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Double isolation pour immeuble passif

François Ploye

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DEUX PRODUITS SPÉCIFIQUES

Menuiserie bois-alu Tenso 66 - Minco

Des fenêtres et portes-fenêtres triple vitrage Minco ont été posées sur toutes les façades, une homogénéité destinée à réduire les risques d'erreur. Avec un triple vitrage de 48 mm (4/18/4/18/4) à lames d'argon, ces fenêtres ont un U entre 0,88 et 0,92 W/(m².K) pour un U de vitrage de 0,5 W/(m².K).

Bardage non ventilé M62 - Myral

Le produit Myral M32 ou M62 (32 ou 62 mm d'ép.) est disponible en bandes de 50 cm de largeur et de 2 à 14 mètres max de longueur pour des questions de transport. L'Atec 2/14-1634 est limité à la pose verticale en façades avec un angle de 12 % max. Il est associé à tous types d'isolants suffisamment rigides.

Double isolation pour immeuble passif

A. La résidence Le Mouvement perpétuel tranche avec ses voisins du fait de ses performances, mais aussi de par ses deux grands volumes superposés, lisses et sombres.

© Anthracite Architecture 2.0

Le promoteur Espacil Habitat a réalisé, à Rennes, une résidence collective labellisée PassivHaus, revendiquant le titre du plus grand bâtiment passif de l'ouest de la France.

Le premier immeuble de logements collectifs passif - nommé Le Mouvement perpétuel - vient de voir le jour à Rennes, signé par les architectes Marie-Caroline et Nicolas Thébault, fondateurs de l'agence Anthracite Architecture 2.0. Cette résidence de 40 logements sociaux par location, allant du T2 au T7, est située au cœur de la nouvelle ZAC Beauregard-Quincé, à Rennes. Désireux d'être en permanence en avance sur la réglementation thermique, le promoteur, Espacil Habitat (du groupe Action Logement), a affirmé, dès 2012, la volonté d'obtenir pour cet ouvrage un label PassivHaus, qui exige une consommation très faible en chauffage et une enveloppe très performante.

Construit en deux grands parallélépipèdes superposés en légère rotation et habillés d'un vêtage alu sobre du fabricant Myral, le Mouvement perpétuel est un bâtiment en R+5 aux formes compactes qui met en œuvre une ITE sur voiles béton de 180 mm d’épaisseur, du triple vitrage et une ventilation double flux. «Le surcoût de cette opération est d ’environ 200 €/m² soit un prix de revient de 1 425 €/m² habitable. En façades, le coût d’entretien est réduit, mais le coût d’exploitation est renchéri avec le double flux», résume Jean-Yves Loury, directeur du développement et de la construction chez Espacil.

Les architectes ont joué le calepinage sur les façades avec des loggias en bois et des fenêtres protégées par des volets coulissants.

 

Du vêtage à fixation déportée

L'orientation est-ouest de la parcelle ne permettait pas une orientation nord-sud du bâtiment qui est recommandée en passif. «Néanmoins, nous avons réalisé une légère rotation entre le bloc supérieur, qui abrite les étages quatre et cinq, et le socle de la résidence des trois premiers niveaux. La forme générale est celle d 'une boîte qui glisse sur une autre et qui amorce le virage de la rue. Nous avons dessiné deux monolithes sobres et sages grâce aux grands aplats de la vêture Myral», confie l'architecte Nicolas Thébault.

Pour répondre aux exigences du passif avec des besoins en chauffage extrêmement réduits, l'enveloppe doit être performante. Les 1600 m² de façades sont en béton banché avec une double isolation extérieure. Une première couche d'isolant de 160 mm de laine de verre est protégée par un revêtement isolé en bandes Myral M62.

Panneaux sandwich M62 de Myral composés d'un parement alu, d'un isolant PIR en 62 mm et d'un pare-vapeur alu. Ce bardage non ventilé est vissé sur une ossature du fait de l'épaisseur de 160 mm de l'isolant complémentaire.

«Notre dessin de conception a été fait avec de grands panneaux en façades dans l'idée de franchir, avec une seule lame verticale, le socle du bâtiment sans joint horizontal. Le revêtement de façades qui nous a été recommandé par l'économiste de l'opération, Christophe Lemmonier, répondait à ce projet», souligne l'architecte Marie-Caroline Thébault. D'après l'Avis technique, les panneaux sont fixés directement sans lame d'air, ce qui est essentiel pour le caractère coupe-feu. La résistance thermique des façades est de 7,64 m².K/W, dont 2,65 pour le PIR des panneaux Myral en 62 mm.

