Éclairage : un fossé à combler entre réglementation et applications

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Éclairage : un fossé à combler entre réglementation et applications

Dans une situation idéale, l’éclairage des postes de travail devrait s’adapter aux tâches visuelles et fonctionnelles de chaque opérateur, tout en répondant aux exigences spécifiques du bâtiment, qu’il s’agisse de contraintes architecturales, techniques ou économiques. Ici, la bourse d’Amsterdam.

© (Doc. Waldmann Eclairage.)

Les récentes Journées nationales de la lumière ont montré qu’un sérieux travail reste à faire pour améliorer le bilan énergétique des bâtiments tertiaires par l’éclairage ou pour répondre aux exigences réglementaires en la matière. En effet, au-delà de son rôle premier, la lumière a une forte incidence sur la physiologie et la santé de l’homme au travail.

«Le niveau de qualité et d’efficacité énergétique des installations d’éclairage tertiaire et industriel en France est très insuffisant », constatait Yves Robillard, président du Syndicat de l’éclairage et directeur général de Thorn Europhane lors de la dernière édition des Journées nationales de la lumière, à Toulouse. En effet, la valeur moyenne de l’éclairage dans un bâtiment tertiaire en France est trois fois inférieure à celle d’un bâtiment identique en Allemagne ou en Autriche. Un constat corroboré par l’étude réalisée par le Centre d’études et de recherches économiques sur l’énergie ­(Ceren) (1) :

– Dans plus de 80 % des bureaux, l’éclairage installé ne permet pas d’atteindre 500 lux sur le plan de travail (valeur recommandée par la norme NF EN 12 464 sur l’éclairage intérieur des lieux de travail).

– Dans 55 % des cas, le niveau d’éclairement n’atteint pas 300 lux sur le plan de travail.

– Dans 30 % des cas, on n’obtient pas 200 lux.

La même étude montre qu’en 2006, 90 % du parc d’éclairage installé dans les bureaux – ainsi que 74 % des luminaires fluorescents vendus en tertiaire – étaient équipés de ballasts ferro­magnétiques. Qu’il s’agisse de niveau d’éclairement ou d’efficacité énergétique, ces constats montrent l’écart considérable qui existe entre la réglementation et son application dans les installations françaises. Pourtant, les solutions existent : les mesures prises au niveau national, avec le ­Grenelle de l’environnement, ou au niveau européen commencent à modifier le parc installé. Les ventes de luminaires équipés de ballasts électroniques connaissent depuis quelques mois une forte progression et les prix des solutions innovantes amorcent une réelle baisse.

Nécessaire alliance entre l’éclairage et l’architecture

Pour Yves Robillard, toute la profession a sa part de responsabilité dans la situation des installations françaises et peut donc réagir et en modifier les aspects grâce à une communication plus simple et plus lisible de la part des fabricants. Une exigence accrue des ­maîtres d’ouvrage, des bureaux d’études plus attentifs au respect de leurs prescriptions et une implication plus forte des architectes et des concepteurs lumière dans l’éclairage tertiaire sont aussi à reconsidérer.

En effet, la lumière n’est pas qu’une quantité physique, c’est aussi un moyen de « voir, percevoir et émouvoir », comme l’a rappelé l’architecte Emmanuel Nebout. Une donnée qui n’a eu pendant longtemps, que peu d’écho auprès des bureaux d’études. Le message est passé grâce aux éclairagistes du spectacle ou aux concepteurs lumière. Comme le confirme François Migeon, concepteur lumière de l’agence 8’18’’/Grandeur nature, qui, pour le musée ­Fabre à Montpellier, a joué avec l’ombre et l’effet lumière sur l’architecture plutôt que défini des techniques ou des valeurs. Dans le même ordre d’idée, Jean-Michel Trouïs, directeur général de Erco ­Lumière, a rappelé le travail de Richard Kelly (1919-1977), pionnier des études qualitatives. Ce dernier a associé psychologie perceptive et éclairage scénique. Dans le même temps, il a pris en compte la perception de l’éclairage par l’observateur. Il a ainsi distingué trois fonctions : la lumière pour voir (ambient luminescence), la lumière pour mettre en valeur (focal glow) et celle pour décorer (play of brilliants).

Une action sur la santé et sur l’efficacité

Ses théories ont ensuite été mises en pratique dans plusieurs projets spectaculaires, comme le Seagram building à New York, imaginé par Mies van der Rohe et Philip Johnson.

Nombreux sont les domaines où la lumière, naturelle ou artificielle, agit sur la santé. Le professeur Christian Corbé, ophtalmologiste et président de l’Association française de l’éclairage, en a rappelé quelques effets. Tout d’abord la « dépression hivernale », qui touche les personnes en hiver, alors que nous bénéficions de moins de lumière, en particulier dans les pays du nord, et qui se soigne par luminothérapie. Vient ensuite la perturbation des rythmes biologiques des personnes malvoyantes qui présentent une anomalie de conduction lumineuse entre l’œil et le cerveau. Enfin, ­diminuer la luminosité ambiante quelques minutes avant le coucher d’un enfant ralentit ses rythmes métaboliques, cardiaques et respiratoires et favorise un endormissement de qualité. Au travail, l’accompagnement lumineux du rythme biologique peut aussi accroître les performances et le confort de chacun en faisant varier l’intensité lumineuse. Certains luminaires favorisent une mise en route douce le matin avec une lumière progressivement plus intense jusque vers le début d’après-midi pour décliner ensuite vers le soir. À l’inverse, un éclairage de mauvaise qualité peut être responsable de davantage d’accidents du travail qu’il n’y paraît, puisque le lien n’est que rarement établi, selon le Dr Paul Ladouceur de la médecine du travail. Il propose même « d’appliquer les principes de la luminothérapie au monde du travail, comme c’est déjà le cas en Norvège.

L’éclairage joue également un rôle dans les espaces de soins des unités Alzheimer. « L’éclairage dynamique, par sa possibilité de variation, tant en éclairement qu’en chromaticité, renforce la compréhension de l’espace et la perception des contrastes », indiquaient ­Véronique Valbin, psychologue clinicienne, et Jean-Jacques Ezrati, éclairagiste-conseil, C2rmf.

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