Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

ENVIRONNEMENT L’éolien : comment concevoir un projet et monter un dossier

Sujets relatifs :

ENVIRONNEMENT L’éolien : comment concevoir un projet et monter un dossier

© (Doc. Jacquel & Chatillon )

Mettre sur pied un projet éolien, c’est se heurter à des freins et à des contraintes multiples, l’implantation d’aérogénérateurs n’étant pas toujours possible. Enquête publique, étude d’impact, permis de construire, sont quelques-unes des procédures incontournables qui se concluent par le raccordement au réseau.

La capacité énergétique du vent varie avec le cube de sa vitesse, c’est-à-dire que deux fois plus de vent produit huit fois plus d’énergie. Ce simple calcul démontre que les éoliennes doivent être installées sur le terrain le plus venté possible. La surface, les contours, la présence de bâtiments, d’arbres, de buissons, plantes ou de tout autre obstacle, affectent localement cette vitesse. De même, les terrains très accidentés ou à proximité d’obstacles importants peuvent créer des turbulences qui diminuent la production d’énergie et accélèrent l’usure des éoliennes.

L’implantation d’une éolienne doit donc tenir compte de ces paramètres de site. Le calcul de ses performances nécessite une carte détaillée des lieux (jusqu’à plusieurs kilomètres dans la direction des vents dominants) et des statistiques météorologiques précises sur les vents pour une période minimum d’un an. L’implantation doit également prendre en compte les servitudes radio­électriques et aéronautiques, pour éviter toute perturbation et tout risque pour le trafic aérien. Mieux vaut également éviter leur installation sur les axes de migration des oiseaux. En ce qui concerne le bruit, les simulations sont faites en fonction du nombre d’éoliennes prévues. Cependant, l’augmentation du niveau sonore n’est pas proportionnelle au nombre de machines. Enfin, l’étude d’impact doit préciser ces diverses contraintes et propose des mesures pour remédier à d’éventuels problèmes : emploi d’équipements électriques certifiés, balisage des pales ou de la nacelle des éoliennes, etc.

D’après la circulaire du 10 septembre 2003, relative à la promotion de l’énergie mécanique du vent terrestre, la réalisation d’un parc éolien est toujours précédée d’une étude de faisabilité technique. Au début du programme, le schéma de développement régional constitue le document de référence pour le choix du site. Le porteur de projet doit s’entourer d’une équipe pluridisciplinaire (paysagistes, naturalistes, architectes, etc.) et doit indiquer si son projet fait partie d’une opération plus vaste ou s’il peut donner lieu à des extensions ultérieures. L’administration doit faciliter le montage du dossier en apportant au porteur de projet les informations les plus fiables et en lui garantissant, le moment venu, le respect des délais réglementaires à l’occasion de l’instruction du dossier.

Principale autorisation à obtenir, le permis de construire. Lorsque l’objet du projet est la vente d’électricité, ce permis est délivré au nom de l’État par le porteur du projet. Le dossier de demande doit comporter une évaluation environnementale (étude ou notice d’impact, selon la puissance du projet). Cette étude comprend notamment la mesure des paramètres météorologiques du site, des simulations paysagères et une évaluation des impacts sur la faune et la flore.

Si la puissance excède 2,5MW, le projet est également soumis à enquête publique. Leur installation suppose une étroite concertation avec les populations en amont des projets. Au-delà de 4,5 MW, l’autorisation d’exploiter est accordée par le ministre chargé de l’énergie, le projet étant soumis à simple déclaration si cette puissance est inférieure ou égale à 4,5 MW.

Comment réaliser l’étude d’impact ? Une analyse des impacts pour le paysage, le milieu naturel et le bruit est une pièce essentielle à l’instruction du permis de construire, indispensable pour l’aide à la décision compte tenu de son volet paysager. Les projets éoliens sont soumis à la délivrance d’un permis de construire par le préfet. Ce permis s’accompagne obligatoirement d’une évaluation environnementale (étude ou notice d’impact) dotée d’une étude paysagère. Celle-ci est à la charge du maître d’ouvrage. Elle sert également d’outil d’information au public (notamment lors de l’enquête publique obligatoire pour les projets supérieurs à 2,5 MW). En outre, cette analyse technique et scientifique expose le cheminement du maître d’ouvrage depuis l’idée du projet jusqu’à sa finalisation et permet d’envisager les conséquences futures d’un ouvrage sur l’environnement et aussi de définir les mesures réductrices et correctrices liées à ce projet.

