Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

Façade multifonction pour salle multisport

Philippe Donnaes

Sujets relatifs :

, ,

DÉMARCHE BÂTIMENTS DURABLES MÉDITERRANÉENS

Une approche pragmatique basée sur le partage d'expérience


Initialement développée en région Paca en 2008, la démarche Bâtiments durables méditerranéens (BDM) est un référentiel simple et concret qui n'est ni un label, ni une certification, mais un système participatif de garantie (SPG). L'idée, à l'origine de laquelle on trouve des concepteurs et des maîtres d'ouvrage ayant travaillé depuis plusieurs années sur les bâtiments durables, «réside dans le fait que la plupart des systèmes de labellisation sont originaires des pays nordiques, et ne sont donc pas très adaptés aux contraintes environnementales spécifiques à nos latitudes méditerranéennes», explique l'architecte Pascale Bartoli (photo), de l'agence Architecture 54. La démarche met donc l'accent plus sur les problématiques de protection solaire, «tout en prônant la sobriété d'usage, via la mise en œuvre de solutions bioclimatiques simples, comme la suventilation nocturne, mais aussi en évitant les équipements techniques trop sophistiqués», complète son associé Thierry Lombardi (photo). En résumé : une démarche pragmatique et incitative, non normative, basée sur le partage d'expérience, et donc beaucoup moins contraignante et procédurière que celle HQE.

Façade multifonction pour salle multisport

© Photos Oliver Amsellem

Exostructure porteuse, mur-rideau et protection solaire : les résilles bois de ce gymnase cumulent les fonctions. Le tout inscrit dans la démarche Bâtiments durables Méditerranéens.

Situé au cœur d'une zone vallonnée, le quartier de Costebelle, à Hyères (Var), présente une apparence singulière de collage historique, architectural et paysager. Le site à vocation sportive, cerné par une mosaïque de champs et de lotissements, accueille déjà un stade de football ainsi qu'un vélodrome récemment rénové. « Notre projet, qui affiche une architecture volontairement dépouillée, s'établit autour de trois principes : sobriété d ' usage, austérité des moyens techniques et affirmation de la matière » , commente Thierry Lombardi, d'Architecture 54 (maître d'œuvre). « Nous avons d'emblée exclu toute solution de type bar dage, beaucoup trop massive et imposante dans le paysage, et repoussé l 'utilisation du lamellé-collé qui, pour beaucoup, apparaissait comme plus simple », complète son associée, Pascale Bartoli.

Façade autoporteuse et autostable

D'où cette double façade porteuse, côté nord et sud, de 62,20 m par 8,50, en bois massif -« plus pérenne que le lamellé-collé » -qui constitue une première en la matière. Sans aucun élément rapporté, elle assure donc, outre le rôle structurel, l'ensemble des fonctionnalités : isolation, mur-rideau, étanchéité à l'eau et à l'air, et brise-soleil. À ce titre, son épaisseur (10+36,5+15 cm pour 89,50 cm hors tout), calculée selon les abaques solaires en vigueur, a été légèrement surdimensionnée afin de garantir l'ombrage sur l'intégralité de la façade sud au solstice d'été. Cette façade géométrique, autoporteuse et autostable, est conçue à partir du triangle équilatéral (1,80 m).

Les trois couches de la façade sont connectées par des ferrures en acier galvanisé qui font fonctionner la résille structurelle comme une poutre au vent.

« Le triangle permettant de mieux réagir aux efforts de cisaillement que le carré ou le rectangle », commente Pierre Defosse, le gérant de l'entreprise de charpente Toitures Montilennes. Elle est constituée d'un complexe mur-rideau, côté intérieur, avec des éléments verriers (double vitrage) directement pareclosés sur le bois, d'une partie centrale structurelle proprement dite, et d'une nappe de contreventement extérieur. Les trois couches de la structure sont connectées au moyen de croix d'assemblage (Simpson) positionnées aux nœuds. « Ces ferrures en acier galvanisé à chaud, d'environ 100 kg, reprennent l'ensemble des efforts et font fonctionner la résille structurelle comme une importante poutre au vent », ajoute Pierre Defosse.

 

Un projet pilote et durable

Le bâtiment étant situé en bordure d'un espace boisé classé, « la Région, très engagée en termes d'architecture durable, a donc décidé d'emblée de mener un projet pilote, caractérisé par une forte demande environnementale », poursuit l'architecte. Il s'inscrit, en l'occurrence, dans la démarche Bâtiments durables méditerranéens, qui affiche des objectifs clairs en matière de performances thermiques et de matériaux, mais aussi en termes de confort d'utilisation (visuel et acoustique). « Le programme souhaitait valoriser la construction bois tout en limitant le recours aux énergies fossiles » , commente Gabrielle Raynal, la chef de projets de Domene Scop.

