Frais de chauffage individualisés : une opération rentable

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Pour ne pas défavoriser les occupants de logements proches des pignons, orientés au nord ou sous la toiture, un coefficient rectificateur est appliqué. Il est défini précisément par le Comité scientifique et technique des industries climatiques (Costic). Le coefficient rectificateur tient également compte de l’emplacement et du type de radiateur émetteur (fonte, acier, marque, dimension, etc.). Au final, il varie de 1 (capacité maximale) à 0,7 (minimale). Le répartiteur électronique est positionné sur chaque radiateur selon la norme Afnor EN 834. C’est-à-dire à mi-largeur et au premier quart de la hauteur du corps de chauffe. Il est doté d’une mémoire qui stocke mensuellement les consommations pour les télétransmettre par onde radio (fréquence 868). À la fin du contrat, au bout de dix ans, les appareils seront remplacés par le prestataire du nouveau contrat. Les répartiteurs actuels sont tous bisondes. L’index de consommation est la différence de calories mesurée entre la température de la pièce prise par une première sonde située sur la façade extérieure bombée de l’appareil, et celle du corps de chauffe prise par une seconde sonde métallique collée au support (au milieu à droite). Voilà pourquoi ces appareils ont 2 cm d’épaisseur. La relève est effectuée dans le courant du mois de janvier. Elle dure une heure trente à deux heures trente. L’opérateur se rend au pied de chaque immeuble avec un émetteur-récepteur qui émet un signal index pour identifier les répartiteurs et récupérer toutes les données enregistrées. Le signal est parfois difficile à capter, car les ondes peuvent être atténuées ou brouillées par la présence d’écrans plasma ou de bétons trop fortement ferraillés. L’opérateur se déplace alors aux alentours, voire il se rend dans les cages d’escalier et paliers.

© Docs. Suez Environnement

Obligatoire au 31 mars 2017, la facturation au réel des frais de chauffage collectif est censée réduire la dépense énergétique des copropriétés. L’équipement installé en 2011 à la résidence Les Sources, à Reims, tend à le prouver.

Contexte Une obligation légale adoptée par les copropriétaires

La répartition des frais de chauffage selon la consommation individuelle des occupants a-t-elle réellement un sens ? La question est souvent posée par les détracteurs des répartiteurs individuels de chaleur dans les immeubles en copropriété dotés d’un chauffage collectif. Ceux-ci estiment le coût du système - gestion et relève des consommations incluses - disproportionné par rapport aux économies générées. Le syndic et les copropriétaires de la résidence Les Sources, à Reims (Marne), semblent leur donner tort. Construite en 1964 en poteaux-poutres béton avec toiture-terrasse, cette résidence regroupe 86 appartements dans deux bâtiments : un R+4 en bande doté de trois halls (36 logements F4 et F5) et une tour de 14 étages (F4 uniquement). L’ensemble est équipé d’une chaufferie collective au gaz rénovée en 2010, avec un chauffage par radiateurs à eau en tôle acier.
La pose de répartiteurs est adoptée en mai 2011 par la majorité des copropriétaires réunis en assemblée générale. Trois arguments les motivent. L’obligation légale tout d’abord, issue de la loi n° 2010-788 (Grenelle 2) et de l’ordonnance n° 2011-504 qui imposent une telle installation au plus tard le 31 mars 2017. La performance énergétique ensuite, puisqu’un audit réalisé début 2011 préconise la pose de robinets thermostatiques et de répartiteurs. Enfin, le gain financier, pour inciter les personnes à fermer leurs radiateurs en cas d’absence, ou éviter de devoir ouvrir les fenêtres en cas de surchauffe.
Une fois la décision votée, le choix de l’opérateur s’établit sur la base de trois offres proposées par Veolia, Ecomeetring (Engie) et Suez Environnement (ex-Ocea Smart Building), avec un prix et une durée de contrat (dix ans) comparables. Selon Gilles Mhaya, gérant de Syndic Horizon, « si les appareils et la prestation sont relativement identiques, la qualité du service et la richesse du reporting différencient réellement les offres ».