L’article 98 de la loi urbanisme et habitat n°2003-590 du 2 juillet 2003 soumet les projets dont la puissance est supérieure à 2,5 MW à une étude d’impact, les projets de puissance inférieure ou égale à 2,5 MW faisant l’objet d’une notice d’impact. À noter : le décret du 1er août 2003, modifiant le décret n°77-1141 du 12 octobre 1977 sur les études d’impact, prévoit dans chaque préfecture un fichier départemental des études d’impact, qui sera tenu à la disposition du public. Lorsque le projet éolien porte sur plusieurs communes, une seule étude est demandée. Son contenu est très précis sur l’aire d’étude, qui inclut ainsi les voies d’accès (tracé, remise en état), les fondations (sur le plan des écosystèmes), l’éventuelle nouvelle ligne de raccordement au réseau électrique (lorsqu’elle est connue) et du raccordement des éoliennes entre elles, l’évacuation des déchets de chantier, l’intégration des locaux techniques et la signalisation diurne et nocturne. La covisibilité est également un facteur important à prendre en compte dans la définition de l’aire d’étude. Elle doit être appréciée à deux niveaux : il faut, d’une part, considérer les principaux points d’impact visuel d’où l’on peut voir les éoliennes dans un rayon d’une dizaine de kilomètres ; et d’autre part, les espaces publics (routes, chemins de randonnées, places…) et les habitations desquels les éoliennes sont visibles. Une attention particulière doit être portée à l’impact des travaux provisoires nécessaires à l’acheminement des éléments constitutifs de(s) l’éolienne(s) et des engins de manutention (création de voies provisoires, renforcements ou élargissements de chaussées, franchissements de ruisseaux…).

Quatre impacts regroupés dans une étude. L’étude d’impact est la synthèse des études d’environnement menées préalablement (études ornithologiques, analyses paysagères, simulations sonores…). La loi urbanisme et habitat n°2003-590 du 2 juillet 2003 rendant obligatoire la remise en état des lieux à la fin de l’exploitation, la première partie de l’étude d’impact, intitulée « État initial du site et de son environnement » est donc très importante car elle constitue un document de référence pour l’application de cette disposition. Dans le cadre d’un projet éolien, il convient de prêter une attention particulière à quatre types d’impacts : le paysage, l’avifaune et le bruit et les impacts chantier.

Le paysage : les principales règles paysagères à retenir sont d’assurer une harmonie et un équilibre visuels tout en garantissant la faisabilité technique et la sécurité de fonctionnement des machines. Ces règles consistent également à limiter le parc aux seules éoliennes, à minimiser les chemins d’accès, gérer le chantier et l’après-chantier (maintenance). Les effets proches et lointains, statiques et dynamiques seront pris en compte dans ce volet paysager qui sera illustré de prises de vues réalisées à partir des axes de circulation et définira les enjeux patrimoniaux : paysages remarquables, points de vue exceptionnels, monuments historiques…

Enfin, l’étude d’impact doit exposer avec soin les mesures qui seront prises pour effacer les traces du chantier.

La faune : des enquêtes d’ornithologues montrent que si les grands migrateurs modifient leur trajectoire à l’approche des éoliennes, les petits oiseaux sont peu gênés par leur présence. Les études réalisées en Europe indiquent une moyenne de 0,4 à 1,3 oiseau tué par ­éolienne et par an. Un chiffre très faible au regard d’autres facteurs de mortalité mais qui indique toutefois qu’il vaut mieux ne pas implanter les éoliennes dans un couloir de migration et selon un axe parallèle à ce dernier.

Quant aux animaux d’élevage, nulle part en Europe il n’a été fait mention de problèmes particuliers rencontrés à proximité des éoliennes. Seule la phase de chantier peut déranger la faune sauvage terrestre.

Une certaine complexité du problème (connaissance par exemple des zones de nidification…) impose le recours à des spécialistes.

Le bruit : bruit mécanique et de bruits aérodynamiques évoluent avec la vitesse du vent. Selon le code de la santé publique (décret n°95-408 du 18 avril 1995), l’émergence réglementaire maximale tolérée est de 3 dB(A) la nuit et 5 dB(A) le jour, à l’extérieur d’une habitation. Or, aujourd’hui la norme qui précise les conditions de mesurage (NFS 31-010, décembre 1996) ne permet pas de valider les mesures de bruit des installations quand le vent est supérieur à 5 m/s, vitesse à partir de laquelle les éoliennes entrent en production. Il manque donc aujourd’hui un outil reconnu pour mesurer les bruits d’éoliennes.

Un acousticien sera le mieux à même d’estimer la distance à partir de laquelle les exigences relatives à l’émergence peuvent certainement être respectées. En prévoyant la propagation du son autour d’éoliennes, le risque de nuisance sonore peut être limité, voire ­annulé. Il ne faut pas non plus oublier que la propagation du son est plus importante dans la direction des vents dominants.

Les impacts « chantier » : la circulation des engins lourds, les tranchées d’enfouissement des câbles, la construction des voies nécessaires à la gestion, l’entretien des machines et les travaux provisoires nécessaires à l’acheminement des installations et engins de manutention doivent être examinés dans l’étude d’impact. En outre, les fondations des éoliennes peuvent provoquer des perturbations dans les milieux où elles sont implantées en modifiant, interrompant ou créant des circulations d’eau dans le sol si aucune précaution élémentaire n’est prise. Tous ces éléments sont à prendre en compte, ainsi que les servitudes techniques radioélectriques et aéronautiques, et notamment de protection contre les obstacles. Des précautions toutes particulières devront être prises si le projet éolien doit se tenir dans des parcs naturels régionaux, dans un site Natura 2000, des territoires couverts par une directive paysagère, approuvée ou à l’étude, des sites inscrits ou classés, ou encore des abords de monuments historiques.