L'austérité du bâtiment en termes de moyens techniques a conduit au choix d'un dispositif de surventilation nocturne qui minimise la consommation énergétique en assurant un effet de convexion naturelle.

Dans la pratique le bâtiment, qui abrite une salle multisport avec tribune de 250 places (plus une salle de réunions, six vestiaires, bureaux et dépôts), est équipé en toiture de panneaux pour l'eau chaude sanitaire et d'une membrane d'étanchéité photovoltaïque (156 modules assurant 21,22 kWc). Le niveau d'éclairage naturel très élevé (4 %) est obtenu par l'intégration, en toiture, de 7 voiles-voûtes (Isolhis), positionnés selon les calculs de fonction lumière du jour. Ils permettent d'apporter de la lumière en partie centrale, sans apport calorifique du fait de leur protection aluminium. Le chauffage est, quant à lui, assuré par une chaudière bois granulés, système plus performant et plus économique que les autres solutions envisagées. « Il s'agissait d'obtenir le meilleur équilibre énergétique, avec un réseau électrique passablement saturé et une parcelle très éloignée du réseau gaz » , explique Gabrielle Raynal. Dernier aspect bioclimatique fort : un dispositif de « surventilaton » nocturne qui permet d'accroître le confort tout en limitant fortement la consommation énergétique.

 

La filière corse réactivée

Le maître d'ouvrage, souhaitant mettre en place une démarche innovante en termes de « sourcing » des matériaux, a donc cherché à favoriser des bois de provenance locale (sans pouvoir, bien entendu, imposer de marque). C'est ainsi que le bilan carbone intervenait dans la notation et donc dans le choix final du charpentier. Toitures Montiliennes a remporté le marché, mais, revers du succès, a dû trouver le volume important de bois massif nécessaire aux résilles (114 t, 60 m3 de produits finis).

« Le lot de pin noir du Jur a identifié lors de l'appel d'offres, et sur lequel nous avions effectué des essais, n'était plus disponible au moment de l'attribution du marché », raconte Pierre Defosse. D'où l'idée de réactiver la filière corse, en l'occurrence, celle du pin Laricio de Calacuccia, « un eessence que no us avions déjà utilisé pour la construction du théâtre corse de Pioggiola » . Autrefois employée par les charpentiers de marine pour la confection des mâts de bateau, elle permettait d'atteindre les sections importantes nécessaires pour des pièces atteignant jusqu'à 7 mètres de longueur (membrures en façade). De plus, les exigences esthétiques et techniques nécessitaient d'avoir recours à un bois de classe IV, traité en autoclave. « La couleur gris anthracite obtenue par le traitement permet d'ailleurs à l'ouvrage de se fondre dans la pinède classée qui l'entoure », souligne Pascale Bartoli.

Les efforts de la charpente lamellé-collé, constituée de 11 arbalétriers de 30 m de portée, sont retransmis à la résille via une poutre de répartition de 2,15 x 0,25 m de section.

Dans la pratique, les efforts de la charpente en lamellé-collé (épicéa) de 275 t, constituée de 11 arbalétriers de 30 m de portée (1,80 x 0,20 m), sont retransmis aux résilles par l'intermédiaire d'une poutre de répartition de 62 m (2,15 x 0,25 m), les éléments des façades, assemblées sur chantier par modules de 5 triangles, étant mis en place à la nacelle élévatrice. À noter que le maître d'ouvrage souhaitait faire du projet un chantier expérimental en termes d'étanchéité à l'air, « même si la RT 2012 ne nous soumettait, en principe, à aucune contrainte spécifique en la matière » , précise Pascale Bartoli. « Les entreprises, conseillées par le certificateur CETII, ont parfaitement joué le jeu, et nous ont permis d'atteindre le niveau Or de la démarche BDM, alors que les calculs prévisionnels le positionnaient au niveau Argent », conclue Gabrielle Raynal.

 

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°360

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2017 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Nous vous recommandons

20 000 écailles de zinc pour les Docks Bruxsel

20 000 écailles de zinc pour les Docks Bruxsel

En référence au passé industriel du site, ce lieu d'échanges et de commerces d'un nouveau genre mixe l'acier, le bois et la terre cuite, le tout englobé sous trois enveloppes de zinc. Au nord de la[…]

09/11/2017 | ActualitéChantier
Inspiration navale pour la charpente bois d'une gare

Inspiration navale pour la charpente bois d'une gare

Double isolation pour immeuble passif

Double isolation pour immeuble passif

Les EPI passent à l'heure de l'IoT

Les EPI passent à l'heure de l'IoT

Plus d'articles