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Façades bois et incendie : des contraintes de conception

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Façades bois et incendie : des contraintes de conception

JEAN-PAUL HENRY, ingénieur spécialiste des Dispositions constructives en sécurité incendie et accessibilité à la direction des Techniques et des méthodes de Socotec

L’application des prescriptions de l’Instruction technique 249 est une obligation incontournable pour toutes les façades d’ERP et d’immeubles d’habitation comportant des bardages bois.

Jean-Paul Henry, ingénieur spécialiste des Dispositions constructives en sécurité incendie et accessibilité à la direction des Techniques et des méthodes de Socotec, rappelle les exigences des dispositifs réglementaires incendie, et en particulier de l’Instruction technique 249 dans le cadre de la conception des ERP, IGH et immeubles d’habitation à façades avec bardage en bois.

Quelles exigences implique l’usage du bois en façade ?

Quand il s’agit d’établissements recevant du public, ou de bâtiments d’habitation collectifs, l’emploi de bardage bois doit obéir à certaines règles imposant l’emploi d’isolants spécifiques et des dispositions complémentaires de protection. L’Instruction technique 249 sert de référence et donne des indications dans les cas où la présence d’un C+D est obligatoire ou non. L’IT 249 a pour vocation essentielle de définir les obligations de conception pour éviter la transmission d’un feu d’un étage à l’autre par l’extérieur.
La règle du C+D est un dispositif qui impose certaines distances entre les baies superposées, en fonction de la masse combustible mobilisable de la façade. Cette règle est applicable, notamment, aux ERP comportant des locaux à sommeil au-delà de R+1, aux établissements dont le revêtement de façade est classé M3, ou encore, aux habitations à partir de la troisième famille (supérieurs à R+3).
Il est important de rappeler que le dispositif prescrit par l’Instruction technique 249 est essentiel pour la Coprec qui fédère les contrôleurs techniques, et qui a clairement rappelé l’obligation de le respecter, notamment pour le bois en façade.

Quels dispositifs et produits sont donc prescrits ?

La composition d’une façade à bardage bois assurant une isolation par l’extérieur comporte de l’isolant et une lame d’air. En dehors des données sur les matériaux, ce complexe comporte donc un espace qui peut, en cas d’incendie, constituer une véritable cheminée à fort tirage. Des références de sinistres avec des matériaux autres que le bois montrent la terrible efficacité du système : l’incendie se transmettant très rapidement sur plusieurs étages, même lorsqu’il y a peu de matériaux combustibles. Aussi, pour empêcher le passage du feu, doit-on prévoir des barrières. L’Instruction technique impose l’emploi de bavettes d’acier (l’aluminium n’est pas assez résistant), posées horizontalement, a minima tous les deux niveaux, voire dans certains cas à chaque niveau, et recoupant la lame d’air. Une légère pente de cette bavette assure l’élimination de l’eau pluviale dans le complexe ou issue des condensations, la bavette affleurant en extérieur. Ce dispositif constitue une véritable contrainte pour les concepteurs, en particulier pour leurs choix architecturés de façades. Pour autant, il est incontournable.

Et concernant les matériaux eux-mêmes ?

En ERP ou en habitation, le matériau de façade doit correspondre au classement M2 (ou C-S3,D0) selon la notation européenne, ou M3 (D-S3,D0) selon le C+D ou le type de bâtiment. Il est à noter que si certains bois atteignent le niveau M3, il n’en existe quasiment pas au M2 à l’exception de certains mélèzes. Rappelons que le marquage CE est obligatoire depuis 2007 et que la norme de référence, NF EN 14-915, applicable aux lambris et bardages en bois, a évolué en décembre 2013.
Pour les isolants, une fois de plus, l’Instruction technique est précise : lorsqu’il s’agit d’une « façade bois » seuls les isolants minéraux sont acceptés. Ce qui élimine bien sûr, d’une part, les plastiques alvéolaires, d’autre part, les produits biosourcés. Autrement dit, une cohérence d’emploi de produits d’origine naturelle (mariage bardage bois, isolant à base de fibre naturelle, par exemple) n’est pas envisagée par la réglementation pour les « façades bois ».

Existe-t-il des moyens d’améliorer le classement du bois vis-à-vis de la réaction au feu ?

Le Cecmi (Comité d’étude et de classification des matériaux et éléments de construction par rapport au danger d’incendie), en 2010 et 2011 a voulu définir des protocoles de vieillissement accéléré des bois traités, afin de servir de base à des procès-verbaux d’essais de bardages extérieurs en bois. Sa conclusion du 6 novembre 2011 est qu’il n’existe aucun protocole satisfaisant permettant de pérenniser la réaction au feu d’un bois traité pour usage extérieur. Il n’est donc pas possible à un laboratoire de s’engager sur un produit et de garantir sa réaction au feu dans la durée. On doit donc se référer au seul classement du bois naturel.

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