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Ferronnerie Du bon alliage de la tradition et de la modernité

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Ferronnerie Du bon alliage de la tradition et de la modernité

© Doc. Les ateliers Saint-Jacques

La réalisation d’une œuvre en métal forgé mêle techniques traditionnelles et modernes. Dans le domaine du bâtiment, la ferronnerie d’art se décline sous forme de garde-corps, rampes d’escalier, grilles décoratives, portails, ou marquises notamment.

À cheval entre la tradition et la modernité, la ferronnerie d’art plonge ses racines au plus profond de l’histoire de la construction. Et bien qu’elle demeure principalement associée au feu de la forge, la technique recouvre le façonnage à chaud et le travail à froid du métal à des fins d’ornementation. Pentures, rampes d’escalier, balustrades, grilles, portails, marquises, pergolas, verrières ou façades… les applications sont protéiformes et s’adaptent aux caractéristiques régionales et architecturales, dont elles épousent les formes d’expression les plus variées jusqu’aux plus contemporaines.

S’appuyant sur la maîtrise des techniques anciennes et le développement de techniques actuelles, parmi lesquelles la soudure à l’arc électrique ou la découpe au jet d’eau, la ferronnerie d’art requiert un important savoir-faire : la maîtrise de l’exécution va de paire avec une bonne connaissance des styles et la pratique du dessin. Aujourd’hui, elle est majoritairement exercée par de petits ateliers dont elle représente une part seulement de l’activité de métallier. Pour autant, quelques rares entreprises de moyenne taille sont susceptibles de répondre aux appels d’offres concernant d’importants projets de construction ou de rénovation du patrimoine. Disséminées sur le territoire, elles disposent d’un effectif de plusieurs dizaines d’employés, d’un bureau d’études intégré et d’outils de production adaptés.
La conception d’un ouvrage de ferronnerie s’appuie sur un dessin, réalisé le plus souvent à main levée. Les compétences de dessinateur du ferronnier sont ici essentielles pour traduire les attentes du maître d’ouvrage en matière de formes et de styles. S’il ne remplace pas la main et n’offre pas la même liberté dans le trait, l’ordinateur peut également être utilisé pour des répétitions numériques, notamment sur les grands linéaires de rampes, ou pour passer du 1/10e à l’échelle 1. C’est le dessin qui permettra en outre de faire la différence entre les éléments travaillés à chaud (rayons serrés, plis, etc.) et les décors réalisés à froid (tôles repoussées, etc.).
Le ferronnier est parallèlement amené à analyser les aspects normatifs dont dépendent les ouvrages, les dimensions des vides, la hauteur des lisses basses et des mains courantes, les espacements maximaux entre barreaux, la résistance mécanique des garde-corps à la poussée… À ce titre, la conception du cadre ou du support s’avère très importante, car elle permet l’intégration de l’ouvrage dans le bâtiment.
Autre point à prendre en compte : les aspects fonctionnels de l’ouvrage et les métiers connexes avec lesquels évolue la ferronnerie (motorisation de portes, etc.). La réflexion doit également porter sur la pérennité de l’ouvrage, sachant que pour assurer une protection optimale contre la corrosion et faciliter l’entretien ultérieur, il convient d’envisager le démontage de la ferronnerie dès la conception. Cela a une incidence financière, étant donné qu’il faut prévoir les assemblages et le démontage en pièces détachées de l’ensemble avant traitement.

Fer pur et acier doux : des métaux malléables

En amont, il est nécessaire de définir la nature du métal souhaité, la texture, les fixations et le type de finition. Le fer pur et l’acier doux sont les métaux de prédilection du ferronnier, qui en apprécie la malléabilité à chaud et la tenue aux hautes températures. Grâce à sa faible teneur en carbone - moins de 0,10 % contre 0,10 à 0,20 % pour l’acier doux -, le fer pur offre l’avantage de ne pas s’oxyder à l’air et de présenter une très bonne tenue à la corrosion. De nombreux ouvrages nous sont ainsi parvenus du Moyen Âge dans un très bon état de conservation. Le fer pur est également plus facile à travailler, sa composition homogène permettant d’allier finesse et précision, tout en autorisant les cintrages importants et les soudures au feu sans apport. Avec un prix d’achat cinq à six fois plus élevé que l’acier doux, il est cependant réservé aux ouvrages de prestige, et notamment aux monuments historiques.
Outre l’acier doux, qui est le plus employé dans les ateliers et le fer pur, d’autres métaux peuvent être utilisés dans les travaux de ferronnerie : le laiton, le bronze et le cuivre, soit en restauration soit en création contemporaine ; ou l’aluminium et l’acier inoxydable dans certaines réalisations contemporaines et, de manière plus rare, le titane. Point de fusion et comportement à chaud diffèrent cependant d’un métal à l’autre. Certains métaux sont ainsi plus faciles à forger, la palme revenant au fer pur, lequel monte rapidement en température et peut être travaillé à chaud pendant une longue plage de temps. Il peut également être refroidi et reforgé sans que ses qualités ne soient altérées, ce qui n’est pas le cas de l’acier doux. À l’opposé, l’aluminium se forge difficilement, sa température de fusion, qui se situe autour de 800°C, étant très délicate à contrôler. Lorsque le métal rougit, il est déjà trop tard : le métal commence à fondre.
Dans l’atelier du ferronnier, l’utilisation concomitante de métaux ferreux et non ferreux implique de prendre des précautions pour éviter le dépôt de poussières d’un métal sur l’autre et le risque de corrosion y afférent : l’idéal est de séparer physiquement les deux activités.
La matière se présente sous forme de barres de 6 m de longueur, 3 à 4 m pour le laiton. Rondes, plates ou carrées, les sections s’étendent couramment du fil de 3 à 4 mm au carré de 50 x 50 mm, mais peuvent atteindre 100 x 100 mm.
À sa sortie du laminoir, le métal est lisse. Il est possible de travailler son apparence, son grain ; de le texturer, de le vieillir par martelage, étampage ou par pressage, avec divers outils (martinet ou marteau-pilon) que nombre de ferronniers vont jusqu’à créer, ou personnaliser en fonction de leur geste et de l’aspect recherché.

