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Isolants combustibles : un nouveau guide d’emploi en ERP

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Isolants combustibles : un nouveau guide d’emploi en ERP

© (Doc. R. Bourguet.)

Les conditions de mise en œuvre des isolants combustibles sont au cœur de l’arrêté du 6 octobre 2004 qui modifie, en les précisant, les articles AM4 et AM8 du règlement de sécurité. Le guide de leur emploi en ERP, qui est annexé, fait l’objet des explications d’Etienne Prothon, spécialiste à la Direction des techniques et des méthodes de Socotec.

Les isolants combustibles, thermiques ou acoustiques, tels que les mousses plastiques alvéolaires, provoquent en brûlant d’importants dégagements de gaz toxiques. Leur vitesse de combustion étant élevée, ils sont susceptibles de produire des gouttelettes capables de propager un incendie. Leur emploi dans les bâtiments doit donc s’accompagner de mesures spécifiques. C’est la raison pour laquelle un premier « Guide de l’isolation thermique par l’intérieur des bâtiments d’habitation du point de vue des risques en cas d’incendie » a été publié en 1979 et mis à jour en juin 2000 (Cahiers Cstb 3231).

Concernant les ERP, la question relevait jusqu’à présent des articles AM 4 et AM 8 (arrêtés du 25 juin 1980 modifiés) qui viennent d’être revus et complétés par l’arrêté du 6 octobre 2004 auquel est annexé un guide qui traite de leur emploi en parois horizontales (toitures, planchers, plafonds) et verticales.

Les Cahiers techniques du bâtiment : Quelles sont les nouveautés apportées par ces modifications ?

Étienne Prothon : Jusqu’à présent, l’article AM 8 du règlement de sécurité renvoyait au guide relatif aux bâtiments d’habitation pour les isolants classés M 2 à M4 selon l’ancienne classification. Sans qu’il y ait de contradiction avec le guide habitation, le nouveau guide relatif aux ERP aborde le problème différemment et surtout avec beaucoup plus de précision quant aux conditions de mise en œuvre. L’accent est mis en particulier sur les isolants placés en toiture, notamment sous étanchéité, du fait que les supports utilisés dans de nombreux ERP sont différents de ceux des bâtiments d’habitation plutôt constitués d’ouvrages en maçonnerie. En effet, qu’il s’agisse de salles polyvalentes, d’établissements commerciaux ou autres équipements sportifs, les toitures sur charpentes bois ou métalliques de grandes portées sont le plus souvent réalisées sur supports légers : bacs acier ou platelages en bois. Les conséquences de l’exposition à un incendie provenant de l’intérieur sont donc à cet égard relativement différentes.

Ctb : Quelles sont les exigences en toiture pour ces types de support ?

E. P. : Notons tout d’abord que les isolants combustibles traités dans ce guide sont ceux qui ne répondent pas aux critères de l’ancienne classification M0. Leur utilisation en toiture est admise, sous réserve de la mise en œuvre d’écrans de protection thermique disposés du coté intérieur. Seule exception : la pose sur support en béton qui ne nécessite pas de protection complémentaire.

Sur éléments porteurs en tôles d’acier nervurées, pleines ou perforées, il y a lieu d’interposer un écran thermique pouvant être constitué par :

* de la laine de roche

* de la perlite expansée

* des panneaux dérivés du bois

* des plaques de parement à base de plâtre

* ou du verre cellulaire.

Ces types d’écrans ne nécessitent pas de justification dans la mesure où leurs caractéristiques sont conformes aux valeurs minimales indiquées dans le guide (épaisseur, densité ou composition). Les éléments porteurs continus en bois ou en panneaux dérivés du bois, employés seuls ou combinés, peuvent également servir d’écrans thermiques sans justification, les épaisseurs minimales étant indiquées en fonction de la densité des bois et de la nature des panneaux. Plus précisément, les écrans thermiques en toitures et en plafonds doivent présenter un degré de résistance au feu d’1/2 heure.

CTB : Et pour les autres parois ?

E. P. : En ce qui concerne les planchers ­intermédiaires, les dispositions sont les mêmes. Il faut noter toutefois que l’utilisation d’isolants combustibles y est plus rare qu’en toiture. Excepté lorsqu’ils se trouvent sous ou sur des locaux non chauffés ou maintenus à des températures différentes.

Au sol, l’écran thermique peut être constitué par une chape de 3 cm d’épaisseur minimum (ce qui est inférieur au minimum requis par ailleurs pour ce type d’ouvrage) ou par un parquet en bois dans les mêmes conditions de densité et d’épaisseur que les doublages en bois des parois verticales.

En parois verticales, le guide vise essentiellement les doublages, les façades légères et les bardages.

Dans tous les cas, l’écran thermique peut être constitué par une contre-cloison maçonnée de 5 cm d’épaisseur (briques enduites, carreaux de plâtre, panneaux alvéolaires) ou par des parements de densité et d’épaisseur variables (plâtre projeté sur armature métallique, plaques minérales de parement, bois massif, panneaux dérivés du bois).

En parois verticales et en sols, les écrans thermiques doivent présenter un degré de résistance au feu de 1/4 d’heure.

CTB : Est-il possible d’utiliser d’autres écrans que ceux que vous citez et comment ?

E. P. : Le guide indique les écrans les plus fréquemment utilisés dans la construction et pour lesquels il n’est pas nécessaire de fournir de justification, pour autant que les valeurs indiquées soient respectées. Cela dit, il est tout à fait possible d’en utiliser d’autres.

Dans ce cas, la justification de la résistance au feu doit être attestée par un essai dans un laboratoire agréé.

Ou bien il faut recourir à des écrans répondant aux normes en vigueur, par exemple : la norme NF EN 14135 relative à la capacité de résistance des ­revêtements de protection contre l’incendie.

CTB : Est-il possible d’utiliser des isolants ne répondant pas aux critères de l’ancienne classification M0 ?

E. P. : Dans ce cas, le fabricant du produit isolant doit faire des essais et obtenir l’accord de la Commission centrale de sécurité du ministère de l’Intérieur qui se prononce après appréciation technique préalable du Comité d’étude et de classification des matériaux et éléments de construction face au risque incendie (Cecmi). La procédure implique donc la fourniture d’un dossier technique.

CTB : Existe-t-il d’autres exigences de mise en œuvre ?

E. P. : Le respect du Guide ne dispense nullement de respecter les règles de construction définies par ailleurs, notamment les DTU et les Avis techniques. Le guide attire l’attention sur la fixation mécanique des écrans. Mais il faut également veiller à la continuité de ces écrans, en particulier au droit des joints.

Il impose également le recoupement des couches isolantes pour éviter la propagation d’effluents gazeux ou de matière fondue depuis le local en feu vers des locaux non-sinistrés.

Les isolants et les lames d’air doivent être recoupés au droit des parois séparatives auxquelles sont imposées des exigences de résistance au feu : plancher coupe-feu, par exemple.

En façades légères et bardages, ces recoupements sont obtenus par la mise en place de barrières en matériaux isolants incombustibles A2-s2, d0 (M0 dans l’ancienne classification) d’une largeur minimum de 10 cm ou par une pièce de bois massif d’une largeur de 7 cm minimum. En toitures légères, ces mêmes recoupements doivent être disposés tous les 300 m2, sans excéder 30 m dans la plus grande dimension. Leur largeur minimale passe alors à 30 cm.

En couverture avec lame d’air ventilée, la barrière de recoupement est une pièce de bois massif d’une largeur minimale de 7 cm .

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