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Interview

Gratuité de la reprise des déchets : la solution ?

Stéphanie Obadia

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RAPPORT VERNIER 

Une quarantaine de propositions
Remis aux ministres de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, et de l’Économie, Bruno Le Maire, en mars dernier, le rapport Vernier sur l’avenir des filières REP (à responsabilité élargie des producteurs) comporte une quarantaine de propositions pour améliorer la gestion des déchets, dont la création d’une filière gratuite sur les déchets du bâtiment. Il avance entre autres qu’une REP assortie d’une éco-contribution sur les producteurs et distributeurs de matériaux permettrait de financer le diagnostic préalable à la déconstruction ou à la démolition, le bon tri, la reprise gratuite des matériaux, leur bonne destination vers des filières adaptées et leur traçabilité.

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Gratuité de la reprise des déchets : la solution ?

© Syntec/Cinov

Coline Blaison, consultante construction durable et membre du groupe de travail HQE de Syntec-Ingénierie, et Dominique Sutra del Galy, président de Cinov, réagissent à la proposition de reprise gratuite des déchets du bâtiment formulée par le rapport Vernier et se positionnent sur la notion d’économie circulaire.

Que pensez-vous de ce rapport et notamment de sa proposition d’une REP déchets du bâtiment ?

Coline Blaison : Le groupe de travail HQE de Syntec-Ingénierie s’inquiète de la proposition d’« une REP assortie d’une éco-contribution sur les producteurs et distributeurs de matériaux [qui] permettrait de financer le diagnostic préalable à la déconstruction ou à la démolition, le bon tri, la reprise gratuite des matériaux, leur bonne destination vers des filières adaptées, et leur traçabilité. » En effet, la reprise gratuite des déchets dispenserait les entreprises d’effectuer un tri optimisé pour diminuer les coûts de traitement ou de trouver de nouvelles voies de valorisation, comme par exemple le réemploi. La clé serait plutôt d’augmenter encore la taxe générale sur les activités polluantes (TGPA) pour amener les entreprises à en produire moins. Une autre option serait de la coupler à une REP, pour en effet financer le diagnostic préalable, mais n’aboutissant pas à une reprise gratuite des matériaux. »

Dominique Sutra del Galy : Globalement, ce rapport émet des propositions utiles pour augmenter le périmètre et le taux du recyclage, dans une perspective d’économie circulaire. Concernant la reprise des déchets, l’enjeu principal ne réside pas dans la gratuité de la reprise. Les contraintes opérationnelles sur chantier peuvent rendre difficile le tri (absence de place, bonne fréquence des levées de bennes, bon geste de tri sur site…) ; le manque de retour d’information ne valorise pas les efforts réalisés par ceux qui ont pratiqué le tri et la performance en termes de taux de recyclage de la plateforme qui accueille les déchets (triés ou non). Ainsi, il serait judicieux qu’au moins une fois par an, les opérateurs de collecte, de tri et de valorisation communiquent sur ces taux. La valorisation et le recyclage doivent être intégrés dans la politique et la pratique (management environnemental) de tous les acteurs concernés (MOA, MOE, entreprises de travaux/opérateurs de collecte, tri et valorisation). Agir, c’est prévoir dans tout cahier des charges de chantier une information sur la performance environnementale concernant le réemploi, le recyclage et, à défaut, l’élimination des déchets. Mais il faut aussi responsabiliser les acteurs : il leur appartient de choisir le compromis entre plusieurs critères, tels que taux de recyclage et coût de prises en charge. La gratuité ne semble donc pas utile à ce stade.

Les sociétés d’ingénierie sont-elles concernées par la démolition-reconstruction ? Quels rôles peuvent-elles jouer ?

Coline Blaison : Les entreprises d’ingénierie en démolition comme en construction ont un rôle central. En démolition d’une part, elles étudient les possibilités de rénovation versus la démolition et s’assurent de la bonne réalisation des diagnostics déchet, qui sont aujourd’hui très peu réalisés et restent trop génériques. Ceci pour identifier en amont les gisements de matériaux qui pourraient être réemployés in situ de préférence, puis ex situ, et pour finir les meilleures filières de valorisation matière pour ceux qui seront recyclés, de manière à aboutir à un schéma d’organisation de la gestion et de l’élimination des déchets de chantier (Soged) optimal.

Dominique Sutra del Galy : L’AMO Environnementale contribue au management de la performance environnementale des chantiers. L’intégration du critère de performance dans la gestion des déchets légitime pleinement l’intervention d’une ingénierie citoyenne et responsable. Il est nécessaire d’anticiper la déconstruction au moment de la conception. Pour obtenir un Soged « optimal », il faut une réglementation incitative et des objectifs de réutilisation et de valorisation.

Quelle incidence sur la conception des bâtiments ? Faut-il repenser les modes constructifs sous l’angle de la déconstruction ?

Coline Blaison : Il serait intéressant de concevoir des bâtiments modulaires qui pourraient s’adapter à d’autres usages, de prescrire de matériaux démontables afin de permettre leur réemploi et leur recyclage et d’intégrer des matériaux issus du recyclage et du réemploi dans les projets.

Dominique Sutra del Galy : Il faut impérativement rattacher cette attitude de « bonne gestion » des déchets à une analyse globale du cycle de vie des matériaux et à une prise en compte de l’ensemble de ses aspects environnementaux. C’est d’ailleurs un des enjeux de la démarche d’ACV bâtiment E+C- et plus largement de l’écologie industrielle et territoriale, l’un des piliers de l’économie circulaire.

Quels sont les obstacles au déploiement de cette approche d’économie circulaire ?

Coline Blaison : De nombreux freins ont été identifiés : la connaissance de la ressource, les quantités, les qualités intrinsèques de matériaux, la logistique nécessaire, les assurances. Toutefois, plusieurs groupes de travail planchent sur ces sujets et la filière du réemploi est aujourd’hui en plein essor, notamment via les plateformes de vente de matériaux de réemploi, comme celle que nous avons développée, Cycle Up. Il ne fait aucun doute que dans les prochains mois, de nombreux projets en phase avec l’économie circulaire vont voir le jour et que les retours d’expérience vont être de plus en plus importants. Il est donc impératif d’œuvrer en ce sens…

Dominique Sutra del Galy : Pour l’heure, les plateformes de réemploi sont insuffisamment développées et répondent faiblement aux besoins. Le stockage de ces « matières/matériaux secondaires », versus « matières/matériaux primaires » constitue certainement un aspect important, car ils contiennent parfois des matières susceptibles d’être dangereuses (peintures au plomb, etc.). Un soutien à l’étude des critères de fonctionnement des plateformes pourrait être apporté par les pouvoirs publics.

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