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Habitat : un développement attendu à terme

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Habitat : un développement attendu à terme

la construction par voie sèche réduit les temps de mise en œuvre, les espaces de stockage sur les chantiers et les volumes de matériaux à manutentionner.

© (Doc. Arcelor.)

Hormis le système Phénix, l’habitat à ossature acier peine à dépasser le statut de construction ­d’exception ou de réalisation expérimentale. Pourtant, l’évolution dans l’approche et la façon de construire lui offrent de réels débouchés.

La technique de l’ossature acier, tout comme celle de l’ossature bois, a souffert dans les années 80 d’une approche erronée : celle de vouloir positionner ces systèmes sous un angle économique, alors que leurs atouts sont ailleurs. Aujourd’hui, les promoteurs de la construction à ossature, qu’il s’agisse d’acier ou de bois, axent leurs recherches sur deux niveaux : d’une part, l’optimisation des systèmes constructifs et le transfert d’un certain nombre de tâches du chantier vers l’atelier, et d’autre part, le développement des potentiels en terme d’architecture, particulièrement au niveau des portées, de la finesse des structures et plus globalement de l’adaptabilité à un site donné.

L’habitat individuel a ouvert la voie

Tant au travers des filières acier logement, acier construction que des différents montages mis en place pour soutenir la construction acier, l’habitat individuel a mieux « tiré son épingle du jeu » que l’habitat collectif, ne serait-ce que par le nombre de chantiers réalisés. Pour l’individuel, plusieurs opérations pilotes ont permis de vérifier, de confirmer ou de valider plusieurs constantes :

- l’ossature acier permet, sans aucun surcoût, d’accéder à une construction moderne et relativement élaborée ;

- elle apporte un niveau de qualité supérieur dans une enveloppe budgétaire donnée ;

- les chantiers se déroulent très rapidement (environ 4 mois pour une maison individuelle), la mise hors d’eau étant effectuée en une semaine sur une dalle béton existante.

Ces qualités n’ont pas pour autant permis à la filière de réellement « décoller ». Patrick Le Pense, chef de la mission Ossature acier chez Arcelor apporte une réponse : « Jusqu’à une période récente, ces atouts ne pesaient pas suffisamment, face à une construction de masse, banalisée et incluse dans une démarche de consommation passive. Depuis quelques années, les mentalités évoluent. La prise en compte de l’environnement, les problèmes d’effet de serre, la notion de coût global, la démarche HQE, les difficultés de recrutement de main d’œuvre : tout cela va dans le sens d’une approche différente de la façon de construire. »

La tradition sidérurgique à l’origine d’un redémarrage

Actuellement, Arcelor pilote un programme qui se met en place à la fois en Lorraine et en Wallonie, deux régions de tradition sidérurgique. Début 2004, six maisons individuelles en accession à la propriété ont été livrées dans le cadre d’un projet transfrontalier. En Wallonie, une maison prototype utilisée comme vitrine de l’ossature acier est en place, deux bâtiments tertiaires sont réalisés et un lotissement complet devrait se concrétiser dans l’année. Des deux côtés de la frontière, le but est identique : démontrer aux maîtres d’ouvrage, privés, publics ou particuliers, le bien- fondé de l’ossature acier. Côté français, d’autres projets concernent encore la Lorraine, avec onze maisons individuelles en cours de construction pour la SA HLM Logiest, ainsi que quelques opérations tertiaires. De plus, un atelier de fabrication de panneaux a récemment été créé à Rombas (Meurthe-et-Moselle), une commune dans laquelle cinquante parcelles en construction acier sont aussi en projet.

Toujours dans l’Est de la France, mais plus au sud à Mulhouse, une petite opération fait également appel à l’ossature acier, mais avec une approche différente. Ici, les différents éléments sont assemblées sur site : pas de préfabrication de panneaux en atelier. Un concept différent, qui apporte plus de souplesse en contrepartie d’une phase « chantier » plus longue. D’autre part, les systèmes de panneaux préfabriqués en atelier, très aboutis, ont leurs ­limites qui vont de 250 à 300 km autour du lieu de fabrication. Au-delà de cette distance, le coût du transport grève trop fortement leur prix de revient. On est encore très loin des 2 500 à 3 000 maisons à ossature acier commercialisées chaque année par MI Sa (système Phénix), un système « propriétaire » déjà très optimisé dans sa conception d’origine, et qu’il paraît difficile d’améliorer de façon significative.

Le souhait des industriels : détenir 5% du marché de la maison individuelle

Cependant, Patrick Le Pense attend que ces programmes soient aboutis pour pérenniser le concept et l’étendre géographiquement. Il est optimiste, car pour la première fois, non seulement des majors du BTP se penchent sur l’ossature acier, mais aussi des promoteurs privés. Ces derniers souhaiteraient d’ailleurs intégrer ces systèmes dans leurs catalogues : c’est déjà chose faite pour MI SA avec des modèles de maisons à ossature bois. Si l’enjeu est important, les industriels de l’acier n’ont pas la prétention de vouloir détrôner la construction en maçonnerie, très liée à l’important réseau de petites entreprises présentes sur tout le territoire. Ils restent prudents et espèrent détenir à moyen terme 5 % du marché (hors système Phénix) de la maison individuelle neuve. À titre de comparaison, la maison à ossature bois annonce actuellement 4 %.

Un transfert des compétences vers l’atelier

Autre atout de ces systèmes : un transfert important de tâches du chantier vers l’atelier ou vers l’usine. Ce n’est pas nouveau, mais il s’agit d’atouts qui peuvent à moyen terme devenir déterminants. Le manque de main d’œuvre qualifiée, la difficulté à attirer les jeunes vers les métiers du bâtiment privilégient naturellement les techniques qui limitent les interventions sur chantier : c’est le cas de tous les systèmes à ossature.

Le durcissement de la réglementation thermique ainsi que les exigences d’isolation acoustique, imposent une qualité de mise en œuvre et d’assemblage de plus en plus pointue. Là encore, les assemblages réalisés en usine ou en atelier apportent une qualité généralement supérieure à ce qu’il est possible d’obtenir sur chantier.

A priori, il sera moins difficile pour des entreprises de recruter du personnel pour un travail en atelier que pour des postes sur chantier. Tous ces systèmes  – plus ou moins industrialisés – permettent de limiter les déchets de chantier, un poste qui va devenir de plus en plus coûteux et surtout complexe à gérer. Enfin, les notions de haute ­qualité environnementale, de coût global et de développement durable (voir encadré) devraient favoriser ces démarches qui se positionnent souvent favorablement face à la multiplicité des critères requis.

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