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Détecteurs de fumée Les basiques de la sécurité incendie

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Détecteurs de fumée Les basiques de la sécurité incendie

Début janvier, une étape a été franchie pour doter rapidement la France d'une loi imposant aux particuliers l'installation et l'entretien de détecteurs de fumées dans leurs habitations. Le point sur ces matériels plus ou moins fiables.

Les statistiques officielles évaluent à 10 000 blessés et 800 morts le bilan annuel des victimes d'incendies domestiques en France. L'obligation a minima d'installer et d'entretenir un DAAF (détecteur avertisseur autonome de fumée), un produit qui vaut quelques dizaines d'euros, permettrait de sauver de nombreuses vies. Les pays avec un taux d'équipement en détecteurs supérieur à 80 % (comme la Norvège ou l'Angleterre) ont vu en effet le nombre de cas mortels réduits de moitié. En France, moins de 2 % des foyers seraient équipés. Un premier projet de loi datant du 13 octobre 2005 n'a jamais abouti, de même en février 2009, un amendement à la loi Boutin a été refusé pour vice de forme. « On peut maintenant se féliciter que la loi soit sur la bonne voie. La commission mixte paritaire, qui s'est réunie le 13 janvier dernier, s'est mise d'accord sur le texte d'une nouvelle proposition de loi », assure Charles Bonnevay, directeur commercial chez Fare. En regard des enjeux, les différentes parties, sénateurs et députés, ont accepté un texte de compromis.

Technologie optique

Le principe est de rendre la détection obligatoire dans un délai de cinq ans une fois la loi votée, aux frais de l'occupant, et à ceux du propriétaire dans certains cas (locations saisonnières, foyers, logements de fonction et locations meublées). « Il est clair que le marché français n'est pas encore mature, nous proposons une gamme courte avec quatre versions du produit 29 PR, alors qu'en Angleterre, nous sommes présents avec plus d'une quinzaine de produits », constate Gaëlle Alloin, chef de produits Europe chez Kidde Safety.

Pour le particulier, le détecteur de fumée le moins cher, et le plus immédiat à poser (avec une perceuse et deux chevilles) est le détecteur avertisseur autonome de fumée (DAAF). Sur demande du Sénat, la future loi ouvrira peut-être l'éventail des équipements réglementaires à d'autres types de systèmes, comme ceux communiquant avec une centrale d'alarme, adaptés par exemple aux immeubles collectifs. Côté détection, en France, les appareils ioniques, fonctionnant avec un composant faiblement radioactif, sont interdits chez les particuliers et vont être retirés à terme de toutes les installations y compris industrielles. La seule technologie autorisée fonctionne de manière optique (nommée aussi photo-électrique) et n'a pas connu de révolution récente. Néanmoins, son électronique doit être robuste sur la durée (vieillissement, encrassement, perte de puissance des piles...). Le réglage de la sensibilité de la détection laisse peu de marges. Un seuil trop bas déclenche des fausses alertes qui peuvent conduire l'occupant à déconnecter son système. Il ne doit pas non plus être trop haut pour demeurer capable de lancer rapidement une alerte en cas de réelles situations de danger. Ce point essentiel a d'ailleurs créé une polémique lors du récent comparatif sur les DAAF effectué par le magazine 60 Millions de Consommateurs (octobre 2009). Un détecteur volontairement réglé pour restreindre le nombre de fausses alertes peut être déconseillé car jugé trop lent à réagir.

Deux couches de certifications

Même s'il ne ressort de ces comparatifs qu'une vision partielle des réalités du marché, le manque de fiabilité de certains produits commercialisés méritait d'être souligné. Le comparatif de l'INC a recalé six DAAF sur huit testés, et plusieurs des produits mis en cause ont été retirés du marché par leurs distributeurs dans les mois qui suivent.

Les certifications européennes et françaises servent de guide et de référence. Tous les DAAF mis sur le marché doivent répondre à la certification européenne EN14604 datant de novembre 2005 et obligatoire depuis le 1er mai 2007. Pour être certifié, des exemplaires de son produit sont fournis. Il subit différents tests, résistance aux chocs, compatibilité électro-magnétiques (CEM) et capacité de réagir à différents tunnels de feu (coton, bois, plastique...). Ces tests sont menés par l'un des laboratoires d'essais européens agréés, qui est en France le laboratoire du CNPP (Centre national de prévention et de protection). La certification renforce la ressemblance entre les produits. Par exemple, le niveau sonore minimal de l'alarme interne doit être de 85 dB à 3 m y compris en fin de vie de la pile, et les constructeurs s'y tiennent assez strictement, car dépasser ce minimum impliquerait une consommation accrue, donc une moindre autonomie.