Installation Un seul type d’appareil pour tous les radiateurs

Le marché est remporté par Suez Environnement avec un contrat sur dix ans. La pose, réalisée en octobre 2011, est offerte par le prestataire. « Le plus difficile est d’accéder à tous les logements, admet Benoît Arnold, directeur de l’agence Suez Environnement de Reims. Mais une fois sur place, l’opération ne prend que quelques minutes. » Une plaque métallique est fixée sur le corps de chaque radiateur selon la norme Afnor EN 834. Le répartiteur se positionne sur cette plaque avec un plomb de sécurité en cas d’arrachage (antifraude).
Le modèle choisi, un Minometer M6 bisonde fabriqué par l’allemand Minol, est le même pour toute la résidence. En cas de panne, due à un dysfonctionnement ou à un arrachage, volontaire ou non, les équipements seront remplacés à l’identique ; soit, en moyenne, quatre par an. De même, lors de la relève, tous les répartiteurs indiquant une mesure à zéro, c’est-à-dire aucune consommation, seront vérifiés afin de déterminer s’il s’agit d’un dysfonctionnement.
Entre six et huit répartiteurs sont installés par appartement (un par radiateur). Dans le cas présent, la pose d’un compteur d’énergie thermique (CET) unique, qui mesure le débit et la température de l’eau entrant dans le réseau individuel de chauffage d’un logement n’était pas envisageable : les colonnes de chauffage desservent verticalement les étages en traversant les logements.
La relève et le comptage sont facturés par répartiteur installé 8,50 € TTC/an pour un service complet, incluant les bordereaux individuels et le bilan de consommation sur cinq ans en combustible et fonctionnement (électricité), auxquels sont soustraits les frais pour l’eau chaude sanitaire. La relève de tous les répartiteurs s’effectue annuellement à distance, par radiorelève, afin que l’opérateur n’ait pas à entrer dans les appartements. La répartition entre les copropriétaires est calculée en proportion des unités consommées par le lot par rapport à l’ensemble des unités sur l’exercice, du 1er janvier au 31 décembre.
Pour compléter le dispositif, des robinets thermostatiques (Vindo TH M30x1,5 1013066) sont installés courant 2012 (63 €/unité posée). Dans chaque logement, un robinet traditionnel est conservé, généralement dans une pièce d’eau, afin d’éviter d’éventuelles surpressions d’eau dans le réseau en période de variation brutale de la température extérieure.

Résultat Une régulation plus fine et plus basse

Plusieurs effets sont observables. D’abord, sur la dépense. Lors de la première année d’exercice (comptes 2012 arrêtés en mars 2013), les occupants n’ont pas modifié leurs habitudes de consommation. Mais la réception d’une facture individualisée les a incités à faire attention dès la seconde moitié de 2013, en réglant précisément leurs robinets de radiateurs ou en les fermant en cas d’absence. Cela apparaît sur l’exercice 2014, où les économies ont joué à plein. Le tableau des dépenses et consommations (voir ci-dessous) montre une économie supérieure à 30 % sur un décompte individuel, même en incluant le coût de la mesure.
Ensuite, pour les réglages. L’eau envoyée dans le circuit est régulée à une température plus fine et bien plus basse qu’auparavant : le but est d’obtenir 21 °C maximum dans les appartements, contre 23 ou 24 °C auparavant. Cela génère une économie d’ensemble pour tous des occupants. L’objectif n’est plus de surchauffer le bâtiment, mais d’envoyer le nombre de calories nécessaires au bon fonctionnement des thermostats avec des pompes qui régulent les débits en fonction de la température du réseau. Le chauffagiste devra donc ajuster finement les régulateurs de chaudière. De plus, il devra éviter toute surpression dans le réseau. Les copropriétaires fermant d’eux-mêmes les robinets ou les thermostats fonctionnant à la baisse après une période de grand froid par exemple, le débit des pompes doit être adapté rapidement et automatiquement. Cela est rendu possible par l’installation des pompes pressostatiques dont le débit varie en fonction de la pression mesurée dans le réseau.
Le bilan général s’avère donc extrêmement positif pour la résidence Les Sources et ses occupants : l’utilisation de répartiteurs des frais de chauffage génère des économies substantielles.

N°347

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