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L’air intérieur sous haute surveillance

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L’air intérieur sous haute surveillance

ANDRÉE BUCHMANN, présidente de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur

La pollution de l’air extérieur et ses conséquences, notamment sur la santé, sont bien connues. Un système de surveillance, – les Associations agréées pour la surveillance de la qualité de l’air (Aasqa) – a été mis en place en France. Cependant, depuis de nombreuses années, des médecins (allergologues, pneumologues) alertent les pouvoirs publics sur l’augmentation des asthmes, des allergies, des infections, liés non seulement à des facteurs génétiques, à l’alimentation, aux pollutions extérieures mais également à certaines mauvaises qualités d’ambiances intérieures.

Cette pollution de l’air intérieur a une origine multifactorielle :

- des transferts de l’air extérieur vers l’intérieur. Certains polluants comme le monoxyde de carbone (CO) passent à 100 %, de l’extérieur à l’intérieur. D’autres comme l’ozone (O3) se retrouvent à 20 %. Cependant, les réactions de l’ozone dans l’air intérieur entraînent des émissions secondaires de polluants, et, en particulier, d’aldéhydes souvent plus irritants et plus odorants que leurs précurseurs et de particules ultrafines.

- des déterminants intérieurs comme la décoration, les produits de construction, les principes et systèmes constructifs, l’ameublement, la décoration, les plantes vertes…

- la présence et le comportement des occupants : défaut d’aération, tabagisme, utilisation de produits d’entretien, présence d’animaux.

Cela produit aussi un « effet de cocktail » encore insuffisamment étudié. Pour disposer d’un outil de connaissance et procéder à la gestion du risque, les pouvoirs publics ont mis en place en 2001 l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (ministère de l’Équipement, ministère de l’Environnement, via l’Ademe, ministère de la Santé) dont l’opérateur est le Cstb et dont la coordination scientifique est assurée par Séverine Kirchner.

Une campagne pilote sur une centaine de sites (logements-écoles) a déjà permis de montrer

- une spécificité de la pollution intérieure par rapport à l’extérieur et des concentrations plus importantes à l’intérieur de certains polluants. C’est le cas du formaldéhyde (concentration deux fois plus importante) provenant de réactions photochimiques, des panneaux à particules, de peintures à phase solvant, mais aussi de la fumée de cigarettes, d’un photocopieur ou de livres et magazines neufs. Idem pour le benzène (fumée de cigarette, produits de bricolage, carburant des garages attenants) 1,5 fois plus concentré à l’intérieur :

- une insuffisance du renouvellement de l’air, notamment dans les chambres et dans les écoles ;

- des traces d’humidité fréquentes dans les logements, y compris dans les chambres. Une nouvelle campagne nationale de mesures et d’enquête sur environ 700 logements a démarré début octobre (1). Elle qualifiera et quantifiera une série de polluants présumés, tout en donnant une vision globale de l’état sanitaire de nos intérieurs.

Les questions de l’impact du bâtiment sur la santé sont en effet à prendre avec sérieux.

Tout d’abord, pour des raisons sanitaires. La canicule de cet été a aussi mis l’accent sur des surchauffes liées à la non-prise en compte d’une approche constructive bio-climatique (orientation des sites, matériaux..), au défaut de culture de l’habitat (fermer fenêtre et volets avec l’arrivée du soleil, aérer très tôt…). Des pathologies graves comme la légionellose (liée aux tours auto-réfrigérantes, à la climatisation, aux canalisations mal conçues) se multiplient. Ensuite, pour des raisons économiques comme l’augmentation du déficit de la sécurité sociale, la diminution des performances sur les lieux de travail, le syndrome du bâtiment malsain…

Enfin, pour des raisons écologiques : le bâtiment et l’urbanisme participent à hauteur de 30 % à la production de gaz à effet de serre, et leur contribution va croissant.

Les mesures à prendre peuvent être de caractère réglementaire, mais elles sont surtout culturelles et liées à une information à développer en direction des maîtres d’ouvrage, des professionnels du bâtiment, du monde médical, des associations et plus généralement du public.

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