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Façade Une dentelle d’acier en animation du tympan d’une halle ferroviaire

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Façade Une dentelle d’acier en animation du tympan d’une halle ferroviaire

1. La Grande Halle reconvertie conserve ses deux façades longitudinales et l’un de ses pignons en pierre. Le second tympan, dégagé de toute maçonnerie, est habillé d’une épaisse résille en acier, positionnée à 4 m de la façade vitrée créée.

En rappel du passé industriel du lieu, les concepteurs ont dessiné une nouvelle façade en pignon ouest, constituée d’une résille d’acier découpé qui sert à la fois de repère visuel du bâtiment et de filtre solaire, tout en magnifiant l’entrée du public

Fermé depuis 20 ans, le site des ateliers ferroviaires de la SNCF d’Arles (Bouches-du-Rhône) est en cours de réaménagement. Implantée sur cette friche industrielle d’une dizaine d’hectares, la Grande Halle, construite en 1856, hébergeait la chaudronnerie. Elle est maintenant reconvertie en pôle d’activités culturelles et festives, liées aux nouvelles technologies de l’image. Cette salle plurifonctionnelle peut accueillir jusqu’à 6 500 spectateurs debout avec un dispositif spécial de sécurité (pompiers, etc.). Cette réhabilitation a été ­menée par les architectes parisiens Alain Moatti et Henri Rivière, associés à l’architecte marseillais Philippe ­Donjerkovic et a représenté un coût d’investissement de 7 Me HT. Le bâtiment se présente comme une immense nef couverte d’un toit à deux pentes dont le faîtage se dresse à 21 m de hauteur. Une structure entièrement métallique supporte cette charpente qui couvre au sol une SHON de 5 000 m2 (environ 120 x 40 m). Trente-huit doubles poteaux, implantés ­selon une trame régulière de 6 m, ponctuent l’espace en vingt travées. La première file de poteaux soutient le rail du pont roulant conservé et l’autre, une succession de fermes triangulées d’une portée de 17,50 m, sur la partie centrale. De plus, chaque poteau est doté d’une grande console d’acier qui permet l’accroche de poutres tridimentionnelles et de spots pouvant s’adapter à divers dispositifs scéniques.

Mantille d’acier protectrice en pignon ouest

De part et d’autre de cette ­travée, se développent deux bas-­côtés, dotés de demi-fermes de 11,20 m de portée. Cette structure totalement ­préservée a été remise en valeur, grâce à une désinfection et à un nettoyage à haute pression des pièces. « Débarrassée de sa peinture, elle conserve un état de patine et de rouille originel qui prolonge la vie de la halle », précise Henri Rivière. Sachant que les concepteurs souhaitaient jouer du contraste entre patrimoine et modernité. « Nous rêvions depuis longtemps de réaliser un bâtiment à double visage, tel un Janus », explique l’architecte. D’où une conception différenciée des deux façades pignons et des deux pans de toiture. Ainsi, le tympan est (qui demeure en pierre et dans son état) fait office de « bouclier » face aux voies SNCF et au flux permanent des trains. Il comprend des baies non-ouvrantes conservées à l’identique et équipées de vitrages opaques, ainsi que deux grandes portes en acier traitées acoustiquement. Inscrites dans l’emprise de la baie actuelle, elles permettent l’entrée des artistes et l’accès pour les ­livraisons des camions. Le pignon ouest, auparavant maçonné, a été ouvert et rendu spectaculaire par la mise en place d’une vêture en acier ajourée. Celle-ci « rend hom­mage au savoir-faire de chaudronnerie dispensé pendant une centaine d’années dans les anciens ateliers », ajoute Henri Rivière. Elle se compose d’un « claustra en résille d’acier appliqué sur une trame aléatoire, étroite en partie haute et s’élargissant en partie basse. Ce qui permet de jouer avec le montrer-cacher et de révéler la grandiloquence de la cathédrale industrielle, tout en conservant la massivité du pignon », ajoute-t-il. À l’échelle du vaste édifice, a été créée une « faille » de 4 m de profondeur, 40 m de largeur et 2,50 m de hauteur, par laquelle pénètre le public. À l’image d’un ­énorme moucharabieh, cette longue mantille brune suspendue, de 52 tonnes d’acier, a également pour rôle de filtrer la lumière et les rayons solaires, tout en contrôlant la chaleur.

