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Juges et parties ? Quand les maîtres d’ouvrages veulent se faire maîtres d’œuvre…

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Juges et parties ? Quand les maîtres d’ouvrages veulent se faire maîtres d’œuvre…

Drôle d’époque ! A un moment où tout le monde s’accorde sur la nécessité de réduire le périmètre de l’action et des dépenses publiques, quel est intérêt de multiplier les structures publiques et parapubliques d’ingénierie au service des collectivités ? Pourquoi « concurrencer » directement les concepteurs privés de la filière construction et travaux publics, acteurs de la conception d’ouvrages aussi divers que des écoles, hôpitaux, routes et infrastructures ? Etre juge et partie permettra-t-il de garantir la qualité des projets ? Pourquoi ne pas créer les conditions d’une complémentarité intelligente ?
Les professionnels de la maîtrise d’œuvre ont à l’esprit le trépied vertueux qui fait sens dans nos métiers, à savoir :
- Un bon maître d’ouvrage, qui sait définir les besoins ou se faire accompagner dans leur définition ;
- un maître d’ouvrage qui achète à un prix cohérent une maîtrise d’œuvre formée et compétente ;
- un maître d’œuvre qui réalise un projet de qualité, adapté au territoire et à ses usagers.
Etre à la hauteur des attentes des maîtres d’ouvrage et s’adapter à l’évolution constante de la technique et de la règlementation ne s’improvise pas, et résulte de compétences et expertises acquises et reconnues. Rien d’étonnant à ce qu’une part importante du budget des cabinets d’ingénierie, d’économistes, d’architectes, globalement de la maîtrise d’œuvre… soit consacrée aux assurances, au renouvellement des logiciels et à la formation, surtout lorsque ces cabinets recrutent de jeunes diplômés prometteurs qui ne sont pas toujours immédiatement opérationnels. Par exemple, l’indispensable évolution vers la maquette numérique ne se fera pas sans de lourds engagements financiers : les solutions logicielles exigeront la formation des ressources humaines à l’outil, mais aussi l’accompagnement à des changements de pratiques pour collaborer de façon plus transverse et à des échelles de temps plus longues, puisque tout projet de construction se conçoit dorénavant à l’échelle de toutes les phases de son cycle de vie et de l’interaction avec son environnement.
Demain plus encore qu’aujourd’hui, le conseil sera un investissement essentiel pour le bon équilibre économique et la qualité des projets en approchant le coût global et d’usage dans la durée. Il se doit d’être performant et perçu par les maîtres d’ouvrage comme rentable et non comme un simple coût.
Avec huit autres structures, dont l’UNSFA et l’UNTEC, CINOV a fait part de son inquiétude face au développement des Agences départementales d’ingénierie, SPL, SPLA qui proposent des prestations de maîtrise d’œuvre aux collectivités locales qui les ont créées. On peut craindre que cette maîtrise d’ouvrage pense pouvoir faire à la fois les questions et les réponses, c’est-à-dire qu’elle puisse à elle seule commander, décrire, concevoir et fabriquer le projet dans sa globalité. Nous doutons fort que cette configuration garantisse la qualité de conception et d’exécution et qu’elle puisse remplacer une maîtrise d’œuvre privée, formée et qualifiée.
On a aujourd’hui le sentiment de vivre une situation paradoxale où le secteur public, en manque de moyens, semble rechercher des ressources dans le secteur concurrentiel, fragilisant ainsi le secteur privé. Nos TPE et PME, qui subissent déjà de plein fouet le ralentissement économique, se voient aujourd’hui potentiellement privées d’une part significative de la commande publique. Ainsi, et c’est un comble, le secteur privé finance via ses impôts le développement d’un secteur public qui le concurrence !
La maîtrise d’œuvre privée est mobilisée et en ordre de marche pour s’adapter aux évolutions. Pour sa part, la maîtrise d’ouvrage publique déclare rencontrer certains problèmes. Nous ne pensons pas que la solution passe par la création de nouvelles structures publiques faisant fi des entreprises existantes, mais qu’il est urgent de retrouver le chemin des complémentarités et du rééquilibrage.

N°330

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