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L’ABF : un passeur de la « règle vivante »

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L’ABF : un passeur de la « règle vivante »

Frédéric Auclair, président de l’Association nationale des architectes des bâtiments de France.

© Doc. DR.

Plébiscité par la population, le Patrimoine est progressivement devenu l’affaire de tous. Mais cette appropriation peut faire craindre une perte de sens. La notion de patrimoine recouvre, en effet, un vaste champ de réalités allant de villes entières à un simple lieu chargé de mémoire, voire même une tradition orale. En ce troisième millénaire, chacun d’entre nous ressent le besoin de s’ancrer dans le passé et sur un territoire, sans pour autant se couper de la création. Le métier de l’architecte des bâtiments de France (ABF) est nécessairement marqué par cette diversité d’approches qui façonne notre cadre de vie. Ce contexte explique la difficulté que rencontrent nos concitoyens à percevoir notre métier, la vision qu’ils en ont s’avérant souvent réductrice.

Un ABF est un architecte et un urbaniste de l’Etat (AUE). Et l’un des rares corps de la fonction publique, avec celui des voyers, pour lequel le nom d’architecte demeure reconnu. Le préfet ou le maire peuvent solliciter son avis au-delà des seuls espaces protégés. C’est le cas dans l’appréciation des implantations de projets éoliens, dans le traitement de dossiers de grands ensembles du xxe siècle, des ­friches industrielles, des entrées de villes ou de l’harmonie des entités urbaines et rurales. L’ABF est compétent au nom de la loi sur l’architecture de 1979, et en SDAP (Service départemental de l’architecture et du patrimoine), il défend obstinément la qualité architecturale : celle d’hier en assurant sa préservation et celle d’aujourd’hui, en favorisant son émergence. Il s’agit donc bien d’un continuum et non d’un conflit, comme on se plaît trop souvent à le faire croire, entretenant par cette interprétation erronée des oppositions stériles.

Dans les espaces protégés, l’avis de l’ABF est constamment requis. S’il revêt des réalités juridiques multiples, il maintient un objectif unique de qualité et accompagne les projets.

Ce principe de « règle vivante » qui est conféré à l’ABF révèle une capacité d’adaptation aux cas les plus variés. La richesse de notre territoire qui s’exprime à travers le tourisme, source de notre première industrie nationale, justifie pleinement notre investissement. Au-delà du rôle de contrôle architectural, souvent le seul retenu, l’architecte des bâtiments de France est un acteur du terrain. Ainsi, à Paris, le travail de concertation élaboré avec les entreprises, la ville et le SDAP en matière de ravalement des immeubles ont conduit à préciser les protocoles de travaux. Cette collaboration vise à ne plus reproduire les erreurs du passé douloureuses pour les édifices et pour les copropriétaires. Une démarche du même type a été entamée à Dieppe (Seine-Maritime) en partenariat avec la Capeb et la ville. Une étude sur l’histoire du bâti et les spécificités des matériaux a contribué à améliorer les interventions dans un souci de cohérence et de ­durabilité des immeubles. Enfin, l’architecte des bâtiments de France joue un rôle déterminant dans la préservation des Monuments historiques. Maître d’œuvre en matière d’entretien des monuments classés, il a, par sa connaissance du terrain, une vision claire du péril qu’encourt le patrimoine de son département. Conservateur des monuments gérés par le ministère de la Culture, il peut donner l’exemple aux propriétaires privés.

Ce réservoir d’expériences ­engrangées par les ABF démontre la grande pertinence du ­système français dont s’inspirent bon nombre de pays encore dépourvus de spécialistes.

En effet, l’ABF assure une garantie d’impartialité car il est dégagé de la contrainte électorale. Au croisement de disciplines aussi contradictoires qu’exigeantes, il s’avère sur le terrain un ­médiateur indispensable à l’administration centrale comme aux collectivités territoriales.

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