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ISOLATION Rupteurs de ponts thermiques : avantages et inconvénients

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ISOLATION Rupteurs de ponts thermiques : avantages et inconvénients

Le système Rutherma développé par Schöck est le premier procédé à avoir reçu un avis technique du Centre scientifique et technique du bâtiment (Cstb).

© (Doc. D.R.)

Depuis la mise en place de la réglementation thermique 2000 (RT 2000), les rupteurs de ponts thermiques se sont rapidement développés, contrecarrant le peu de cas fait en France de l’isolation extérieure du bâti.

Les rupteurs de ponts thermiques sont des éléments qui assurent la continuité de l’isolation au droit des planchers, des murs de refend et des balcons. Ils s’intercalent de ce fait entre une surisolation intérieure, qui accentue le déséquilibre entre les parois isolées et le nez de dalle, et les systèmes d’isolation par l’extérieur, qui semblent incompatibles avec les habitudes constructives françaises dans l’habitat neuf. Pour avoir une idée de l’importance du problème, il faut savoir que dans un mur classique, isolé intérieurement par 10 cm de polystyrène, les ponts thermiques au niveau de la dalle représentent 50 % des pertes du mur lui-même, et 15 % à 20 % de la consommation de chauffage d’un logement…

Développement prometteur des produits. Bien que pour l’instant non obligatoire, le traitement des ponts thermiques au niveau des nez de dalles représente une priorité, avec une imposition et un renforcement possibles à l’horizon 2005, sous réserve d’une offre industrielle suffisamment organisée. Parmi les sept systèmes de rupteurs utilisables fin 2002, quatre proposent une intégration dans la paroi intérieure avec ancrage continu, deux dans la paroi intérieure mais avec ancrage discontinu et, enfin, un dans la paroi extérieure avec ancrage discontinu. Différentes caractéristiques identifient ces procédés :

– le procédé Murfor de Bekaert est destiné aux maisons individuelles et au petit collectif. Un « rail » de ferraillages, du mortier et une rangée de parpaings sont installés en lieu et place de la planelle qui sert de coffrage au droit du plancher. Ainsi, le passage du plancher « n’arrête pas » le montage du mur. Le plancher est ensuite coulé, ancré sur les pattes inox et désolidarisé du mur par l’isolant. Inconvénient : le système est limité en portée et ne peut donc être posé que sur deux des quatre faces du bâtiment, le traitement du nez de dalle restant traditionnel pour le pignon.

– le système Rutec de Plakabeton se caractérise par des broches tubulaires carrées en inox qui assurent la liaison mécanique des parois avec un système de gouges. Ce produit fini comprend un isolant de nature et épaisseur variables ainsi que des renforts d’armatures intégrés. Avantages : pas d’arrêt de bétonnage, des performances mécaniques et de résistance au feu élevées et une amélioration du coefficient linéique du pont thermique de 75 à 80 %.

– le système Rutherma de Schöck se compose d’éléments en polystyrène (expansé entre deux plaques silico-calcaires) traversés par deux types d’acier liaisonné bout à bout : acier inox anticorrosion en façade et fer à béton classique côté dalle.

– le système Isorupteur de BDI assure une rupture du pont thermique sur toute la périphérie de la construction. Ce rupteur polystyrène destiné aux maisons individuelles réduit, selon le fabricant, de 75 % les ponts thermiques et de 7 % les valeurs de consommation conventionnelle. Ce système est associé à un plancher avec entrevous particuliers en polypropylène.

– le système Bouygues est constitué d’empochements dans le voile servant d’ancrage aux poutres de la dalle. L’isolant, fibreux ou alvéolaire, est installé entre les empochements et assure ainsi une rupture efficace du pont thermique. Cette solution limite les jonctions dalle/façade à des points d’appui isolés, de 20 à 25 cm de largeur, et les plus espacés possibles, de 1 à 2,20 m.

