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Jeux de matières, de lumière et de couleurs à Jussieu

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Jeux de matières, de lumière et de couleurs à Jussieu

3. L’entrelacement des escalators, escaliers et ponts, apporte une animation au sein du vaste volume de l’atrium du hall d’accueil.

Pour réussir la greffe sur les bâtiments existants d’architecture très systématique, les concepteurs ont créé des façades aux textures et modénatures marquantes à partir de panneaux préfabriqués en béton brut et d’une double peau en aluminium perforé.

À l’est du vaste campus universitaire de ­Jussieu à Paris (5e), une extension de l’université Pierre-et-Marie Curie, signée Périphériques Architectes, a été réalisée. Denommé « le gril », l’ensemble avait été dessiné par l’architecte Edouard Albert, à partir de 1964, et était resté inachevé en 1968, suite à son décès. Le nouveau bâtiment 16 M de 17 000 m2 de surface hors œuvre nette, qui s’adosse aux pignons laissés en attente de la tour 53 et de la demi-barre 54, s’élève sur huit niveaux. Ouverte depuis la rentrée 2006-2007, cette aile greffée, dédiée aux 3 400 étudiants de 1er cycle, a représenté un coût d’investissement de 24,8 Me HT. Les niveaux inférieurs abritent le hall d’accueil, des locaux administratifs, une bibliothèque, une cafétéria et des salles d’examens et de thèses. Les cinq niveaux supérieurs logent les salles de cours et les laboratoires. L’une des contraintes majeures du projet concernait la topographie du site, avec notamment la dalle surélevée et inachevée, sur laquelle repose le campus. Afin de la relier avec l’esplanade du quai Saint-Bernard, implantée 4 m en contrebas, les concepteurs ont créé un « origami » architectural, à base d’un jeu de dalles inclinées qui raccorde les niveaux entre eux. Ce dispositif ingénieux permet d’y glisser un grand espace ouvert, délimité et clos par le hall d’accueil et les locaux de service. Le hall est traité comme « un espace de rencontre appropriable », souligne Stéphane Truchot, chef de projet. Il fait partie d’un ample atrium, de 50 m de longueur par 15 m de largeur, qui a guidé la conception globale. C’est en effet au cœur de ce vide de 23 m de hauteur, que se concentrent les circulations, traitées comme un enchevêtrement de cinq escalators, jumelés à cinq escaliers. Ce système de desserte, couramment utilisé pour les centres commerciaux, permet de dispatcher efficacement un flux important de personnes, vers les locaux d’enseignement.

Un spectaculaire espace central scénographié

Cet atrium est bordé d’une ­série de coursives superposées de 1,80 m de largeur, constituées de dalles en béton coulées en place qui viennent en porte-à-faux, par rapport à la structure porteuse à poteaux et poutres du bâtiment. Les planchers courants sont constitués de dalles alvéolaires. Les parois des coursives sont habillées de panneaux en béton de 12 cm d’épaisseur, calepinés et préfabriqués en ­usine. Leur peau, laissée brute côté ­intérieur, a subi une application à la lasure antigraffiti Graffistop (Pieri), du côté de l’atrium. Si la partie haute de ces panneaux sert de garde-corps, la partie basse fait office d’écran de cantonnement des fumées. Ce principe permet aussi de masquer les réseaux (électricité) appliqués en plafond qui ont été laissés apparents, non seulement pour être accessibles, mais aussi pour offrir une note industrielle à ces espaces. Les plus grandes ­pièces de ce puzzle, d’un poids de 3,89 tonnes chacune, ­mesurent 5,45 m de hauteur par 2,78 m de largeur. Très lourds, ces panneaux, soulevés à l’aide d’une grue, sont fixés sur les nez de planchers de deux étages. Posés bord à bord, sans jointoiements, ils sont arrondis dans les angles, pour former un ruban déroulé. Sachant qu’ils ont été mis en œuvre très en amont, en même temps que le gros œuvre. Par ailleurs, un travail sur la couleur a été réalisé, sur les coursives, les salles de cours et les labo­ratoires. En effet, un échantillonnage de huit coloris acidulés permet de localiser les niveaux et les disciplines enseignées.

Une double peau, brise-soleil architectonique

Les murs et sols des circulations, traités par étage avec deux ou trois tons, se prolongent dans les salles d’enseignement, peintes avec les mêmes couleurs. Cela donne une vision unitaire des divers espaces.

Des poutres en acier ont été installées dans ce vide afin de supporter les escalators et les ponts. Ces derniers, au nombre de trois et traversant le volume, accueillent des bureaux, des salles de réunion et des ­espaces de détente.

Ils sont composés d’épaisses poutres-treillis de 3 m de ­hauteur, d’un solivage et de planchers collaborants. En couverture, l’atrium est coiffé d’une verrière gonflable spéciale qui laisse pénétrer abondamment la lumière naturelle. En effet, la société anglo-allemande Vector Foiltec a fabriqué la membrane utilisée en ETFE (éthyle tetra fluor éthylène), un copolymère modifié du Teflon. Dotés de trois membranes, les coussins sont pincés dans des profilés en aluminium.

À raison de quatre par largeur, ils mesurent 4 m de largeur par une longueur variant de 7 à 18 m, selon la forme ­biaise et différente de chaque puits de lumière. Quant aux salles de cours et de TP, elles sont implantées à l’opposé de l’atrium et se développent en façade, sur les rues et à l’angle du bâtiment. D’une profondeur variable de 7 à 12 m, elles sont éclairées naturellement par des murs-rideaux équipés d’une double peau en tôle d’aluminium anodisé perforée. Cette peau sophistiquée sert à filtrer la lumière et les rayons solaires. Elle se compose de panneaux en allège et toute hauteur, agrémentés de motifs à base de micro et macro perforations, en forme de cercles, dessinés par les architectes. Ce système crée « des petits focus et des vues cadrées qui rendent le contexte alentour plus vivant », comme le précise Sébastien Truchot. De plus, entre la façade et ces panneaux en aluminium, sont fixées des passerelles d’entretien en tôle perforée, de 60 cm de largeur, permettant de supprimer les nacelles d’entretien. Ces éléments perforés de 1,20 m de largeur se calquent sur la trame existante des bâtiments du campus d’Albert : ce qui permet de mieux laisonner les différentes modénatures de façades. En effet, cette ­annexion, tout en respectant le bâti existant, s’intègre parfaitement à l’ensemble, grâce à une architecture contemporaine, ­riche en événements.

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