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Diminuer les polluants de l’air intérieur, c’est possible !

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Diminuer les polluants de l’air intérieur, c’est possible !

Peter Bachmann, fondateur et directeur de l’Institut Sentinel-Haus en Allemagne.

© Doc. D.R.

Nous passons 90 % de notre temps confinés dans des locaux. Loin d’être toujours un refuge, notre habitat peut aussi se transformer en ennemi pour notre santé. Certains matériaux employés dans la construction polluent notre cadre bâti et sont pathogènes, de l’allergie au mal-être chronique. Assainir l’air ­intérieur nécessite de supprimer, en priorité, ces matériaux polluants. Des mesures des concentrations en formaldéhyde, composés organiques volatils (COV), spores fongiques et poussières réalisées dans trente constructions neuves allemandes ont été réalisées en 2003. Le résultat est accablant ! Dans 70 % d’entre elles, des seuils en polluants intérieurs largement supérieurs aux recommandations de ­l’Office fédéral de l’environnement (UBA), de celles des médecins de l’environnement et des spécialistes en toxicologie humaine ont été relevés. L’étude prenait également en compte des facteurs plus larges liés au bien-être, tels que la régulation de l’humidité, la protection contre la chaleur en été et l’étanchéité à l’air. Dans plusieurs pays d’Europe, tels que la France, l’Italie ou la Suisse, les études sur la qualité de l’air intérieur mettent en évidence des résultats similaires et des concentrations en polluants trop élevées.

Les conséquences d’un air intérieur de mauvaise qualité sont nombreuses et posent des problèmes de santé publique. En effet, un contact quotidien aux différents polluants accroit les risques d’allergie et d’asthme et peut parfois être responsable de troubles plus graves tels que le syndrome des bâtiments malsains (1) ou la neurodermatose (2). Dans ce contexte, il est important de changer les ­modes de construction afin d’intégrer de façon fiable les notions d’habitat sain dans le processus de conception. C’est l’objectif de l’institut allemand Sentinel-haus, dont le travail consiste à sélectionner ­rigoureusement les matériaux en fonction des valeurs d’émission et de résistance des constructions aux dommages, de réaliser des guides de conception pour les architectes et de former les ouvriers qui interviennent sur le chantier.

Afin de prouver que la construction d’habitat sain à coût abordable est possible, deux édifices ont déjà été réalisés. Le premier (à Hambourg) est une maison en bois de 250 m2. Le second (à Fribourg) est un immeuble à ­ossature bois de quatre étages qui abrite huit appartements dont les dimensions varient entre 66 et 145 m2. Les chantiers ont respectivement duré six et neuf mois pour s’achever en 2006. Les deux bâtiments affichent des concentrations en polluants ­réduites de 90 % par rapport au taux moyen des constructions neuves. Elles répondent ainsi aux exigences du label suisse GI pour la « bonne qualité de l’air intérieur » de l’institut S-Cert. Les coûts représentent entre 1 400 et 1 550 e/m2, soit un surcoût de 5 % pour une construction standard allemande. Un chiffre qui peut atteindre 12 % s’il prend en compte les besoins spécifiques d’occupants multiallergiques. Ces réalisations pilotes ont montré la voie à suivre. D’autres projets sont en construction, ­notamment une maison de 125 m2 sur deux étages, à Heilbronn.

Jusqu’à présent, plus de 600 produits de construction ont été analysés au regard de leur taux d’émissivité de formaldéhyde et de COV. Les études prennent en compte la quantité de produit et l’emplacement de mise en œuvre. Les produits utilisés par les ouvriers ont également fait l’objet de l’approbation préalable de l’Institut Sentinel-haus. Les ouvriers ont été formés et sensibilisés aux odeurs dans le bâtiment. Certains travaux, comme le découpage de PVC, sont ainsi proscrits à l’intérieur de l’habitation.

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