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Interview

Dominique Sutra Del Galy, président du Cinov, appelle à la concertation

Stéphanie Obadia

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Dominique Sutra Del Galy, président du Cinov, appelle à la concertation

Dominique Sutra Del Galy, président de la fédération Cinov

© Cinov

La perspective de voir la loi MOP et le concours remis en cause par le projet de loi Elan (Évolution du logement et aménagement numérique) inquiète et fait des vagues. Dominique Sutra Del Galy, président de Cinov – qui avait signé la lettre ouverte des acteurs du cadre bâti, des concepteurs et des entreprises au Premier ministre –, appelle aujourd’hui à une concertation de tous les acteurs pour défendre d’une seule et même voix les intérêts de la maîtrise d’œuvre. 

En tant que président de la fédération Cinov, vous avez signé la tribune plaidant pour un logement de qualité pour tous. Vous revenez aujourd’hui sur vos positions et vous appelez à une concertation. Quelle est votre position ?
Effectivement, nous avons signé la tribune relayée par les architectes. Nous les rejoignons dans l’idée de construire pour tous,  mieux et moins cher, mais aussi pour défendre le concept du concours. Néanmoins, aujourd’hui, cela prend la forme d’une situation de blocage par médias interposés, entre les architectes et l’Union sociale pour l’habitat (USH). Je ne me retrouve plus dans cette forme de monologue où les positions sont aujourd’hui figées. Les vrais enjeux de la loi Elan dépassent la question des concours. Il est aussi question de travailler différemment et de faire évoluer nos métiers pour concevoir, innover et faire différemment. Ce qui est indispensable. 

Qu’en est-il des marchés globaux et de la loi MOP ?
Les marchés globaux sont, à leurs débuts, apparus comme une réponse aux nouvelles attentes exprimées par nos clients, et comme un appel à de nouvelles formes collaboratives. Avec le temps, le constat est plus mitigé. Si les marchés globaux sont adaptés à certains projets, comme la rénovation énergétique, ils ne sont pas « universels ». Ils demandent beaucoup d’investissement de la part des équipes, lors de la phase de consultation et les perdants sont peu indemnisés. L’économie de temps générée par cette procédure n’est pas toujours flagrante. En revanche, elle induit une intéressante notion de coût global et de garantie de résultat que la loi MOP n’aborde pas vraiment. L’idéal serait de faire évoluer les deux démarches en parallèle pour aboutir à des modèles complémentaires. 

Pensez-vous qu’il faut construire différemment ?
Raisonnons différemment, oui ! Mettons-nous plus à la place de l’usager. Prenons aussi en compte dans ce coût global la durée de vie du bâtiment. Sur trente ans, les coûts d’entretien et d’exploitation sont plus impactant que le coût d’investissement initial. Il faut investir en amont dans l’ingénierie de conception dont le coût est négligeable au regard des économies générées. Construisons des logements évolutifs, adaptables, durables et connectés, où chaque mètre carré utile est optimisé. On peut réfléchir à la façon de faire des mètres carrés plus efficaces qui s’adapteraient aux différents usages au cours de la journée. Le logement de demain sera un lieu de vie où l’on travaillera aussi. Des petits pas, des améliorations, mais de vrais gains ! Des changements nécessaires, mais qui ne se font pas en un seul tour de main, mais avec de l’innovation, de l’ingénierie.

La préfabrication est aussi au cœur des débats. Quel est votre point de vue ?
Pour construire moins cher, l’industriel doit aussi produire des procédés fiabilisés à coût optimisé. La préfabrication peut être une solution. Certes, tous les bâtiments ne sont pas concernés, mais il ne faut pas rejeter cette solution. Ce système constructif peut amener aussi à des bâtiments de caractère. Aussi, la préfabrication doit être prise au sens large : en structure, pour l’enveloppe, mais aussi pour les équipements et les éléments décoratifs. 

Vous faites donc un appel à la concertation aujourd’hui ?
Les maîtres d’ouvrage ont besoin de changer la donne et de travailler différemment. Il est important de démystifier la vision de la construction, de remettre en cause nos habitudes de travail. Certes, ce n’est pas simple. Mais arrêtons ces attaques interposées, ne restons pas sur des postures qui vont évoluer par la force des choses. Il est trop tard pour lancer les assises de la maîtrise d’œuvre, mais mettons-nous vite autour de la table pour mieux peser ensemble et d’une seule et même voix. Je l’ai proposé à l’USH et à certains de nos confrères, comme Syntec Ingénierie. C’est en maturation. Les points de divergence ne sont pas si importants que ça ! Il me semble que cela n’a jamais été aussi crucial de travailler ensemble, de faire émerger les idées qui nous rassemblent, plutôt que de rester campés sur nos divergences. D’autant que nous ne sommes pas à des années-lumière de distance les uns des autres. 

 

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