Un écran géant de projection, en toiture nord

Elle a été mise au point par le ­bureau d’études de structure RFR, grâce à une modélisation en 3D de l’ensemble de ses ­éléments. En effet, « la résille et la façade vitrée constituent la structure portante du tympan du bâtiment. L’écart entre ces deux parties génère un espace intermédiaire qui permet d’organiser une structure tri­dimensionnelle », explique Niccolo Baldassini, ingénieur chef de projet du BET RFR. La structure, comprenant la résille et la façade intérieure, forme un ensemble cohérent. L’espace de 4,50 m ménagé ­entre ces deux entités crée une façade vitrée décollée de la peau d’acier, afin de donner de la profondeur et de supprimer tout reflet. Situé à l’intérieur et en bas de cette structure, un jeu de projecteurs à iodures métalliques éclaire abondamment la résille, au-­dessus des portes d’entrée. Quant aux deux façades longitudinales nord et sud, d’aspect sobre, elles sont conservées et réhabilitées.

Elles ont fait l’objet d’un nettoyage minutieux par microsablage des pierres, suivi d’un ragréage des parements détériorés et de la reconstitution d’éléments disparus, avec une reprise systématique des joints. Les meneaux en fonte existants ont été restitués à l’identique, en rappel de l’architecture industrielle du lieu. Des fenêtres et des portes ont été créées, pour augmenter la luminosité du ­volume intérieur. Elles sont constituées de châssis en acier brut insérant des doubles vitrages, les issues de secours étant aussi en acier. Enfin, concernant les deux pans de toiture, ils ont été traités de manière différente. Considéré comme la cinquième façade de l’ouvrage, le pan de toiture orienté au nord est conçu comme un écran géant animé de 3 000 m2. Ce dernier est équipé de diodes électro­luminescentes, doté de plus de 130 000 points lumineux trichromes (rouge, vert et bleu), pilotables individuellement par un système informatisé. Ces ­diodes sont insérées dans des ­tubes semi-translucides de 2 m de longueur fixés sur la couverture. Elles sont espacées de 25 cm, horizontalement et ­verticalement, sur la ­totalité de la surface, pour réaliser des projections vidéo en basse résolution, constituant ainsi un écran de veille.

Reconstituant le format de deux écrans 16/9 accolés, ce support sert à la diffusion en continu de deux œuvres vidéo conçues par les plasticiens, Ange Leccia (composition sur le thème de la mer) et le groupe Exyzt (travail sur la géométrie du bâtiment). Il pourrait aussi être utilisé pour la projection de compositions graphiques, de photos ou de textes. Sachant que sur la zone centrale de l’écran (20 m de ­largeur), le nombre de diodes est doublé, avec un ­positionnement tous les 12,5 cm. Ce système offre un support de haute résolution, de 178 pixels de hauteur par 320 pixels de largeur, qui reproduit un écran de format 4/3. Pouvant être ­piloté par internet, il peut servir à projeter des films ou bien à retransmettre des émissions de télévision. L’objectif visé par les architectes étant « d’introduire enfin les arts dans la cité, à une échelle urbaine. »

Quant à la face sud du toit, elle est percée de vingt ouvertures zénithales qui éclairent naturellement le volume intérieur. Elle sera équipée ultérieurement de 3 000 cellules photovoltaïques, dont l’étude en cours prévoit une production d’énergie électrique fonctionnelle de l’ordre de 200 kW/h par an qui devrait ­alimenter l’éclairage, le chauffage et certains équipements.

À l’intérieur, les deux pans de couverture font l’objet d’un traitement acoustique particulier. Il s’agit d’un complexe de 50 cm d’épaisseur qui superpose des plateaux d’absorbant acoustique, des plaques de tôle (stoppant les basses fréquences), des panneaux d’isolant ­thermique, un film pare-vapeur et une étanchéité avec une surtoiture de type Surfa 5. La pose de 6 000 m2 de mousse permet l’absorbtion d’une grande partie des bruits aériens, tout en protégeant les logements ­implantés à proximité de cet équipement.

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