Un large consensus se dégage quant à l'importance différentiatrice du deuxième niveau de certification, celui de la marque française NF 292 de l'Afnor, qui résulte d'une démarche volontaire de la part des industriels. Publiée dès 1999, la version en vigueur datant de juin 2009 vient d'être révisée. Régulièrement, la liste des matériels certifiés est remise à jour. Entre novembre et décembre 2009, Fito France (distributeur d'un produit du chinois Garvan) et Noxhom ont perdu tour à tour leurs certifications. En lice, demeurent les produits d'une bonne demi-­douzaine de constructeurs certifiés et de leurs distributeurs. NF apporte une garantie supplémentaire concernant la constance du procédé de fabrication (qui est en amont reconnu par un processus de qualité de type ISO 9 001), en prélevant directement des échantillons dans le stock de production et en les testant. Shane Lyons directeur marketing d'Ei Electronics confirme : « Nous devons assurer un contrôle qualité permanent dans notre usine irlandaise, car ce sont des produits très sensibles au niveau de qualité (poussière, vapeur, graisse dans l'air.), le risque étant de déclencher intempestivement de fausses alertes. » Cette qualité s'obtient par exemple avec une chaîne robotisée et des composants montés en surface (CMS), plutôt qu'avec des composants traversant la carte électronique, soudés à la main. « Le référentiel de la certification NF va prochainement être révisé, en intégrant la vision du volume de production, qui se chiffre maintenant en millions d'unités », révèle Eric Laurençon, responsable sécurité incendie à l'Afnor. En particulier, le prélèvement (qui permet de vérifier la conformité entre les produits prélevés et celui certifié) sera effectué deux fois par an (au lieu d'une seule), en commerce et en usine, sur les sites de production à travers le monde. Pour donner une idée des chiffres, l'usine chinoise de l'américain UTC (qui possède Kidde Safety depuis 2005), située à Guangdong, fabrique à elle seule 23 millions de détecteurs (fumée et CO) annuellement. Par ailleurs, les piles salines vont être interdites et remplacées systématiquement par des piles alcalines ou lithium, ce qui est en pratique quasiment le cas.

Installation et interconnectabilité

Pour être efficace et afin d'éviter les fausses alertes répétées, l'installation d'un DAAF doit respecter un corpus précis de recommandations. Ces appareils sont à fixer aux plafonds plutôt qu'en mural, à proximité des chambres pour sécuriser leur accès, ainsi que dans les escaliers. Des exemplaires supplémentaires doivent être installés dans les chambres occupées par un fumeur ou équipées d'un appareil électrique, type chauffage ou humidificateur portable. Il faut aussi éviter les cuisines et les salles de bains, s'éloigner des sources de chaleur, et des sources lumineuses (tubes fluorescents en particulier), demeurer à distance d'un mur extérieur froid, des coins et penser aux configurations de plafonds à plusieurs niveaux. Pour les grandes maisons ou les appartements à plusieurs étages, les détecteurs communiquant entre eux ou avec une centrale apportent un plus. « Sur un marché où tous les produits se ressemblent, cette orientation communicante est une vraie différenciation », note Frederic Vermersch, directeur marketing de Legrand Pyrénées. Des occupants endormis à l'étage peuvent être alertés si un incendie se déclare au rez-de-chaussée. « Par exemple, l'évolution en Angleterre est instructive, complète Shane Lyons. Le principe est de mettre plusieurs détecteurs, au moins un par étage et de les interconnecter, soit par fil, soit par liaison radio, de manière à déclencher l'alarme sur les autres. L'ensemble est aussi interconnecté avec un détecteur de chaleur dans la cuisine. »

Outre l'installation, l'entretien est primordial pour ces produits de sécurité. L'autonomie énergétique est obtenue généralement par des piles alcalines d'une durée de vie d'un ou deux ans, ou par des piles au lithium d'une durée de vie de cinq ou dix ans. Certains DAAF sont garantis dix années avec une pile incluse inamovible. L'appareil, dont la fiabilité ne peut pas non plus être garantie au-delà de dix ans, est remplacé avec sa pile au bout de dix ans. La certification des piles n'est pas incluse dans la marque NF, mais l'Afnor vérifie qu'il existe un lien entre la consommation du produit et la durée de vie annoncée de la pile. « Moins coûteux que le recours à une pile au lithium, nous proposons une durée de vie de cinq ans avec une pile alcaline, à condition de prendre une des marques que nous recommandons. Ceci est possible grâce à la faible consommation de nos produits », affirme Charles Bonnevay. Quant aux installations neuves, « nous proposons un DAAF à alimentation 230V, l'avenir est à l'alimentation sur secteur avec pile de secours », défend Maxime Chapel, chef de produit chez Schneider Electric. De plus les installations fonctionnant sur secteur sont généralement faites par des professionnels, qui garantissent ainsi une certaine qualité.

À l'instar de ce qui est obligatoire pour les IGH par exemple, et recommandé depuis 1982 dans les ERP, la future loi va peut-être permettre chez les particuliers l'installation de détecteurs de fumée (marquage EN54-7) destinés à être intégrés dans un système de détection incendie. Plus coûteux, ces détecteurs à communication garantie sont parfois reliés à une centrale à alarme incendie. L'ensemble est certifiable par la marque NF-508 qui vérifie le bon fonctionnement du système global, avec des exigences très précises pour les fonctions basiques de sécurité comme l'exploitation des bus, une valeur maximum de sept informations par point, une limitation du nombre de sirènes, 128 détecteurs maximum sur une boucle... Plusieurs constructeurs comme Def/Fare, BRK, Schneider Electric, Siemens ou Finsécur sont actifs avec des produits aux technologies communes sur les deux marchés, celui du DAAF grand public et celui plus large de la sécurité incendie.

Tableaux : Détecteurs de fumée (SDI) marquage EN54-7 et DAAF (détecteurs avertisseurs autonomes de fumée)

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