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L’approche globale mène au bois-paille

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La construction met en œuvre des matériaux biosourcés pour la plupart : le bois, la paille, l’un des isolants les plus performants du marché sur le plan environnemental car issu de l’agriculture et peu transformé, des enduits à base de terre fabriqués avec peu de liants...

Le choix des matériaux pour la réalisation du siège d’Izuba Energies n’a pas été dicté par le seul impact environnemental. Il devait concourir au confort d’été, sans négliger pour autant la performance énergétique, la qualité sanitaire, la proximité des transports…

Le siège d’Izuba Énergies est un bâtiment R+1 de 424 m2 de surface utile totale. Conçu par l’architecte Vincent Rigassi, il a été dimensionné pour les 18 salariés du groupe et compte, outre des bureaux, une salle de réunion, des locaux de stockage, un local serveur et une cuisine. Il comprend également une salle de formation pour 15 personnes, laquelle répond à la réglementation ERP.

« L’idée était de concevoir un bâtiment de bureaux pour les besoins de la société et de montrer par l’exemple l’approche que nous défendons dans nos études, nos formations et les logiciels que nous diffusons, explique Eduardo Serodio, chargé d’études énergétiques du BET Izuba. À mesure que le projet avançait, cette approche est devenue globale, pour, au final, intégrer la performance énergétique - le bâtiment est à énergie positive - mais aussi la performance environnementale des produits de construction, le confort d’été, qui est un problème dans notre région méditerranéenne, et le transport des occupants, tout en répondant aux besoins en terme de qualité sanitaire et d’usage des lieux. »

Matériaux biosourcés et équipements performants

Le bâtiment est situé à proximité de Montpellier, sur l’Écoparc de Fabrègues. La parcelle sur laquelle il s’inscrit privilégie l’orientation, la desserte prochaine du tramway et une implantation au cœur des lieux d’habitation des salariés. La conception de l’ensemble est dictée par des principes bioclimatiques et une recherche de sobriété. Le choix d’une construction en bois-paille avec enduits en terre s’est imposé dès l’origine du projet, compte tenu de son très haut niveau d’isolation thermique et de son faible impact environnemental, lié à l’emploi de matériaux biosourcés pour la plupart et faiblement transformés. Les éléments de façade et de toiture proviennent de la région de Montélimar, à environ 250 km du chantier, où ils ont été préfabriqués sous forme de caissons à partir de matériaux locaux.
Le bâtiment est protégé du risque de surchauffe en été par trois dispositifs constructifs : d’abord des protections solaires fixes et mobiles (BSO extérieurs) ; ensuite une forte inertie thermique apportée par une dalle sur terre-plein et des cloisons de distribution en terre-paille ou briques de terre crue ; enfin une surventilation nocturne rendue possible par des menuiseries oscillo-battantes sur les deux faces opposées du bâtiment et des impostes vitrées donnant sur la circulation intérieure.
Le recours à des équipements techniques performants participe à l’efficacité énergétique de l’ensemble. Le chauffage et le rafraîchissement sont assurés par un plancher réversible, alimenté par une PAC sur pieux géothermiques de 90 m de profondeur, complété, pour la partie rafraîchissement, par des ventilo-convecteurs dans la salle de formation. La ventilation est de type double flux avec fonctionnement asservi à des détecteurs de présence dans les locaux à faible utilisation. L’éclairage artificiel utilise, quant à lui, des sources et luminaires à hauts rendements (ex : leds, lampes fluo compactes et tubes fluorescents).
Dans ce projet, l’autre parti pris était d’utiliser toute la surface disponible de la toiture pour produire de l’électricité photovoltaïque. Le souhait de la maîtrise d’ouvrage était que le bâtiment contribue à l’émergence des énergies renouvelables et à l’amélioration du bilan électrique de la production nationale. La puissance de l’installation photovoltaïque est de 28,8 kWc. L’électricité produite est entièrement revendue à EDF, tandis que celle consommée provient du fournisseur d’énergies renouvelables Enercoop.
Pour tous les aspects constructifs, le maître d’ouvrage, également bureau d’études énergies, s’est appuyé sur plusieurs outils de conception, notamment sur le logiciel d’analyse de cycle de vie novaEQUER, développé depuis plusieurs années par Izuba. L’ACV du bâtiment a consisté en une étude multicritère priorisant 12 indicateurs environnementaux, parmi lesquels les plus connus sont l’énergie primaire consommée, les émissions de CO2, l’eau utilisée et les déchets produits (voir encadré).

L’ACV ne peut pas tout

Venant parfois confirmer certains choix ou en préciser d’autres, l’analyse de cycle de vie n’a pas empêché la réflexion menée en amont avec la maîtrise d’œuvre. Comme le souligne Eduardo Serodio « l’ACV est l’outil qui permet de répondre à la question de l’impact environnemental d’un bâtiment, mais comme tout outil, elle ne fait pas tout. On ne peut avoir les yeux rivés sur les chiffres sans risquer de perdre l’intelligence qu’il y a derrière. C’est là que l’on retrouve l’approche globale qui implique de regarder tous les paramètres pour limiter le risque d’erreur ».
Dans cette logique, l’aspect environnemental a parfois dû être concilié avec des contraintes thermiques, des questions de mise en œuvre, de durabilité, de coût, voire de disponibilité des matériaux. Ce fut le cas, par exemple, de la dalle en béton sur terre-plein et de son isolation en polystyrène, qui plutôt qu’une solution légère sur vide-sanitaire en bois et paille avait l’avantage de renforcer l’inertie thermique du bâtiment et donc d’améliorer le confort d’été. Dans le bilan CO2 du bâtiment, le choix de la dalle de béton n’était pas neutre, mais il représentait un compromis entre thermique et aspect environnemental.
Pour d’autres éléments, comme les protections solaires ou les structures supportant une partie du bardage en bois, c’est le choix d’une certaine durabilité qui a conduit à préférer le métal au bois. Il en a été de même pour l’étanchéité à l’eau de la toiture, qui a été réalisée avec une membrane synthétique afin d’obtenir les meilleures garanties de pérennité.
« Dans la phase d’étude, on a cherché à adapter le bâtiment au climat, à l’usage, à la disponibilité locale de certains matériaux, explique Eduardo Serodio. Pour autant, on l’a aussi imaginé avec la possibilité qu’il soit reproductible dans ses grandes lignes : le principe structurel, le choix de rajouter de l’inertie avec des dalles, des cloisons en terre, les protections solaires, la ventilation nocturne. Et l’on a veillé à ce qu’il emploie des techniques connues et maîtrisées. Certes, la technique du bois-paille est peu courante, mais c’est une solution qui a beaucoup avancé. Il existe désormais des règles professionnelles et la filière se structure. On est sorti de la période où cette technique n’était mise en œuvre que par des autoconstructeurs. »

12 indicateurs environnementaux

Demande cumulative d'énergie (MJ)

Déchets produits (kg)

Déchets radioactifs (dm3)

Contribution à l'effet de serre (kg CO2eq.)

Epuisement des ressources abiotiques (non renouvelables) (kg antimoine eq.)

Odeur (m3 air)

Eau utilisée (l)

Production d'ozone (kg C2H4eq.)

Dommage à la santé (DALY)

Dommage à la biodiversité (PDF.m2.an)

Eutrophisation (kg PO4eq.)

Acidification (kg SO2 eq.)

N°349

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