Freins et contraintes. Comme pour tout équipement conséquent, l’implantation d’éoliennes présente un certain nombre de contraintes qui sont sans commune mesure avec les nuisances engendrées par une centrale thermique ou nucléaire. Les aérogénérateurs produisent de l’électricité sans dégrader la qualité de l’air (pas d’émission de gaz polluants ou à effet de serre, pas de fumées, ni poussières ni odeurs), sans polluer les eaux (pas de rejets dans le milieu aquatique, pas de pollution thermique) et sans polluer les sols (ni suies, ni cendres).

Les désagréments provoqués par l’effet stroboscopique (du à la rotation des pales) n’engendrent aucun risque pour la santé humaine. De plus, la vitesse de rotation (très faible) des nouvelles éoliennes rend le risque anodin et le respect d’une distance minimale de 500 m par rapport aux premières habitations l’élimine. Il en va de même pour les niveaux sonores. Le bruit d’une éolienne à 500 m est équivalent à 35 décibels, soit le bruit d’une conversation à voix basse. En outre, les émissions sonores augmentent très peu avec leur puissance. La loi du 27 février 1996 réglemente les niveaux sonores maximaux perceptibles et les technologies utilisées actuellement dans leur fabrication (diminution de la vitesse de rotation des pales, engrenages de précision silencieux, montage des arbres de transmission sur amortisseurs, capitonnage de la nacelle…) ont réduit considérablement leurs émissions sonores.

Le niveau sonore d’une éolienne se stabilise quand le vent atteint une certaine vitesse. Au-delà, le bruit du vent augmente encore et vient couvrir celui de la machine.

Situation géographique  Situation générale, aire d’étude et périmètre éloigné
Milieu physique  Situation et topographie, hydrographie, géologie, hydrogéologie, sismicité, climatologie, qualité de l’air, synthèse sur le milieu physique.
Milieu naturel  Zones remarquables, flore , faune, avifaune, synthèse sur le milieu naturel.
Milieu humain  Population locale, activités agricoles, activités industrielles, activités de services, sites d’intérêt, occupation du sol, urbanisme, maîtrise foncière, risques, alimentation en eau potable, servitudes techniques, milieu sonore ambiant, synthèse sur le milieu humain.
Patrimoine historique Monuments et sites historiques, patrimoine archéologique, analyse paysagère, méthodologie, unités paysagères, les éléments structurants, l’évolution des paysages, l’analyse des perceptions
Description du contexte énergétique Contexte des énergies renouvelables en France, production électrique des projets.
Présentation du projet  Description des projets, emplacement des éoliennes, description des aérogénérateurs, desserte du site, contraintes, administrations et organismes contactés, contraintes.
Impacts du projet sur l’environnement Impacts sur le milieu physique, pistes d’accès, aires de chantier, fondations, tranchées, impacts généraux du chantier, emprise au sol des éoliennes et des postes électriques, synthèse des impacts sur le milieu physique, impacts sur le milieu naturel, impacts sur les zones remarquables, sur la végétation, sur la faune (hors avifaune), l’avifaune, synthèse des impacts sur le milieu naturel ; impacts sur le milieu humain et sur la sécurité, hygiène et sécurité du personnel, sécurité des biens et des personnes, systèmes de sécurité des éoliennes, impacts sur la santé, impacts sonores, effets stroboscopiques, impacts techniques, impacts socio-économiques locaux, synthèse des impacts sur le milieu humain, impact paysager, rappel des caractéristiques du projet, impacts visuels, zones d’influence visuelle, synthèse des impacts.
Mesures de préservation et d’accompagnement Mesures relatives au milieu physique, sol et sous-sol, eaux, air, mesures relatives au milieu naturel, flore, mesures d’insertion et de compensation proposées pour l’avifaune, mesures relatives aux nuisances occasionnées aux riverains, nuisances sonores, effet stroboscopique, autres nuisances, mesures relatives au cadre de vie, intégration paysagère, trafic routier, mesures relatives aux déchets durant les travaux, durant le fonctionnement, mesures d’accompagnement à vocation pédagogique, coûts des différentes mesures (préventives, correctives et réparatrices).

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°254

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2005 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Nous vous recommandons

Enquête- Sols sportifs

Enquête

Enquête- Sols sportifs

Les installations sportives indoor appellent la polyvalence afin de permettre l'exercice de plusieurs activités, sportives ou non. Les sols doivent ainsi pouvoir s'adapter à de nombreuses sollicitations.

03/05/2018 | Produit
Répondre aux besoins des salles multisports

Enquête

Répondre aux besoins des salles multisports

Enquête - Ouvrants de toit

Enquête

Enquête - Ouvrants de toit

Enquête - Éclairage des musées

Enquête

Enquête - Éclairage des musées

Plus d'articles