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Éclairage naturel :casser la profondeur par un atrium central

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Éclairage naturel :casser la profondeur par un atrium central

1. Pour apporter l’éclairage naturel au milieu du bâtiment, l’architecte a déshabillé la structure, créant à la fois un puits de lumière et un espace convivial.

La valorisation de l’esthétique architecturale et l’apport d’éclairage naturel à tous les niveaux font partie des clefs de la transformation d’un type de bâtiment industriel très répandu, telle la filature Le Blan.

Très répandu dans le Nord, le mode constructif de la filature Le Blan, rue de Trévise à Lille (Nord), s’inspire d’un procédé « fire proof » d’origine anglaise soit des petits voûtains de briques reposant sur des poutres en fer et des colonnes de fonte qui permettent d’exclure le bois tout en créant de grands plateaux nécessaires aux nouveaux métiers mécaniques. Ce type de construction industrielle du xixe siècle demeure un patrimoine réutilisable, pour peu qu’il soit réhabilité. Avec une SHON de 10 000 m2, les bâtiment industriels sont en briques et constitués de vastes niveaux non cloisonnés, uniquement segmentés par les colonnes. Ce système poteaux-poutres détermine une trame type que l’on retrouve en façade et dans le quadrillage intérieur des niveaux. Acquis par la Soreli (1) à la fin des années 80 pour 762 KE, la filature a fait l’objet de 2,87 ME de travaux de réhabilitation divers jusqu’en 1992. L’enveloppe du chantier de réhabilitation de 5 000 m2 mené par l’architecte William Devaux était de 1,52 ME. Ce qui représente un budget de moins de 305 E/m2.

Occupée jusqu’en 1991 par des artistes qui acquittaient de très faibles loyers, la filature nécessitait une importante remise aux normes de sécurité : pas de lumière naturelle au centre des plateaux, de vieux monte-charges en guise d’ascenseurs, peu de sanitaires… Les travaux se sont déroulés en deux phases. D’abord, il s’est agi de sécuriser les accès, d’organiser les circulations et de laisser les plateaux libres pour de futurs locataires. Ensuite, les loyers étant devenus trop coûteux pour les anciens locataires, il a fallu adapter le bâtiment pour accueillir l’IEP (2) de Lille. Aucune des prestations réalisées lors de la première tranche de travaux n’a été perdue lors de la seconde.

Une lumière naturelleaux quatre étages

Le chantier a réservé quelques mauvaises surprises, toujours envisageables lors d’une réhabilitation de bâtiments anciens. L’armée allemande avait construit un bunker de commandement, fortifié en béton armé, à l’endroit où l’architecte envisageait d’installer la machinerie de l’ascenseur. Comme c’était le seul emplacement possible, il a fallu le démolir à grand frais.

La filature se composait de deux bâtiments rassemblés par une ­façade unique. L’architecte a décidé d’accentuer la séparation par la démolition des deux niveaux inférieurs sur une trame de la façade. Une entrée a été créée, des circulations ont été matérialisées et des sanitaires installés. Toutefois, le problème essentiel provenait du manque d’éclairage ­naturel. Comment procéder avec une surface carrée de 30 x 30 m, soit 900 m2 uniquement éclairé par deux façades opposées. ­Devant l’impossibilité d’occuper le centre de chaque plateau, les concepteurs ont déshabillé les structures pour créer un atrium, clos par une verrière. Il permet d’apporter la lumière naturelle aux quatre étages du bâtiment. Les structures métalliques ­– poteaux en fonte et poutres en fer – ont été laissées en place pour garantir la tenue mécanique du bâtiment.

Pour accentuer le caractère ­architectural si particulier du bâtiment et en laisser voir la plus grande partie possible, des chemins de câbles apparents ont été suspendus aux plafonds. Ils dégagent colonnes de fonte, poutres de fer et voussettes de briques. De plus, ils facilitent beaucoup l’évolution et l’aménagement des locaux et favorisent la circulation des fluides. Enfin, ils font office de support pour l’éclairage suspendu. De la même manière, dans les bureaux et salles de classe de l’IEP, 20 % environ des surfaces de plafonds laissent apparaître ceux de l’usine. Les autres 80 % de la surface sont protégés par des plafonds suspendus, avant tout pour garantir le nécessaire ­confort acoustique. Après travaux, le bâtiment affiche des charges annuelles de 20,60 E seulement, y compris chauffage et gardiennage.

Une cotte de mailles en acier inoxydable

Comme le bâtiment était une usine pendant plus d’un siècle, les planchers de bois et les plafonds de briques ont été gorgés d’huile par l’exploitation des ­anciennes machines de la filature. De ce fait, il faut s’attendre à des remontées qui tâchent le revêtement en linoléum dans les circulations de l’IEP. Il eût été plus avisé de laisser les sols à nus.

La ville de Lille et son agglomération possèdent plusieurs transformations réussies de filatures et autres bâtiments industriels. Spécialisé dans ce type de réhabilitation, le même architecte travaille à la transformation d’une autre filature à Roubaix. Elle pose les mêmes problèmes que celle de Lille, avec une petite particularité : on y trouve encore plus de colonnes de fonte. À l’occasion de Lille 2004 (Lille, capitale de la Culture en Europe), deux autres bâtiments ­industriels ont été réhabilités pour devenir des « Maisons ­Folie », soit des lieux consacrés aux spectacles et à la culture. Autrefois filature, le bâtiment de la maison Folie ­Wazemmes (Nord) a littéralement fait peau neuve. Une partie de l’édifice a été remplacée par un bâtiment en béton recouvert d’une cotte de mailles en acier inoxydable (GKD Metal Fabrics), dessinant les formes molles qui sont la signature du designer néerlandais Lars Spuybroek, auteur de la réhabilitation. La deuxième, la maison Folie du quartier de Moulins à Lille, s’est installée dans l’ancienne Brasserie des Trois Moulins, rue d’Arras. Ce bâtiment du xviiie siècle abrita une brasserie-malterie qui a cessé de fonctionner entre les deux guerres mondiales. Il se compose de plusieurs corps de bâtiments entourant deux cours intérieures.

Son architecture typique associe esthétique industrielle et architecture flamande. Possédant des espaces de tailles relativement modestes, cette brasserie se tourne naturellement vers des formes artistiques légères, notamment le spectacle vivant et les arts actuels (musique amplifiée, image). Les deux cours intérieures accueillent des spectacles en plein air, aux beaux jours.

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