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Guédélon : immersion dans les techniques du XIIIe siècle

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Guédélon : immersion dans les techniques du XIIIe siècle

1 & 3. Vingt-cinq années seront nécessaires pour édifier, avec les moyens techniques du Moyen Âge, ce château d’une emprise au sol de 900 m2. Étape la plus récente : en octobre dernier, les voussoirs constituant les 6 nervures de la voûte en croisée d’ogives (tour maîtresse) ont été posés. (Doc. DR.)

Projet hors du temps, la construction du château de Guédélon est un pari fou qui consiste à construire, ex nihilo, un château fort du xiiie siècle, selon les techniques et avec les outils de l’époque… mais avec les règlements de sécurité actuels ! Huit ans après son démarrage, le point sur cette aventure constructive.

Longtemps décriée, l’opération de construction du château fort de ­Guédelon, dans l’Yonne, prouve chaque jour aux architectes, ­universitaires, historiens et ­entreprises, l’intérêt de cette aventure unique. En effet, c’est la première fois que des spécialistes des métiers du bâtiment et des historiens peuvent appréhender en temps réel la construction d’un château féodal. C’est aussi l’occasion de vérifier ou d’infirmer un certain nombre d’hypothèses, tant au niveau des métiers, des matériaux, des procédures que des temps de mise en œuvre. Sont concernés : l’extraction des pierres, leur taille et leur pose, les mortiers utilisés, le travail du fer, de la forge à la fabrication des outils, les circuits du bois, de l’abattage des arbres à la réalisation d’éléments de charpente, les autres usages du bois : pont-levis, échafaudages, palissades, coffrages, soutènements ou manches d’outils… Au fur et à mesure de l’avancement du chantier, cette information est hiérarchisée et classée sous forme d’une banque de données, enrichie et réactualisée en permanence.

Un cas unique d’archéolologie expérimentale

L’idée de ce projet revient à ­Michel Guyot, qui avait déjà restauré en profondeur le château voisin de Saint-Fargeau.

Il découvre un jour que son château comporte deux « peaux », l’une extérieure, visible, et l’autre, intérieure, qui représente la base médiévale de l’édifice. Il souhaite alors reconstruire cette base dans l’enceinte du château, ce qui sera refusé par les ­Monuments historiques. Il achète alors un site (constitué d’une clairière, d’une forêt et surtout d’une carrière) qui permet de trouver sur place les matériaux nécessaires à la construction d’un château fort du xiiie siècle : l’aventure peut alors commencer.

Cet ambitieux projet sera orienté vers une recherche d’authenticité maximale, la limite se situant au niveau de la sécurité et de la ­législation du travail. Rapidement, le site de ­Guédélon s’impose comme un laboratoire à ciel ouvert, chaque étape étant appréhendée, étudiée et validée par un comité scientifique composé d’architectes, d’archéologues et d’historiens. Une directrice assure la gestion globale du projet , un chef de chantier – rompu aux travaux du patrimoine, mais aussi à la vie associative – est chargé de l’exécution des travaux. Tout au long du chantier, se posent des questions techniques, de mise en œuvre ou de matériaux employés. L’étude des documents de référence, issus de la banque de données mise en place par les différents experts, permet de définir une proposition ­argumentée.

Elle est directement retenue ou envoyée à un comité d’éthique, pour être entérinée ou modifiée. Ainsi, de l’étude comparée des archères (meurtrières), il ressort que les châteaux philippiens privilégiaient la solidité de la structure des murs et des tours (épaisseur moyenne comprise entre 1,80 m et 2,50 m), au détriment de l’ouverture de l’angle de tir, imposant ainsi un tir quasi unidirectionnel. Cette forme à angle fermé sera donc le modèle de base de Guédélon : des archères simples, sans étriers ni chanfrein.

Matériaux et outils proviennent du site

À Guédélon, il est impératif d’oublier notre perception du temps. En effet, ce chantier d’une surface au sol de 900 m2 doit ­durer…un quart de siècle. Après huit ans de travaux, les volumes sont en place. L’aspect final du château devient imaginable.

De même, cette année, la tuilerie a été construite. À partir de 2007, elle fabriquera des tuiles qui seront utilisées dès 2009. Le cycle du bois prend en compte des temps de séchage assurant à terme une parfaite stabilité des ouvrages.

