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Influences de la couleur sur la perception du cadre bâti

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Influences de la couleur sur la perception du cadre bâti

Le concepteur devrait savoir que l’emploi de la couleur n’est pas sans incidence sur la psychologie des utilisateurs. Selon les lieux et leur fonction, les couleurs employées peuvent accentuer l’excitation, la stimulation ou à l’inverse, l’apaisement.

Pour travailler la couleur, il faut connaître sa nature, tout comme le mécanisme de sa perception. La lumière comporte trois paramètres fondamentaux : la tonalité, la clarté et la saturation. La ­tonalité – bleu, rouge, jaune – est une identification à une couleur du cercle chromatique. La clarté se définit sur une échelle de ­degrés qui vont du blanc au noir, avec toute la gamme des gris. La saturation correspond à la quantité de pigment présent (ce qui correspond à un degré de pureté). Ainsi, une couleur pure ne comportera qu’un pigment avec une saturation maximale. Par ailleurs, trois couleurs fondamentales (rouge, bleu et vert) dont la projection simultanée donne du blanc, se superposent par synthèse soustractive, pour donner le magenta, le cyan et le jaune. Le mélange de ces couleurs primaires permet d’obtenir les couleurs secondaires (violet, vert, orange) et de constituer la base du cercle chromatique. Enfin, il existe un rapport entre couleur et température ou longueur d’onde. Selon qu’elles sont longues (rouge), moyennes (vert) ou courtes (bleu), la couleur sera chaude, médiane ou froide. À ces couleurs, il est courant d’affecter des qualités ou des défauts. Certaines d’entre elles – le rouge est souvent cité – rendraient agressif, d’autres (le bleu) auraient un effet apaisant. C’est vrai en partie. « Si le rouge est fatigant, il peut aussi être attractif », explique ­Béatrice Taburet, coloriste de l’Agence Réponses Associées. En revanche, le bleu pastel – largement utilisé dans les hôpitaux – finit par provoquer la dépression. Pour autant, si certains effets sont connus, il n’y a pas d’étude psychologique qui permette d’afficher des règles. En revanche, la couleur peut polariser tous les mécontentements dans un lieu. Ce fût le cas dans un hôpital que son personnel qualifiait de froid alors que l’analyse prouvait que toutes les teintes utilisées étaient plutôt dans des tons chauds.

Dans un projet, la couleur peut avoir plusieurs missions mais presque tous les spécialistes la définissent autour d’une gestion de l’espace et des volumes, d’une aide à leur lecture ou encore d’outil de mise en valeur. Selon qu’il s’agit de travail intérieur ou extérieur, de construction neuve ou de rénovation, les méthodes diffèrent mais quelques règles générales restent à respecter. Elles s’appuient sur des notions transversales que sont les principes d’harmonie, les jeux des contrastes, la gestion des rythmes, etc. Deux couleurs (ou davantage) sont harmonieuses entre elles quand elles donnent, une fois mélangées, un gris neutre. C’est une loi objective constatée par l’étude de la façon dont l’œil perçoit les couleurs. L’harmonie des couleurs repose sur les complémentarités des couleurs primaires et secondaires. Les contrastes, car il en existe plusieurs catégories, sont issus d’oppositions. Le cas du clair-obscur est facile à observer en clignant des yeux, ce qui met en valeur les échelles de clarté. Dans un contraste chaud-froid, c’est un phénomène sensitif qui ressort puisque la sensation de température peut changer de 3 à 4 ° selon la couleur du lieu évalué. Le contraste des complémentaires joue sur les oppositions dans la gamme chromatique. Son efficacité est importante car il crée un confort visuel sensible. On citera également les contrastes simultanés (création par l’œil, ex-nihilo, de teintes complémentaires), de qualité (à partir du degré de pureté d’une couleur) ou encore de quantité. Enfin, les rythmes de couleurs revêtent une certaine importance dans leur utilisation. À partir de ces phénomènes et en jouant sur la tonalité, la clarté et la saturation, toutes sortes de combinaisons sont possibles.

Il reste à construire le projet selon des méthodes qui, si elles font beaucoup appel à la sensibilité, se fondent presque toutes sur une analyse et une observation.