Un large choix de techniques d’assemblage

Bien souvent, la technique d’assemblage participe au rendu final de l’œuvre de ferronnerie. Un large choix s’offre parmi les solutions traditionnelles (par tenons et mortaises, embrèvements, entailles à mi-fer, rivets, vis, goujons, trous renflés, colliers, clavetage ou soudage à la forge) et les techniques de soudure modernes. Dans le cadre d’un travail de restauration ou de création à l’identique, il est préférable de privilégier les techniques d’origine qui conféreront une authenticité à l’ouvrage. Quant aux assemblages par soudure à l’arc électrique, ils trouvent leur place dans de nombreuses œuvres contemporaines, allant parfois jusqu’à se marier au décor. Rejetés par les puristes, ils offrent cependant une grande rapidité d’exécution et ne nuisent pas à la qualité de l’œuvre, lorsqu’ils sont réalisés dans les règles de l’art.
Dernier aspect à prendre en compte : la finition, qui dépend de la situation de l’ouvrage, intérieure ou extérieure, d’un milieu agressif ou non, sec ou humide. À l’intérieur, les finitions se déclinent en cires, vernis, peintures, patines, etc. À l’extérieur, ce sont fréquemment des traitements par sablage, grenaillage, métallisation, peinture ou thermolaquage. Sur les ouvrages d’exception, des dorures à la feuille d’or, ou au palladium, peuvent être mises en œuvre par des artisans spécialisés.
Pour apprécier et valider le rendu de l’ouvrage, sa texture, ses assemblages, sa finition, l’entreprise présente des échantillons et des prototypes grandeur réelle. Dans le cas d’un important linéaire de garde-corps, l’échantillon se fera par exemple sur un tronçon d’environ 80 cm de long. Commence ensuite le travail en atelier, le débitage des barres de métal par sciage, tronçonnage, puis leur texturage et leur façonnage.
Pour mettre en forme le métal, on le chauffe entre 800 et 1200°C. Pour l’étirer, l’amincir, l’évaser, on le frappe fortement sur un tas posé au sol ou sur l’enclume avec un marteau à main. On peut refouler le métal vers certains points, l’épaissir pour réaliser des trous renflés, le cintrer, le plier, le tourner… Pour ce faire, le ferronnier utilise toutes sortes d’outils : marteau, pince, marteau-pilon ou martinet, ainsi que des gabarits, étampes, dégorgeoirs, tranches, poinçons, chasses à parer… et des machines (presse, perceuse, coudeuse, ou cintreuse).
L’exécution consiste à fabriquer tous les éléments en fer forgé - les extrémités de barres, les décors, les volutes, certains assemblages comme les trous renflés - ainsi que les décors éventuels par repoussage. Puis il faut procéder aux assemblages à l’intérieur du support, sur lesquels sont mis en place des organes de rotation, les serrures, la motorisation, etc. Le montage à blanc des ouvrages est important : il permet que soit approuvé en atelier le travail qui sera ensuite démonté et revêtu de sa finition.
Le coût d’un ouvrage de ferronnerie repose essentiellement sur le temps passé et une main-d’œuvre hautement qualifiée, la matière ne représentant que 10 à 20 % du montant global. La ferronnerie étant un art graphique, cela dépendra également du degré d’exigence apporté à la réalisation. Des écarts de un à trois peuvent ainsi être enregistrés, selon que l’on utilise des fers de section constante ou en pleins et déliés ; des textures plus ou moins fines ; des patines spécifiques, etc.
Toutefois, rares sont aujourd’hui les ateliers qui fabriquent l’ensemble des pièces. Pour de nombreux artisans, il n’est pas économiquement tenable de forger la totalité des éléments de ferronnerie ; aussi puisent-ils dans les catalogues de fournisseurs internationaux pour associer laminés marchands et décors (barres vrillées, barres à trous renflés, certaines volutes, pointes, boules, etc.).

N°338

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