Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

Drapé de rideau en béton matricé

Sujets relatifs :

Drapé de rideau en béton matricé

L'éclairage des façades de l'équipement accentue l'effet de relief des panneaux sculptés. D'où une impression de continuité avec les rideaux intérieurs disposés derrière les baies vitrées.

En quête d'image, les hôtels de nouvelle génération affichent des matériaux de façade innovants. Ainsi, ces panneaux de béton matricé, fabriqués sur mesure, reproduisent fidèlement l'esthétique d'un drapé de rideau.

Implanté à Cergy Pontoise (Val-d'Oise), au nord-ouest de Paris, l'Olivarius Apart'hotel a été réalisé en 2008 par les architectes parisiens Cyrille Hanappe et Olivier Leclercq, de l'agence Air. Cette résidence de tourisme et d'affaires 4 étoiles est issue d'un concept hôtelier innovant qui représente « un subtil mélange entre un hôtel de luxe design et une auberge de jeunesse », comme le définit Olivier Leclercq. Abritant 130 appartements, cet établissement est destiné aussi bien aux particuliers qu'aux cadres de grandes entreprises souhaitant séjourner sur le site de quelques jours à plusieurs semaines, voire plusieurs mois. De forme triangulaire, l'édifice mesure 100 m de longueur, 44 m de largeur et 11,60 m de hauteur, et compte quatre niveaux, dont un étage de parking souterrain de 2 000 m2. Il se développe sur 8 920 m2 hors œuvre nette, le coût d'investissement s'élevant à 14,2 M5 HT. La conception particulière des façades est née de la volonté des architectes d'assurer une continuité visuelle entre la façade imitant des rideaux et les vrais rideaux occultant les fenêtres toute hauteur des chambres. Ils ajoutent que ce mur d'aspect rideau est un béton matricé fabriqué sur mesure. Le moule de cette matrice ayant été réalisé à partir du modèle de rideau choisi pour l'occultation du bâtiment, afin de reproduire au plus près l'effet de drapé. Ainsi, les concepteurs ont fait appel au sculpteur Benoît Corduant, spécialiste du drapé, qui crée notamment des décors de théâtre pour le festival d'Aix-en-­Provence. S'inspirant du modèle de rideau en toile mis en scène par les architectes, l'artisan a sculpté le panneau de base de 2,72 m de hauteur par 4,50 m de largeur. Intervenant sur une plaque de plâtre de 16 cm d'épaisseur posée à plat au sol, il l'a sculptée à la main et à l'ancienne, selon la technique ancestrale du bas-relief dit du médaillon. L'épaisseur de la texture en relief n'excède pas 3,5 cm.

Plusieurs modules préfabriqués

Parallèlement, un calepinage précis a été réalisé afin de repérer les différents types de modules composant les façades (une vingtaine). Il détermine leurs dimensions qui oscillent entre 2,50 m et 4,90 m de longueur, leur hauteur de 2,72 m demeurant invariable. Tous ces modules ont été fabriqués d'un seul tenant, à ­l'exception d'un élément de 5,14 m qui a été découpé en deux parties. Les panneaux ont été confectionnés à partir de l'empreinte en plâtre sculptée servant à mettre en œuvre un contre-moule. Celui-ci permet la mise en place de la matrice, puis du panneau final ferraillé et prêt à être posé en façade. Le montage des 1 600 m2 de modules s'est déroulé progressivement et rapidement sur une durée de huit semaines.

Le système constructif de l'ouvrage se compose de refends porteurs en béton coulés en place et de dalles, également coulées. Ces voiles sont disposés transversalement sur une trame de 4 m, adaptée à l'organisation fonctionnelle des divers types d'appartements. Seuls les panneaux de façade autoportants en béton matricé, non porteurs, ont été préfabriqués en usine et livrés in situ. Ces éléments alternent avec des cadres menuisés en aluminium laqué blanc maintenant des doubles vitrages de dimension unique (1,55 x 2,50 m de hauteur). Ces derniers, tous semblables, équipent l'ensemble des façades des divers logements. Les appartements, de 25 à 125 m2, sont desservis par deux généreuses coursives intérieures qui s'élargissent par endroits pour ménager des espaces de repos (salons) et de prolongement. Ces dessertes horizontales ont l'avantage de supprimer les couloirs souvent peu agréables, car peu éclairés. Elles s'ouvrent sur un immense atrium central convivial de 1 000 m2 de surface qui, se dressant à 14 m de hauteur, est coiffé d'une spectaculaire verrière cintrée.

Démarche environnementale adaptée

Formée de plaques de polycarbonate alvéolaire Danpalon (Everlite) cristal de 16 mm d'épaisseur, la verrière baigne de lumière naturelle la rue couverte et les coursives. Plantée d'oliviers, cette rue protégée est agrémentée d'un bar et d'un espace de petit-déjeuner. Elle est complétée par des salles de réunions et de séminaires. Chaque logement confortable est doté d'une cuisine équipée, d'une salle de bains privative, de nombreux rangements et d'une connexion gratuite à Internet.

Enfin, en accord avec le maître d'ouvrage, une démarche environnementale a été menée sur le projet, bien que celui-ci ne relève pas d'une certification HQE. Ainsi, la toiture-terrasse de l'hôtel est entièrement plantée, tandis que la façade sud, pourvue de loggias à cadres en béton, est végétalisée. Elle est pourvue de câbles verticaux qui accueilleront des plantes grimpantes telles que du houblon, de la glycine bignone et de la vigne vierge. Si cette façade sud bénéficie d'une isolation par l'extérieur (plaques de polystyrène expansé collées), celle orientée au nord est dotée d'une isolation par l'intérieur, accompagnée de rupteurs de ponts thermiques. Les eaux de pluies sont récupérées et les débits gérés au sein d'un bassin de rétention. Couplé avec une pompe à chaleur, le procédé de chauffage par le sol mis en place dans les planchers béton est réversible pour assurer, en saison estivale, son rafraîchissement. Ce système efficace permet de supprimer la climatisation, le plus souvent employée pour un hôtel. Et la surisolation de l'édifice, lui octroyant une forte inertie, devrait générer de substantielles économies d'énergie. La consommation ciblée à atteindre, qui devrait avoisiner les 60 kW/m2/h par an, reste à être démontrée à l'usage et dans le temps. Au final, l'équipement a reçu le prix de l'innovation 2008 décerné par l'OGB (Office général du bâtiment) et le CAUE 95 (Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement du Val-d'Oise), dans le cadre de leur Palmarès annuel de l'architecture.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°294

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2010 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Nous vous recommandons

Perspective, l'immeuble tertiaire en structure bois le plus haut de France

Perspective, l'immeuble tertiaire en structure bois le plus haut de France

31 mètres, c'est la hauteur du bâtiment Perspective récemment inauguré à Bordeaux. Un édifice de 7 niveaux conçu en structure bois poteau-poutre qui met à l'honneur le bois massif,[…]

12/11/2018 | ActualitéChantier
Des joints creux réalisés dans l'épaisseur d'un système d'ITE

Des joints creux réalisés dans l'épaisseur d'un système d'ITE

Une réhabilitation respectueuse des matériaux anciens

Une réhabilitation respectueuse des matériaux anciens

Le dôme géant du ZooParc de Beauval sort de terre

Le dôme géant du ZooParc de Beauval sort de terre

Plus d'articles