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En Australie, le BIM fait ses gammes mais peine à s’imposer à l’échelle du continent

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En Australie, le BIM fait ses gammes mais peine à s’imposer à l’échelle du continent

Le stade Optus de Perth a été conçu en BIM. Budget 515M€, architectes Hassel, Cox, et HKS; ingénierie : Arup et PDC; constructeur Multiplex.

Les grands projets utilisant la maquette numérique en Australie sont des porte-drapeaux remarquables.Mais ces usages sont isolés et parcellaires. Aucune politique fédérale n’émerge et les ressources humaines font défaut. [Un article de notre confrère du Moniteur, Marie-Hélène Nougaret.]

L’accélération du BIM en Australie depuis trois ans est largement le fait du secteur des infrastructures locales : hôpital Royal d’Adélaïde, métro de Sydney, stade de Perth, Cross River Rail de Brisbane… Cette montée en puissance amène les politiques à statuer sur le recours au BIM.

En novembre dernier, l’état du Queensland a rendu obligatoire son adoption pour tout projet public d’une valeur supérieure à 31M€ à partir du 1er juillet 2019, avec une extension à projet d’ici 2023. Cet exemple serabientôt suivi par le Victoria qui vient d’annoncer qu’en 2019 toutes ses agences impliquées dans des projets d’infrastructures devront appliquer une stratégie numérique de BIM. Si les collectivités s’engagent aujourd’hui dans la maquette numérique c’est grâce au rôle leader qu’ont joué les agences d’architectes. Des pionniers, comme le cabinet Hayball à Melbourne (expert BIM dès 2005), ou Jason Howden, responsable BIM au sein de la plus ancienne et importante agence néo-zélandais (Warren & Mahoney) ont montré la voie. Les grands noms de l’architecture australienne (Hassel, Cox, Woods Bagot…) ont suivi, mais aussi des agences de taille moyenne.

Les ingénieristes et les majors du BTP ont emboîté le pas. Contrecoup de cette genèse : le BIM en Australie est pour l’instant largement limité à la conception, l’ingénierie et la construction, et très peu déployé sur la gestion, la maintenance et la fin de vie. Une enquête réalisée en 2013 auprès de 424 utilisateurs révèle que 42,5% d’entre eux sont des architectes et ingénieurs, et 21,4% des entreprises du BTP, 13,3% des fabricants et installateurs, et 6% des donneurs d’ordre.

Les espoirs du modèle anglais de leadership public

Les acteurs locaux rêvent donc d’un leadership fédéral fort (à l’image du modèle anglais) pour accélérer le déploiement du BIM à tout le cycle de vie. Et quelques actes fondateurs ont été posés en 2016. Ainsi les responsables des infrastructures et de la planification des états et territoires australiens, de la fédération et de la Nouvelle Zélande ont adopté lesprincipes d’une politique nationale d’ingénierie numérique (autre nom de la maquette numérique en Australie). Et les institutions se sont structurées. L’APC (conseil des économistes de la construction et gestionnaires des actifs des états et territoires australiens) et l’ACIF (forum de l’industrie du BTP) ont créé l’Australian BIM Advisory Board. L’ABAB a déjà publié plusieurs guides de référence sur l’intégration de la maquette numérique et créé fin 2018 un cadre commun pour homogénéiser les pratiques.

Las…le Gouvernement fédéral n’a pas suivi les recommandations de ses experts et n’exige toujours pas le recours obligatoire au BIM pour les projets qu’il finance ! Chaque état, voire chaque ministère au sein des gouvernements locaux, suit sa stratégie propre. Comme le rappelle Rebecca de Cicco, architecte australienne spécialiste du BIM : « Dans le BTP comme ailleurs, l’Australie n’a pas la culture des stratégies verticales. Or le secteur devrait se concentrer sur un processus collaboratif entre donneurs d’ordre, concepteurs, ingénieristes, constructeurs, fournisseurs, gestionnaires, universités… » Cette absence de dynamique ne rassure pas les investisseurs pourtant en attente face à la baisse des marges du secteur. «Sur un marché du BTP aux dépenses estimées à 155 Mds€ en 2017, souligne Michael Green président de l’ABAB, si le BIM permet ne serait-ce que 5% de productivité, l’économie serait de près de 8Mds€ ».

Un problème crucial de compétences

Mais pour sauter le pas du BIM, il faudra aussi que l’Australie accélère sur la formation. Le manque d’ingénieurs et personnels qualifiés dans le BTP (problème récurrent en Australie) plombe l’essor du BIM et sa rentabilité. Certaines universités innovent : Curtin, Griffith, Deakin…Et les gouvernements du Victoria et du Queensland se sont engagés à soutenir les structures de formation. Mais encore une fois : pas de politique à l’échelle de l’Australie. « Il n’existe pas de cursus universel sur le BIM en Australie, regrette Reza Hosseini, professeur à l’université de Deakin. Or c’est un chantier fondamental.»

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