«En bardage ventilé, du fait de la lame d'air qui alimente un départ de feu, il faudrait éviter l'usage de polyisocyanurate combustible pour l'isolation, explique Julien Bagnard, responsable bureau d'études techniques de Myral . Avec du bardage non ventilé, comme sur ce projet, il est néanmoins impératif que l'isolant complémentaire soit en laine minérale afin de limiter la masse combustible. L'usage de cet isolant minéral pose quant à lui des problèmes d ' hygrométrie qui nécessitent un pare-vapeur SD=90 m . »

Du savoir-faire pour la pose du bardage

«Du fait de l'épaisseur d' isolant complémentaire en 160 mm, le bardage a été fixé sur ossature alu, poursuit Julien Bagnard. La technique est dite de “vêtage à fixation déportée” ou de “bardage non ventilé”. Nous préconisons l'usage d'une ossature au-delà de 120 mm d'épaisseur. Certes, il est possible de fixer avec de grandes vis le bardage jusqu'à une épaisseur de 180 mm d'isolant, mais c'est coûteux et déconseillé.»

La pose du bardage demande un vrai savoir-faire, avec des bandes qui peuvent mesurer jusqu'à 12 mètres de longueur.

Le fabricant fournit généralement pour ses panneaux des rives d'emboîtement à rupture de ponts thermiques, mais, sur ce chantier, l'entreprise de pose Feratte a préféré utiliser ses propres plieuses et faire des profils en L. Dans les angles de façades, le pliage était réalisé en évidant au préalable l'isolant. «La pose a démarré par l 'arrière du bâtiment afin de valider les choix effectués, précise Deborah Gaignard, présidente de Feratte. L'épaisseur de l'ossature est de 155 mm pour tenir compte des tolérances et comprimer un peu l'isolant afin d'être certain d'éviter la création d'une lame d'air.»

Demandé par les architectes dans une teinte sombre, le parement alu est traité avec du Becrytherm, qui réduit l'absorption de chaleur et les phénomènes de dilatation. L'étanchéité du bardage M62 est de classe E4 et la résistance mécanique demandée sur ce projet au parement est Q3. Sur chaque projet, le fabricant garde une réserve de matière en usine pour pouvoir répondre aux éventuelles réparations. En cours de chantier, un camion a ainsi endommagé le parement qui a donc pu être changé.

Chauffage urbain tout air

«Le calcul PassivHaus a été fait en PHP7 avec un apport solaire marginal, du fait de l'isolation et des triples vitrages. Le dimensionnement du chauffage nécessaire est inférieur à 10 W/m² soit un besoin global de chauffage de 14.0 kWhep/m²/an et de 86 kWh/m² / an en énergie primaire pour tous usages», assure Thomas Primault, gérant du bureau d'études Hinoki. Tous les bâtiments de la ZAC Beauregard-Quincé ont obligation de se raccorder au réseau de chauffage urbain haute température, un mixte composé de 85 % d'incinération de déchets et de 15 % de gaz. La chaleur nécessaire au chauffage et à l'ECS de la résidence est extraite via des sous-stations. Du fait de ces besoins très faibles, le chauffage est tout air.

La CTA double flux collective Swegon Gold au débit max de 5 500 m³ /h est placée dans le local technique du 3e étage.Grâce à cette position centralisée, elle peut desservir l'ensemble du bâtiment.

Le troisième étage, situé à l'interface entre les deux blocs, accueille le local technique avec la CTA double flux. Le choix d'une ventilation collective minimise les conséquences d'une variation du taux d'occupation des locaux. De plus, un double flux individuel nécessite d'aller nettoyer les filtres dans les espaces privés, ce qui n'est pas envisageable. Depuis la CTA, des piquages vers le haut et vers le bas, avec des gaines d'air de diamètre 800 mm, viennent desservir les autres niveaux.

À chaque étage, le réseau aéraulique de marque Aldes circule dans le faux plafond des couloirs. Une gaine de ventilation en 250 mm alimente pour chaque logement un caisson de répartition équipé de bouches de soufflage pour les différentes pièces à vivre de l'appartement. La ventilation envoie un air préchauffé grâce à la récupération de chaleur du double flux et une batterie eau/air vient en complément individuel par pièce sur la bouche de soufflage. Le comptage du chauffage s'effectue par logement sur le delta de température de l'eau.

FICHE TECHNIQUE

Lieu Rennes 

Maître d'ouvrage Espacil Habitat

Architecte Anthracite Architecture 2.0

Direction de travaux et OPC Arbatt

Bureau d'études thermique et environnement Hinoki

Économiste Cabinet Lemonnier

Entreprise de pose bardage Feratte

Surface 2 833 m² Shon

Prix de revient 1 425 €/m habitable

Début des travaux 2013

Livraison mars 2017

Valeur d'étanchéité à l'air Vn 50 de 0,44 vol/h (objectif de 0,6 en PassivHaus)

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