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Diagnostic : méthodologie imposée pour un métier d’expert

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Diagnostic : méthodologie imposée pour un métier d’expert

1, 2 & 3. La présence d’ouvrages en béton armé au cœur de zones potentiellement polluées nécessite des moyens de forage adaptés, pour être en mesure de réaliser des diagnostics fiables.

© (Docs. Renault.)

Le diagnostic d’un sol potentiellement pollué est guidé par des outils méthodologiques mis en place par l’État. Ce travail complexe d’investigation historique, de prélèvements et de mesures impose une solide ­expérience de la part des ingénieurs, techniciens et opérateurs qui interviennent sur de tels projets.

En France, c’est le principe du pollueur-payeur qui s’applique en l’absence de législation européenne du sol. En cas de cession d’un terrain, c’est au vendeur de supporter les frais éventuels de diagnostic et de dépollution (article L.110-1 du code de l’environnement). Ce dernier ayant financièrement intérêt à minimiser l’importance de la pollution, il est essentiel que la chaîne prélèvements – mesures – diagnostics soit rationnelle, fiable et indépendante de toute pression. Le ministère de l’Environnement a donc mis en place (via des circulaires de 1996) des outils méthodologiques d’aide à la réalisation d’études de sols, constitués de diagnostics initiaux et d’évaluations simplifiées des risques (ESR). Ces études doivent permettre de classer les sites en trois groupes, les sites considérés comme pollués et ­devant être traités (classe 1), ceux à surveiller (classe 2) et les derniers (classe 3) exempts d’une pollution avérée.

Le diagnostic initial débute par une visite du site, suivie d’une recherche historique des polluants possibles et de leur localisation, ainsi que d’une étude documentaire de l’environnement local. Les bases de données publiques et évolutives Basol et Basias, consultables gratuitement sur Internet, apportent à ce titre des indications précises sur l’historique et sur la localisation des sols.

Les limites de la méthodologie

Les données collectées se traduisent alors par une première notation simplifiée des risques, une nouvelle investigation de terrain si nécessaire, et une re-notation qui permet d’effectuer l’ESR. La prise en compte des trois composantes du risque (danger transfert cible) est assurée grâce aux critères de notation pré-établis. Ils établissent la dangerosité des polluants (toxicité et mobilité), l’intensité du transfert (perméabilité du sol), et la vulnérabilité des cibles selon l’usage du site.

Cette méthodologie offre l’avantage d’être identique pour n’importe quel site. De plus, les recherches historiques, qui précèdent systématiquement les investigations sur le site, limitent les coûts. Néanmoins, la méthode présente quelques limites du fait d’interprétations possibles. La densité de prélèvements de terre conditionne le résultat du fait du risque de dilution, et la méthode d’analyse choisie peut influer sur le niveau de contamination annoncé. Le protocole de prélèvement d’eau souterraine est déterminant, et les seuils d’interprétation sur certains polluants peuvent s’avérer discutables.

Ces remarques montrent à quel point l’expérience du bureau d’étude et des opérateurs chargés de réaliser les diagnostics est importante (voir encadré). Des procédures existent, les prélèvements sont décrits, les labo­ratoires analysent, mais ce sont des outils d’aide.

L’enquête historique et de voisinage est primordiale sachant que plusieurs activités générant différents polluants peuvent s’être succédées au cours des décennies. Si les activités génératrices de pollutions sont identifiées sur les grands sites industriels, ce n’est pas toujours le cas pour les installations de plus petite taille. Ce sont majoritairement des sites de production, de stockage ou de distribution d’hydrocarbures, des entreprises liées aux métaux et à l’électronique, ­l’imprimerie, les teintureries, les tanneries, des garages…, des ­sites situés en zones habitées, ­industrielles ou artisanales.

Une zone à bien définir

La pollution aux hydrocarbures concerne la moitié des sites pollués. Le plomb représente la première source de pollution aux métaux lourds devant le chrome et le zinc, suivis par les solvants, les chlorés étant les plus toxiques. Les informations recueillies permettent de limiter au strict nécessaire les sondages et carottages toujours coûteux. Les résultats sont ensuite pondérés au travers de la procédure ESR qui intègre de nombreux paramètres, dont la perméabilité du sol, la présence ou non de cours d’eau, de sources ou de puits à proximité. En effet, la plupart des polluants (sauf le plomb) présentent un risque limité dans le cas d’un terrain imperméable et éloigné de rivières ou de sources. Le danger principal vient de l’eau qui véhicule les polluants vers la flore, la faune et l’homme, via les racines et les plantes consommées.

Technologie récente :le pistolet à fluorescence X

Une fois les enquêtes historiques préalables réalisées, il est nécessaire de définir un quadrillage, et de valider les limites de la zone à investiguer. Une pollution est rarement homogène dans sa concentration, et il serait économiquement irréaliste de traiter l’ensemble d’un site sur la base des zones les plus atteintes. Une première observation ­visuelle (pour les hydrocarbures) et ­olfactive (pour les solvants) permet de matérialiser les secteurs les plus atteints, à partir des prélèvements de terres ou d’eau souterraines. La présence d’eau représentant un facteur aggravant, les sondeurs utilisent des bases de données (par exemple, Infoterre) qui renseignent sur les positions de tous les captages et sources répertoriés. Cela permet, d’estimer la « vulnérabilité » locale du site, et de définir d’éventuels prélèvements dans les rivières, puits ou sources proches du lieu contaminé. Sur site, les moyens d’investigation ­varient selon les polluants recherchés et les surfaces à traiter. Des ­carottiers à percussion manuelle sont utilisés pour les sondages de sols limités en surface, et des foreuses sur chenilles pour celles qui nécessitent davantage de carottages. La panoplie est complétée par des sondes et des pompes pour les prélèvements d’eaux souterraines, des sondes manuelles équipées d’ampoules colorimétriques pour la détection des gaz toxiques, des analyseurs portables pour la recherche de vapeurs de solvants. Enfin, les détecteurs électromagnétiques localisent les fûts enterrés, mais aussi les canalisations et les réseaux métalliques. Ceux-ci sont généralement mis en œuvre sur des lits de sable qui, en cas de pollution proche, peuvent être contaminés par capillarité. Ces détecteurs permettent aussi de visualiser les accidents géologiques, le courant étant plus ou moins conducteur selon le sol. Ce point est très important pour les hydrocarbures, qui s’épanchent différemment selon la nature du sol et ses différentes failles. À noter que les bureaux d’études font parfois appel aux sourciers pour cette recherche, avec une précision de localisation souvent étonnante.

Dernière évolution, le pistolet à fluorescence X, qui détecte toute présence de métaux lourds, et constitue un atout important vis-à-vis de polluants « invi­sibles » (ni coloration du sol, ni odeur). Du fait d’un coût très élevé (75 000 e en moyenne) cet outil est encore peu utilisé.

Les prélèvements réalisés par les bureaux d’études sont ensuite analysés par des laboratoires. Cette séparation des fonctions s’explique par la complexité et la précision des procédures d’analyse, qui requièrent un environnement et des outils spécifiques. Le travail d’analyse est encadré par de nombreuses normes, déterminées selon l’objet et le ­contexte de l’analyse.

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