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Gestion : une ouverture à la récupération des eaux grises

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Gestion : une ouverture à la récupération des eaux grises

Le stockage des eaux grises s’impose avant passage dans l’unité de traitement si leur production obéit à des débits non-prévisibles. Elles passent d’abord dans le filtre installé dans la cuve du fond, puis dans la machine de traitement. Enfin, les eaux épurées sont stockées en attendant leur utilisation.

© (Doc. Hansgrohe.)

Récupérées des lavabos, douches, baignoires, les eaux dites « grises » permettent d’alimenter sanitaires, lavage, arrosage… Encore méconnus, deux systèmes sont apparus récemment en France et devraient permettre au marché de se développer.

Parmi les solutions à la problématique de l’alimentation en eau, celle de la récupération des eaux dites alternatives (eaux de pluies et eaux usées) apparaît en France. Et ce par le biais d’expériences timides, sous la surveillance des autorités sanitaires. Pour la récupération des eaux usées, dites « eaux grises », plusieurs systèmes existent et fonctionnent sur des principes proches. Deux d’entre eux sont apparus en France depuis quelques mois et permettent de réutiliser l’eau des salles d’eau pour des usages de sanitaire, de lavage, d’arrosage. Une quantité non négligeable quand on sait qu’un ménage parisien consomme en moyenne 39 % de son eau pour sa toilette, 20 % dans les sanitaires, et 12 % pour les usages domestiques divers (la lessive et le nettoyage des logements). Mais les débouchés du recyclage des eaux grises ne se limitent pas au logement. Sont également concernés les immeubles d’hôtellerie, les équipements publics (piscines, par exemple), les équipements d’enseignement (pensionnat) et de loisirs, les immeubles de bureaux mais aussi les installations indus­trielles. En ­effet, cette problématique de l’alimentation en eau peut se résoudre de deux manières : courir en permanence après de nouvelles ressources naturelles qui risquent de s’épuiser ou bien rationaliser son utilisation par des emplois cohérents successifs, après son traitement total ou partiel. La première hypothèse risque, à terme, de déboucher sur des impasses en raison du déséquilibre entre les régions dont les richesses en eau ne sont pas équivalentes. Par ailleurs, s’il existe des ressources considérables comme celles des mers, le facteur éco­nomique entre, un jour, en ligne de compte pour montrer la limite de certains traitements (le dessalement, par exemple).

Une stricte séparation des réseaux

La recherche de ­solutions alternatives suit finalement – avec quelques années de retard – le même processus que celui appliqué dans le secteur des énergies solaire, éolienne ou géothermique. L’exploitation de la ressource locale ou même de la micro-ressource est une donnée relativement récente dans ­l’Hexagone même si l’Orient avec le Japon d’abord, l’Amérique avec le Canada ensuite, et l’ensemble des pays de l’Europe du Nord depuis déjà plusieurs années, ont largement choisi cette voie pour assurer une ­nécessaire diversification.

Complément de la récupération des eaux de pluie, celle des eaux grises est aussi plus régulière puisque la ressource est permanente et proportionnelle à l’usage des occupants. Deux systèmes, d’origine allemande, sont actuellement commercialisés en France : AquaCycle de Pontos-­Hansgrohe et IWM de GEP, distribué par Aquae Environnement. Ils fonctionnent sur le principe d’une mini-station d’épuration, une sorte de « machine à laver l’eau », comme la définit Pascal Sorrentino, directeur grands comptes de ­Hansgrohe-France. Un bac recueille les eaux grises qui sont ensuite envoyées dans une station de traitement biologique par oxygénation (système aérobie). À ce stade, les systèmes diffèrent : pour l’élimination bactérienne, IWM utilise une membrane filtrante, alors qu’AquaCycle préfère l’exposition aux rayons UV. L’eau est ensuite propulsée dans un circuit de distribution spécifique. L’exploitation d’un système de traitement des eaux grises nécessite toutefois un certain nombre de dispositions contraignantes mais impératives, notamment en application du DTU 60-11 :

– une séparation des circuits eaux-vannes (WC) et eaux usées, elles-mêmes séparées en deux : lavabos, douches, baignoires d’une part dont l’eau sera traitée. Éviers des cuisines, d’autre part, dont l’eau trop grasse est évacuée directement ;

– des circuits d’alimentation d’eau potable et d’eaux grises recyclées séparés et ne parvenant pas aux mêmes points de distribution ;

– une installation conforme à la norme EN 17-17 empêchant toute éventuelle pollution des eaux potables par les eaux usées.

Cette disposition permet en effet de prévoir la possibilité d’une alimentation par l’eau du réseau de distribution en cas de réserve insuffisante d’eaux grises traitées.

Faible encombrement au sol

Pour une maison individuelle, chacun des deux systèmes exige une place réduite – moins de 1 m2 au sol pour une hauteur maximale de 1,80 m. Mais les capacités de traitement et donc les dimensions des installations sont fonction de l’importance des eaux à traiter. « Nous proposons une aide pour les études et le dimensionnement », souligne Jean-Louis Manent, directeur général d’Aquae Environnement. Il est vrai que les marques d’intérêt se multiplient, en particulier dans les entreprises et dans les collectivités. « Le marché ­devrait croître quand le système sera mieux connu, ajoute Pascal Sorrentino. Dans ce but, nous travaillons avec le Cstb dans le cadre d’une Atex, pour l’instant limitée à une maison individuelle. Elle sera étendue à une piscine municipale que nous équipons en ce moment, dès que l’installation sera en fonctionnement. L’Atex porte, d’une part, sur le process, d’autre part, sur les aspects purement sanitaires ». À terme, cette expérience conduira peut-être à prévoir des dispositions particulières comme le marquage des robinets (eau non potable) ou la différenciation des tuyaux (couleur ou nature) comme certains le préconisent à l’étranger.

Enfin, on attend, pour les mois qui viennent, le résultat d’études qui permettraient de recycler les eaux de cuisine. » « Nous travaillons avec un ­bureau d’études spécialisé dans ce sens, ajoute Jean-Louis Manent. De plus, l’installation comporterait un bac dégraisseur. Comme nous proposons par ailleurs des systèmes de ­récupération des eaux de pluies, l’alimentation en eau par techniques alternatives serait alors complète. »

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