Dossier

L’externalisation programmée des services

Sujets relatifs :

PHOTO - 854249.BR.jpg

Le réseau dans lequel s’insère le bâtiment désormais connecté offre aux exploitants la possibilité d’étendre leurs services. Les projets de smart grid ont ouvert la voie au partage de données dont l’usage s’étend à d’autres domaines du facility management.

Premier enjeu, la connexion au grid. En France, plus d’une centaine de démonstrateurs ou projets de smart grid sont recensés par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Ainsi, plusieurs milliers de bâtiments tertiaires, collectifs ou individuels sont concernés. La connexion ne se cantonne pas à l’électricité, mais concerne également l’eau, le gaz, les télécommunications, voire l’approvisionnement de produits critiques (tels que les fluides médicaux dans un hôpital).

Pour être pleinement intégré au smart grid, le bâtiment doit faire communiquer ses systèmes internes avec l’environnement extérieur. Quelle que soit la solution logicielle externe, on peut distinguer trois grands principes d’échange. D’abord, via des protocoles classiques (BACnet IP, Modbus IP, etc.). Ensuite, via une solution centralisée : soit par envoi de fichiers (CSV, TXT) vers un serveur, soit par la mise à disposition des informations dans une base de données accessibles par le système tiers extérieur. Enfin, via une architecture distribuée de web services : on vient alors chercher dans chaque bâtiment, de façon sécurisée, les informations nécessaires (mesures, comptages, etc.), et éventuellement transmettre des ordres ou consignes.

Modalités d’échange

Pour chaque application connectée, il est nécessaire de définir les modalités d’échange, le type des données, leur mode de modification. « Nous conseillons de déposer les données nécessaires aux services externes sur un serveur central. Et quand cela est possible, il est préférable que le bâtiment soit l’initiateur de la connexion », précise Pascal Tigreat, responsable du département automation de Wago.
Au-delà d’une intégration au grid, mais toujours sur ce principe, les services du facility management et autres applications externes peuvent accéder aux seules données qui leur sont nécessaires. Pour la prestation de ménage par exemple, on peut définir des zones du ou des bâtiments accessibles au personnel. Autre possibilité, la maintenance programmée de certains systèmes sensibles. « Ainsi, pour une chaîne de 4 000 magasins de distribution alimentaire, la société externe prévient le responsable technique de la nécessité d’intervenir, l’accès sécurisé est alors activé, pour une durée limitée », illustre Pascal Tigreat.

Scénarios de fonctionnement

Parmi les services externes proposés par les exploitants, nombre d’entre eux ont trait au pilotage énergétique, depuis l’approvisionnement prévisionnel, jusqu’à la réduction des consommations au quotidien. L’optimisation tarifaire de l’usage de l’énergie est une des fonctions proposées. Sur la base de l’analyse des mesures de puissances des équipements, des solutions permettent de ne pas dépasser celles souscrites. Des scénarios de fonctionnement intègrent alors des décalages de consommation, tout en prenant en compte l’inertie du bâtiment ou celle du système thermique par exemple. La Snef a mis en place un tel dispositif au sein du bâtiment à énergie positive Solaris du promoteur Sercib : l’utilisation des prévisions météorologiques et la bonne connaissance de l’inertie du bâti permet de limiter les consommations.
Autre application : l’automatisation de l’approvisionnement en énergie ou en fluides médicaux critiques (oxygène). Teddy Caroni, directeur marketing de B.tib, cite l’exemple d’un « grand hôpital en Auvergne où les services techniques internes ont mis en place une application dédiée qui utilise les données météorologiques, afin d’anticiper une éventuelle rupture de stock de fuel domestique. » Le réapprovisionnement est alors commandé par e-mail auprès du prestataire qui répond, via une interface internet spécifique, par un acquittement et la date de livraison. « Sont également réalisées de petites solutions logicielles d’aide à la maintenance, de dépannage automatisé, de diagnostic de panne », poursuit Teddy Caroni. Ces éléments et analyses sont généralement effectués par un prestataire de maintenance, mais il est désormais possible de les envisager directement au niveau de la gestion technique du bâtiment et donc, du responsable technique du site. Pour illustration, les historiques d’alarmes commencent à être utilisés pour faciliter l’identification des causes profondes de dysfonctionnement et éviter le simple curatif. Avec des analyses statistiques poussées sur la fréquence des alarmes, leur jour d’apparition, le contexte et les horaires, il est possible de présenter à l’exploitant du site le problème source et ce, grâce à son propre système de GTB.

Vers des conciergeries électroniques

Mais ce n’est pas tout, « les exploitants réfléchissent, avec les promoteurs, à la mise en place de conciergeries électroniques, c’est-à-dire de services correspondant à un type d’usages particuliers, complète Thomas Peaucelle, directeur général délégué de Cofely Ineo. C’est le cas par exemple pour la réservation d’un véhicule électrique partagé, dont on connaîtra l’état de charge de la batterie. »
Le bâtiment est également connecté pour être piloté et suivi à distance via un simple smartphone, ce qui permet de gagner en souplesse et de limiter les astreintes ou déplacements. Et concernant les contrats de performance énergétique (CPE), il est désormais possible de prendre des engagements étendus. « Nous nous engageons sur des niveaux de consommation dans la durée, évoque Thomas Peaucelle. Pour cela, nous devons prendre en compte les changements d’usage, les vacances d’occupation. Certains pensent qu’il est plus pertinent de considérer un niveau de consommation énergétique non pas du bâtiment seul, mais de l’usage global de ses occupants. Dans ce cas, sont également considérés les services de mobilité, comme l’autopartage, le covoiturage, etc. On ne raisonne plus seulement sur l’immeuble de bureaux, mais le trajet ou les modes de communication. »
Pour intégrer au mieux ces services en lien avec l’exploitation, la conception du bâtiment connecté doit faire de la GTB un système d’exploitation, au sens informatique du terme, interne du bâtiment. Celui-ci gère des fonctions multiples, sur des sites différents, et se trouve relié à nombre d’applications et services externes. « Les cahiers des charges demeurent encore assez pauvres fonctionnellement, car on y décrit essentiellement le système d’un point de vue technique, en passant trop rapidement sur les services évolués qu’il doit rendre », regrette, pour l’heure, Teddy Caroni.

N°343

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°343

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2015 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Nous vous recommandons

Quatre gymnases municipaux en régions

Dossier

Quatre gymnases municipaux en régions

Les gymnases « nouvelle génération » offrent une grande diversité de réponses techniques et architecturales, notamment axées sur la recherche de performance énergétique et de[…]

23/02/2017 |
Rénovation énergétique du patrimoine

Dossier

Rénovation énergétique du patrimoine

« Le bâti ancien appelle des solutions non standardisées »

Interview

« Le bâti ancien appelle des solutions non standardisées »

L'évêché d'Auch renaît en bâtiment à énergie positive

Dossier

L'évêché d'Auch renaît en bâtiment à énergie positive

plus d’articles