre 2003 avant de devenir, en 2005, une norme internationale (ISO).

Aujourd’hui, les outils existent et vont transformer le mode de travail. L’interopérabilité va permettre à chaque utilisateur sur une même opération de voir et de calculer le travail des autres membres du groupe. La transparence est totale pour un travail qui s’effectue en temps réel, pour peu que l’on utilise en parallèle des outils de vidéo-conférence ou de Webcam. L’interopérabilité ouvre la voie au travail en direct et à l’échange on line des intelligences, à la place d’un système de saisies séquentielles systématiques et étalées dans le temps. La notion d’espace/temps du travail est elle-même abolie puisqu’à un instant « t », n’importe quelle personne, où qu’elle se trouve, va pouvoir s’associer au travail commun si elle y est autorisée.

Cette notion change en profondeur toute la filière bâtiment. Il est déjà possible de rendre interopérable l’information produit des industriels avec la maquette du projet. Il suffit que les industriels décrivent en IFC leurs produits pour qu’ils deviennent directement intégrables dans la maquette numérique. Le concepteur passerait ainsi de l’expression d’un projet tel qu’il devrait être à celle d’un projet tel qu’il serait en réalité. Pourquoi ne pas imaginer également de rendre interopérable par degrés successifs l’ensemble des représentations d’un site (qui devient un objet) avec toutes les données qui le caractérisent : données géologiques, de surface, géoclimatiques, archéologiques, administratives, urbanistiques, cadastre, voiries existantes. Le tout formant un ensemble de référence patrimonial extensible et actualisable, calqué sur un document de référence absolu exprimé en longitude et latitude. Un énorme « mille-feuille » patrimonial public pour tous les utilisateurs potentiels, dans lequel des agents intelligents (à créer) iraient puiser les informations indispensables à l’utilisateur.

Maintenant que la technologie existe, restent à maîtriser ses conséquences directes en termes de pratiques de travail, de métiers, voire de redéfinition des rôles de la puissance publique et des acteurs privés. Un bel enjeu pour les années à venir !

L’interopérabilité supprime la notion d’espace/temps du travail.

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