Certains éléments de structure et de charpente, débités en 1998, commencent à être mis en œuvre. Les essarteurs gèrent sur une durée longue une exploitation forestière avec plans de coupes annuels et mise en réserve de certains arbres. L’exemple de la chaux grasse éteinte fabriquée sur le site est également significatif : le produit obtenu présente l’atout d’une prise lente (la prise à cœur peut nécessiter des dizaines d’années). Ce qui permet aux pierres des prises d’assises sans tensions internes.

En terme d’organisation :

– 1997 représente « l’année zéro » des travaux. Jacques ­Moulin, ­architecte en chef des Monuments historiques, réalise les plans, pendant que l’on défriche et prépare le site. L’année suivante, le château est implanté, le périmètre construit s’élève d’un mètre, la cour est remblayée.

– Dès 1999, les contours du château sont plus visibles. La tour de la chapelle prend forme, le périmètre du château bâti atteint une hauteur de 1,50 m. La courtine ouest se situe à 1 m au-­dessus du niveau de la cour.

– En 2001, le périmètre du château monte à 3 m, le pont ­dormant est achevé. L’escalier à vis de la tour de la chapelle comprend 12 marches, les travaux de l’escalier rampant de la tour maîtresse débutent.

– En 2002, mise en place d’une voûte à croisée d’ogives sur la tour de la chapelle. 24 marches de l’escalier à vis sont réalisées, la construction de la poterne ­débute.

– En 2003, démarre l’édification du pignon ouest du logis. La voûte de la tour maîtresse est mise en charge.

Mieux comprendre les 30 000 ouvrages médiévaux du territoire français

– En 2004 et en 2005, les travaux se poursuivent dans l’élévation du logis seigneurial, ainsi qu’au rez-de-chaussée de la tour maîtresse : dallage du sol, réalisation d’archères, d’une porte en arc brisé, de l’assommoir du couloir, poursuite de l’escalier rampant, de l’élévation des murs, taille de parements en arc, etc. Démarrage également de la construction d’une tuilerie qui fournira les tuiles nécessaires à la couverture du château et de quelques bâtiments annexes. Elle comprendra un séchoir, un four et un atelier. Cette ­construction se prolongera en 2006. Ainsi, huit ans après le ­début des travaux, le projet avance conformément aux prévisions. Et comme le précise le chef de chantier Florian Renucci : « En ce début de xxie siècle, les gens qui peuvent prétendre avoir taillé, coffré et bâti une voûte d’arêtes en pierre, bois et mortier, puis qui l’ont mise en charge, ne sont pas légion. Guédélon nous permet de mieux comprendre les quelque 30 000 ouvrages médiévaux construits sur le seul territoire français, et ce sans aucun écrit. Cette expérience intéresse les Monuments historiques et les historiens, mais également le maçon qui restaure une maison traditionnelle et qui doit être en mesure de travailler la chaux ou de comprendre la pierre. »

Contrairement aux apparences, Guédélon est un chantier très actuel. Il apporte quelques ­réponses pertinentes dans le cadre des concepts de développement durable, de haute qualité environnementale et de coût global. Cette construction, réalisée en autarcie complète avec les matériaux disponibles sur le site, fait revivre des techniques oubliées, limite le gaspillage et la consommation d’énergie. Elle met ­également en exergue des logiques de mise en œuvre ou de filières, qui pourraient être sans difficulté appliquées à la construction moderne.

Elle apporte également une ­réflexion de fond sur les moyens techniques. Dans les premiers mois du chantier, différentes méthodes ont été testées, en termes d’outils et de moyens d’extraction de la pierre.

Dans certaines circonstances, il sera démontré que la mécanisation, envisagée pour des raisons de moindre pénibilité, procure parfois davantage d’inconvénients. Enfin, ce chantier revalorise les professions du bâtiment, qui manque de plus en plus de main d’œuvre qualifiée. ­Maryline Martin, la directrice du site, confirme que « 80 000 enfants visitent ce site chaque année, nous passons des partenariats avec des CFA, certaines personnes ont appris un nouveau métier, des vocations naissent… Guédélon donne une image positive du bâtiment. C’est une aventure humaine et technique unique ».

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