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Façade pixélisée sur un immeuble en bois de 9 étages

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Façade pixélisée sur un immeuble en bois de 9 étages

Du haut de ses 29 m, l'expression conceptuelle de la façade pixelisée s'insère néanmoins à la trame des buildings londoniens des années soixante. (Doc. Agence d'architecture Waugh Thistleton.)

Une tour de neuf étages, en panneaux bois massifs contrecollés KLH, c'est le tour de force réalisé sur le Stadthaus, à Londres. De surcroît, cet immeuble combine logements sociaux et privés.

C'est à Hackney, au nord-est de Londres, que le plus haut bâtiment résidentiel d'Europe en structure bois est implanté. Avec neuf étages sur 29,75 m, le Stadthaus possède non seulement des murs porteurs et des planchers en bois, mais aussi les cages d'escaliers et les ascenseurs. Un challenge technique rendu possible par la réglementation britannique. Cette réalisation de 3,5 ME emploie ainsi le système constructif autrichien KLH (Lignatec), à base de panneaux contrecollés. « L'étude de faisabilité a analysé deux variantes structurelles : poteaux-dalle en béton armé et bois massif. Plus économe, la variante béton était plus lente (66 semaines contre 49 pour le bois). Les coûts devenant similaires, le système tout bois mieux adapté a été adopté », explique Sameera Hanif, architecte de l'agence Waugh Thistleton.

En 2007, l'argument des architectes « Time is money ! » a suffi à persuader la mairie d'Hackney, le promoteur immobilier Telford Homes et l'association Metropolitan Housing Trust, de se lancer dans l'opération des 29 appartements. En janvier 2009, les architectes, les ingénieurs du bureau d'étude structure Techniker et les techniciens fournisseurs autrichiens bois KLH livrent l'opération, déjà primée au prix Bois « structure » 2008 du British Homes Awards.

Structure bois en « nid-d'abeilles »

La constitution par planches d'épicéa certifiées PEFC (Pan European Forest Certification) - disposées en couches croisées alternées et collées entre elles par colle polyuréthanne - pallie les contraintes de variations dimensionnelles et garantit une grande stabilité. Si la découpe industrielle ad hoc des panneaux en bois massif (jusqu'à 16,50 m x 2,95 m x 0,60 m) minimise les joints sur chantier, l'ensemble de la structure porteuse préfabriquée en usine permet également d'inclure les découpes de portes, fenêtres et toutes autres réservations. De surcroît, alors qu'il est déjà titulaire d'avis technique européen et d'ATec du Cstb, le système statique liant et superposant murs et planchers atténue le bruit de 63 dB.

Pour mener à bien ce chantier, il a fallu maîtriser le planning opérationnel des trois phases successives et rationaliser le montage en structurant d'abord le « noyau central » : plan de base 17,5 x 17,5 m, ainsi que les cages d'ascenseurs. Après avoir validé les tests de performance et échangé les plans avec l'usine autrichienne, les entrepreneurs allemands, mandatés par KLH, ont emboîté les différents éléments structurels niveau par niveau, à l'aide d'une seule grue. Il leur a fallu seulement neuf semaines pour monter la structure, à raison de trois jours par étage. Les trois premiers étages sont montés, puis les six autres, distinguant le rez-de-chaussée en béton armé et les huit étages supérieurs en panneaux de bois massif contrecollé. Conformément à la loi britannique, un tiers du bâtiment est à habitat social, tandis que le reste a été vendu en propriété par étage selon le marché libre. Ainsi, le maître d'ouvrage a exigé deux accès, séparant le Stadthaus en deux : un escalier et un ascenseur desservent les appartements subventionnés des niveaux 1 à 3, un autre les niveaux 4 à 8. Une particularité que le BET Tecniker a dû prendre en compte très en amont afin d'éviter tout imprévu lors de l'exécution.

À l'intérieur, les portées réduites et la descente de charges relativement simple sur la trame (285 cm façade est/ouest, 320 cm façade nord/sud) augmentent la cohérence statique. Par ailleurs, les étages présentant des alternatives en plans, la plupart des murs se superposent, les murs perpendiculaires faisant contreventement dans les deux sens. Ainsi, les appuis sur toute la longueur du mur équilibrent la répartition des charges sur la dalle, où plusieurs appartements se répartissent autour du noyau central. À l'extérieur, la façade constituée de panneaux de fibrociment forme une image pixélisée. Ce bardage se compose de 5 000 panneaux agglomérés Eternit blancs, gris et noirs (1 200 x 150 mm), constitués à 70 %, de fibres de bois de déperditions. Ainsi, les fenêtres et balcons privatifs des appartements apparaissent tels des « pièces manquantes » insérées à l'image abstraite de façade.

Un challenge européen « carbone zéro »

La prouesse technique n'est pas le seul atout de ce projet. Si la question d'insertion urbaine s'en réfère essentiellement au « London Plan » et aux directives d'aménagement, celle environnementale est traitée avec autant d'égards. Ainsi, le processus de fabrication des panneaux KLH « cross-laminated » à « zéro carbone » n'a pas rendu nécessaire d'intégrer au calcul final l'empreinte carbone de la tour, en deçà du transport d'acheminement des panneaux vers le Royaume Uni. Comparé à un système constructif équivalent béton/acier, le Stadthaus « emmagasine » plus de 186 tonnes de dioxyde de carbone, ne serait-ce que dans la croissance des arbres à l'origine du bois de construction...« L'absence d'une charpente en béton armé est équivalente à 21 ans d'émission de carbone. Importer des panneaux d'Autriche est peu écologique, mais l'éco-camionnage permet d'atteindre le challenge carbone zéro », explique Sameera Hanif. Un tel contexte a permis au planning de Stadthaus du London's Hackney Conseil d'ouvrir la route aux constructions « carbon neutral », compensant les émissions de CO2 par l'achat de crédits-carbone.

Depuis le Stadthaus, l'agence Waugh Thistleton poursuit « l'expérience bois » avec 12 habitations à Ealing et une synagogue à Victoria Park. « L'inquiétude est surtout imaginaire, avec l'idée des maisons qui prennent feu ! Si le bois convient structurellement à long terme, au-delà de 14 étages, c'est plus difficile ! », précise Matthew Well, ingénieur du BET Techniker. En l'absence de précédent dans les régions boisées d'Europe, la réglementation en Autriche et en Finlande est encore rétive et le plan d'efficacité énergétique européen prévu jusqu'en 2010 présente des avis techniques divergents. En France, le taux d'équipement des foyers en détecteurs de fumée est inférieur à 5 %, en Angleterre 89 % et aux Etats-Unis 95 %. Si la charte prévisionnelle de la licence KLH du lot ingénierie est désormais référencée aux normes britanniques et européennes, il n'empêche que la plupart des codes du bâtiment et sécurité incendie d'Europe réduisent encore l'usage du bois en hauteur. Le Stadthaus est la preuve que le bois répond aux technologies les plus avancées.

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