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Double peau de couleur en façade de médiathèque

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Double peau de couleur en façade de médiathèque

Un dispositif original de stores mobiles et colorés anime la façade en verre double peau de cette bibliothèque parisienne. Il fait écho à l'aménagement intérieur, coloré, modulable et ludique.

Récemment ouverte, la médiathèque Marguerite-Yourcenar est construite sur une parcelle de 1 500 m2 dans le xve arrondissement de Paris. Avec ses 3 500 m2 (SHON), c'est la plus grande bibliothèque de prêt du réseau municipal qui rassemble 58 établissements du même type et 15 centres spécialisés en musique, arts, histoire. Sa réalisation était attendue depuis dix ans à l'issue d'un programme fonctionnel établi en 1998 puis du chantier qui a démarré en 2003.

Lauréats du concours lancé par la Ville de Paris, les architectes de l'agence Babel, Michel Seban, Bernard Mauplot et Elisabeth Douillet ont réussi à intégrer le bâtiment dans un environnement urbain hétéroclite. Il comprend sept niveaux dont un rez-de jardin accueillant une salle de consultation et une réserve, ainsi qu'un sous-sol (R -2) qui abrite locaux techniques et parking. Coincé entre une voie passante et un square, l'équipement inscrit sur la rue trois niveaux dédiés au public, face à une école primaire. En retrait par rapport au corps avant et, invisibles côté rue, deux niveaux destinés à l'administration se raccordent à un haut immeuble des années soixante-dix doté d'une façade à redents. L'entrée est soulignée par un parvis de verre en retrait, couvert par un auvent.

Façade double peau large

Orientée plein sud sur une rue animée, la façade a dû répondre à de fortes contraintes : bruit, ensoleillement, température, condensation. Pour améliorer le bilan thermique du bâtiment - tout en gérant les questions d'ergonomie inhérentes à un tel équipement public (confort des salles de lecture, usages et publics différents.) - les architectes ont choisi d'utiliser une technologie de double peau large. Un espace de 80 cm sépare la paroi extérieure en verre feuilleté faiblement émissif (ép. 10/12 mm) - qui sert également de protection au garde-corps -, et le double vitrage isolant intérieur de même épaisseur.

Deux cents stores verticaux en toile colorée

« La façade est ventilée de niveau à niveau par des lamelles en verre translucide (ventelles) ouvertes ou fermées selon la saison et la température. Elles s'ouvrent au droit du nez des dalles de plancher et vont ressortir l'air en partie haute de l'étage. Il circule à l'avant des stores, dans une lame d'air de 20 à 30 cm », explique Arnauld de Bussierre, directeur du bureau d'étude éponyme, chargé de la conception technique de l'enveloppe. Conçue pour créer une isolation thermique régulée, la façade permet de conserver la chaleur en hiver et d'évacuer les calories dues à l'effet de serre en été. Ainsi, la consommation d'énergie du bâtiment est réduite.

Entre ces deux parois de verre, un dispositif mobile original est constitué de 200 stores ­verticaux en toile colorée (1 m de longueur chacun), avec moteur équipé de câbles enfichables. Il accentue la protection thermique en été, protège du rayonnement solaire direct et permet de jouer avec la lumière en fonction des besoins et des saisons.

Ces panneaux sont répartis en onze zones. Chacune est composée à l'identique de quatre panneaux superposés de même couleur (verts, jaunes, rouges ou blancs) afin de construire cinq configurations types, adaptées à la saison et aux situations d'usages intérieur (occultation totale ou partielle.). Modulables par niveaux et par 1/3 de façade, ils sont manœuvrés individuellement ou de façon groupée par une télécommande mobile, programmée par ordinateur et gérée avec facilité par le bibliothécaire. Ce jeu de toiles poétique, imaginé comme un vol de papillons, oriente et filtre la lumière ou réfléchit des fragments d'images de l'intérieur du bâtiment ou de la rue, figurant ainsi une façade « vivante ».

De vastes salles sans poteaux

« À l'intérieur, tout notre travail a consisté à dégager des espaces sans structures pour un aménagement libre qui s'adapte à l'évolution des technologies et à l'arrivée de nouveaux usagers », explique l'architecte Michel Seban. C'est pour cette raison que la structure, initialement prévue en acier, a finalement été réalisée en béton avec douze poutres post-contraintes (excepté pour les deux derniers niveaux en retrait, où elle est en métal). Cette technique utilisée pour les ouvrages d'art a permis de réaliser les grandes portées de plancher (16 m) sans poteaux intermédiaires des salles de consultation : des plateaux variant de 450 à 550 m2, identiques sur les trois niveaux (le rez-de-jardin dispose de 220 m2). Ce décloisonnement total assure la circulation fluide des lecteurs et offre aux bibliothécaires la souplesse d'espaces évolutifs.Vingt-sept poteaux inclinés constituent la structure porteuse en forme de résille du bâtiment. Pour assurer une stabilité au feu, ces tubes métalliques ont été remplis de béton armé. Ils ajoutent au décor une note graphique et contemporaine.

Les volumes intérieurs sont articulés par un escalier en acier qui serpente et dessert trois étages en continuité. Les marches en lattes de bois (1,5 m de largeur) sont revêtues de caoutchouc à reliefs (Artigo). Bénéficiant de la vue sur un petit jardin de lecture étagé, l'escalier est agrémenté de gradins et de plates-formes avec sièges où les adultes et les enfants viennent se lover pour lire en toute quiétude.

Toutes les zones de travail donnent sur l'espace vert.« Vu de l'extérieur, l'escalier s'estompe derrière la dentelle métallique de garde-corps chahutés et anime la façade au gré des mouvements intérieurs du public », décrypte l'architecte.

Très « dessinée », cette façade arrière en verre et acier est portée par des montants en métal en forme de V inversé qui font écho à la résille de poteaux intérieurs. Outre la banque d'accueil située au centre, le rez-de-chaussée rassemble, d'un côté du bâtiment, locaux techniques, ascenseurs, escaliers et W.-C. Ce « mur technique » abrite le système centralisé de traitement d'air (la diffusion d'air dans les locaux se fait par soufflage). Il est habillé du même bardage en terre cuite que les pignons mitoyens. Tous les câblages sont installés dans un double plancher (chauffage par le sol).

Les boîtiers de sol qui irriguent une centaine d'ordinateurs connectés au réseau sans fil

(Wi-Fi) sont entièrement déplaçables, ce qui offre une grande souplesse pour adapter les aménagements intérieurs.

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