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ITE : Point, enjeux et perspectives

Stéphanie Obadia
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ITE : Point, enjeux et perspectives

© Sybil Rondeau

Le marché de l’isolation thermique par l’extérieur poursuit sa croissance. Les professionnels, satisfaits de cette dynamique, militent afin que la future RE2020 prenne en compte la qualité thermique des bâtiments.

Avec 17,7 millions de mètres carrés posés, le marché de l’isolation thermique par l’extérieur est en croissance en 2018. Une progression en volume, en 2018, de 5 % pour l’ITE sous enduit, avec 11,4 millions de mètres carrés, et de 1 % pour l’ITE en filière sèche (vêture/vêtage et bardage ventilé) sous Atec/DTA, avec 6,3 millions de mètres carrés posés*. Cette hausse devrait se poursuivre en 2019. « Les prévisions pour 2019 sont estimées à + 2,5 % du chiffre d’affaires et + 2,5 % en volume pour l’ITE en filière sèche », précise Stéphane Lambert, président du Syndicat national des bardages et vêtures isolées (SNBVI).

Une belle dynamique en rénovation

L’évolution est saine en rénovation et amélioration entretien, notamment sur les bâtiments résidentiels du secteur social et des copropriétés. Pour l’ITE sous enduit, les industriels du secteur ont, en effet, pu constater une importante conversion des projets de ravalement décoratif, en chantiers d’amélioration de la performance énergétique. L’ITE permettant de réduire les charges de chauffage et d’améliorer le confort d’été avec un retour sur investissement rapide. Pour Philippe Boussemart, président du Groupement du Mur Manteau, cela prouve que le décret sur l’embarquement de la performance énergétique en rénovation, du 1er janvier 2017, commence à porter ses fruits. Reste à embarquer les maisons individuelles dont le potentiel est important.

Interrogations sur le neuf

Des inquiétudes subsistent cependant pour la construction neuve, notamment dans le logement. Pour Raphael Kieffer, directeur général de Schöck France et membre du Groupement, cela s’explique par l’adoption de la RT2012. « Insuffisamment exigeante, elle a freiné le développement du marché et a causé la construction de bâtiments plus énergivores et moins confortables que prévu en phase d’étude.» Un rapport interministériel publié en février 2019 affirme d’ailleurs que « la RT 2012 est un retour en arrière par rapport à la RT2005 ». Le critère relatif à l’enveloppe du bâtiment et à sa conception dans la RT2012 est d’ailleurs moins exigeant que pour l’obtention du Label BBC de la RT2005, confirme Stéphane Lambert. Le Groupement tout comme le SNBVI comptent donc bien faire pression auprès du gouvernement afin que la future Réglementation environnementale 2020 (RE2020) prenne en compte la qualité thermique et pas seulement environnementale des bâtiments. « La RE2020, l’émergence du Label énergie Carbone ou l’expérimentation E+C- braquent davantage les projecteurs sur les équipements et la production d’énergie que sur les économies d’énergie réellement liées à la consommation », dénonce Stéphane Lambert.

Les espoirs restent néanmoins vifs pour ces deux organisations qui militent pour la prise en compte de l’enveloppe comme un élément clé dans le succès de la performance thermique d’un bâtiment. « Une inflexion forte doit être donnée par le gouvernement afin que nous ne nous retrouvions pas face à l’absurdité de construire aujourd’hui des bâtiments qu’il faudra rénover dans quinze ans pour être compatibles avec ces objectifs », conclut Philippe Boussemart.

*Enquête Unicem menée au sein des membres du SNBVI

 

LE POINT DE VUE

Stéphane Lambert, président du Syndicat national des bardages et vêtures isolées (SNBVI)

« La RT2012 reste une réglementation basée sur une exigence de moyens plus que sur une exigence de résultats. S’il est souvent question de performance globale ou d’étanchéité à l’air, il semblerait que le marché de l’ITE l’ait surtout interprété comme une augmentation des performances thermiques des parois (R) et donc une simple augmentation des épaisseurs d’isolant. Le Bbiomax, lui, n’est pas assez ambitieux ; il ne promeut pas suffisamment l’efficacité énergétique du bâti et l’évolution vers les bâtiments neufs à consommation d’énergie quasi nulle. Enfin, la question du confort est primordiale, car elle est particulièrement difficile à simuler en phase d’étude. Les calculs, en ce qui concerne les économies d’énergies attendues, ne prennent en compte que de manière générale des données de consommation. Seules des études comme le rapport Rex (Rage 2014) peuvent nous donner des indications sur le retour d’expériences de ces mesures et les conséquences induites de ces déploiements. C’est à ce titre que nous avons contribué à l’élaboration du Livre blanc “Une enveloppe performante pour un bâtiment sain et économe”, publié par le Pôle de compétitivité Fibres-Énergivie (lire CTB février 2019).»

 

LE POINT DE VUE

Philippe Boussemart, président du Groupement du Mur Manteau

« Le plan de rénovation énergétique initié par le gouvernement en novembre 2017 doit maintenant être transformé en actes tangibles pour les propriétaires individuels et être pérenne pour la planète. La France est engagée par la COP 21 et la stratégie nationale bas carbone 2050 ayant pour objectif le zéro émission nette. Ce n’est pas avec des opérations de changement de chaudière à 1 € que l’on y arrivera. À quoi cela sert-il de changer une chaudière dans une passoire thermique ? À chauffer la planète et à émettre des gaz à effet de serre ? C’est un pansement sur une jambe de bois ! Le groupement du Mur Manteau demande un plan Marshall sur la rénovation énergétique qui permette de réduire la consommation d’énergie en traitant en premier lieu l’enveloppe du bâtiment puis en dimensionnant à la bonne puissance les équipements. C’est l’association de l’isolation, des équipements et des énergies renouvelables qui permettra aux usagers de vivre dans le confort au juste coût, l’éradication des passoires thermiques et à la France d’atteindre les objectifs qu’elle s’est fixé sur la SNBC 2050.

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