– le Trait d’union (1), du thermicien André Pouget, traitera à terme l’ensemble des ponts thermiques (nez de dalles, refends ou points particuliers (plancher bas, voiles sur parking, angles particuliers, décrochés de façades…). Dans le cas d’un plancher intermédiaire, ce rupteur réduit de plus de la moitié le pont thermique. La performance énergétique en terme de coefficient C varie de 8 à 12 % selon le pourcentage de liaisons traitées. Ce procédé est actuellement testé sur des chantiers expérimentaux dans le cadre d’une démarche pour l’obtention d’un avis technique.

- Quant au principe refend/façade, ce n’est pas à proprement parlé un rupteur manufacturé. Le procédé consiste à mettre en œuvre un isolant contre le voile déjà coulé (avant son coulage). Economique, le système réduit de plus de 70 % le pont thermique du refend, mais il n’est pas adaptable au nez de dalle. De plus, cette solution reste perfectible d’un point de vue acoustique.

Des systèmes qui se banalisent. Quel que soit le système retenu, sa mise en œuvre ne bouleverse pas les habitudes de construction et ne nécessite qu’une bonne préparation du chantier. Les rupteurs, de plusieurs dimensions pour un même chantier, doivent être posés suivant un calepinage précis, même si les chutes sont parfois réutilisables. Une fois installés, les rupteurs de ponts thermiques assurent une continuité totale ou partielle de l’isolation, certains étant également compatibles pour une utilisation en murs de refend. Le temps de pose varie entre 2 à 12 min/m selon l’endroit traité, une durée qui représente environ 1 % du temps global de réalisation du gros œuvre sur des opérations d’habitat collectif.

La plupart de ces procédés s’adaptent indifféremment au béton banché ou à la maçonnerie traditionnelle, aux dalles coulées en place ou aux prédalles. Ils sont toutefois exclus des systèmes poutrelles hourdis, malheureusement très employés en maisons individuelles.

Vendus en moyenne 45 euros HT le mètre à l’entreprise, ces produits encore coûteux sont promis à un développement rapide. Et cela pour les raisons suivantes : sensibilisation croissante aux déperditions dues au renforcement réglementaire ; maintien d’une mise en œuvre traditionnelle ; maintien du béton en façade particulièrement apprécié par les maîtres d’ouvrage ; efficacité réelle qui limite, voire fait disparaître, les phénomènes de condensation, de moisissures et de traces noires, typiques des zones froides, incitant l’utilisateur à chauffer plus et donc à renforcer le déséquilibre… À court terme, entre les aides accordées dans le cadre de Vivrelec et des labels HPE et THPE ou encore grâce aux économies d’échelle engendrées par un développement des ventes et la concurrence, il est probable que ces systèmes seront de moins en moins coûteux, progressivement intégrés dans le gros œuvre, voire totalement banalisés comme c’est aujourd’hui le cas dans d’autres pays.

Les sept premiers procédés
Fabricant Nom du produit Caractéristiques Domaine d’utilisation Certification
Bekaert Murfor Isolation continue située côté paroi intérieure par un mortier isolant. Liaison plancher béton/mur maçonné (maisons, petits collectifs). Avis Socotec
Refend/façade Traitement refend façade Isolation continue située côté paroi intérieure, mise en œuvre contre le voile, au moment du coulage du refend, réalisation sur chantier. Refend béton.
Plakabeton Rutec Isolation continue située côté paroi intérieure. Liaison plancher béton/mur maçonné ou béton. Avis technique Cstb (publication 3/2002)
Schöck Rutherma Isolation continue située côté paroi intérieure. Liaison plancher béton/mur maçonné ou béton, balcon, refend. Avis technique Cstb
BDI Isorupteur Isolation située côté paroi intérieure avec ancrage discontinu (poutrelle). Liaison plancher poutrelles-hourdis/mur maçonné (maisons). Procédure d’avis technique en cours
Bouygues Isolation située côté paroi intérieure avec ancrage par plots. Liaison plancher béton banché/voile béton (collectifs) Procédure d’avis technique en cours
A. Pouget Trait d’union Isolation située côté paroi extérieure avec ancrage par plots. Toutes liaisons (plancher bas, haut, intermédiaire) coulés ou avec prédalle et murs béton ou maçonnerie. Procédure d’avis technique en cours

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