À l’extérieur : mimétisme, intégration, mise en valeur ou neutralité

« Il faut toujours s’intéresser au contexte. De cette observation, vient un constat chromatique qui permettra de rechercher les harmonies les plus intéressantes. Puis, on approche et le rythme prend son importance. Cette analyse se termine sur les natures des matériaux et des textures, sans oublier les lumières », souligne Marie-Pierre Servantie, chromo-architecte (voir entretien, p. 32). La fonction du ­local projeté ou travaillé (hospitalier, ludique, sportif…), l’image qui est ­recherchée et la notion de confort que l’on veut obtenir entrent également en ligne de compte. Le recensement et la définition des espaces appartiennent à cette analyse : locaux de circulation ou communs, classe fréquentée une bonne partie de la journée, chambre d’hôpital, bureau, local technique ou salle d’opération… Cette typologie est essentielle à la compréhension et donc au traitement des lieux. Il est important de faire préciser la demande, aider à sa définition et la faire valider. La suite est une construction complexe fondée sur les ­effets recherchés.

À l’extérieur, le choix se portera sur l’une des quatre possibilités que sont le mimétisme, l’intégration, la mise en valeur ou la neutralité. Assurant le camouflage, le mimétisme consiste à trouver un schéma chromatique identique au substrat. L’intégration conduit à utiliser des tonalités absentes du site mais dans un même ordonnancement. La mise en ­valeur est assurée par l’utilisation de couleurs les plus éloignées de celles du site. ­Enfin, la neutralité jouera fortement sur des nuances de gris. Dans le choix des couleurs, la destination du lieu est essentielle. Dans l’hôtellerie, l’ambiance voulue est familière, l’effet cosy. Le travail est souvent très décoratif et les choix se portent sur des beiges, tons bois, teintes naturelles. Les chartes graphiques des grandes chaînes de l’hôtellerie permettent aussi de constater qu’il existe des différences en fonction du confort. « Dans les maisons de repos des personnes âgées, le choix est plus délicat. Leur perception est différente de la nôtre. Les combinaisons trop contrastées les agressent et les fatiguent. Des tons frais et gais seront ainsi privilégiés. Il faut savoir activer les couleurs en restant soft », explique Michel Beauvais, architecte. Certaines couleurs ou formes colorées peuvent provoquer l’angoisse, notamment les bandes multicolores destinées à guider le cheminement des malades d’Alzheimer. En psychiatrie, le recours aux couleurs apaisantes (bleus ou verts) ne doit pas faire oublier que les tons froids peuvent eux aussi faire monter l’angoisse. Il existe (et se développe) un rapport de l’homme au lieu, en exploitant les jeux de couleurs. Dans un ERP, par exemple, selon que l’on sera à l’accueil, dans une circulation, dans un lieu de travail ou dans une aire de restauration, la réponse se fait avec des niveaux chromatiques différents. Dans un lieu de concentration, il faut exclure les couleurs vives, en règle générale tout ce qui influence l’œil. Mais en même temps, il importe de jouer sur la saturation de la couleur : il existe des gammes de jaunes stridents et des rouges sombres aussi ­relaxants qu’un bleu doux.»

Pas plus de 10 couleurs pour 3 matières et textures

Le respect des harmonies reste sans doute la règle la plus efficace pour réussir une mise en couleurs. Pour ce faire, il faut se fonder sur les trois critères de base : tonalité, clarté et saturation. Deux couleurs en harmonie ont au moins l’un de ces critères communs. Dans un site déjà coloré, la vérification d’une couleur supplémentaire se fera en rapportant les trois critères de la couleur retenus aux trois critères des couleurs existantes. Au-delà de ce principe de base, les professionnels rappellent qu’il est nécessaire de choisir une dominante, de ne pas multiplier les couleurs. S’il faut donner des chiffres, pas plus de 10 couleurs pour 3 matières et textures. Autres conseils, la création d’effet de surprise, et surtout la gestion des équidistances entre les différentes couleurs dans la gamme, apparaissent comme essentiels.

Dans un ensemble ou une succession, il est toujours intéressant de liaisonner l’ensemble à l’aide d’un support physique car la couleur n’est pas là pour cisailler l’espace mais pour l’accompagner. On pourra ainsi utiliser une plinthe. Enfin, il est bon de jouer avec les lumières et les matériaux comme le verre de couleur et de travailler les ombres. Par exemple, un orange dans un espace blanc conduit, sous l’effet d’un éclairage neutre, à la création d’ombre bleue.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°277

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