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Des technologies complexes aux frontières de l’intimité…

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Des technologies complexes aux frontières de l’intimité…

Directeur technique de la division sécurité de Thales Security Systems (1), l’un des leaders mondiaux de l’identification sécuritaire, Philippe Robin aborde les différents aspects de la biométrie.

Les Cahiers techniques du bâtiment : En quoi consiste la biométrie ?

Philippe Robin : Cette technologie désigne des modes de reconnaissance automatisés pour l’identification des populations et le contrôle d’accès. En fait, il existe trois méthodes possibles de contrôle : par ce que la personne sait (mots de passe, codes PIN), par ce qu’elle possède (cartes, badges, jetons), et par ce qu’elle est (biométrie). Dans ce dernier cas, la démarche consiste à mesurer les caractéristiques physiologiques uniques de la personne et/ou celles de son comportement. L’aspect identitaire suppose un niveau de performances des recherches très élevé compte tenu du nombre important d’individus à considérer. C’est le principe « un contre n ». Quant au contrôle d’accès à des locaux, postes de travail ou données sensibles par exemple, il vise l’authentification des personnes. C’est le principe « un contre un », moins exigeant en perfor­mance ! Physiquement, l’objectif principal des systèmes biométriques consiste à remplacer les clefs mécaniques et électromagnétiques. Au-delà de l’aspect sécurité et d’un droit d’accès ­intransmissible, ces derniers présentent l’avantage d’être pratiques et précis.

CTB : Quelles sont les bases du fonctionnement de ces systèmes ?

Ph. R. : Le processus se déroule en trois étapes : acquisition, codification, comparaison. Il requiert des capteurs, sensors optiques, mini-caméras photos, ultrasons ou infrarouges, ou encore des micros. Il suppose l’utilisation d’un logiciel pour coder l’image par détection des points caractéristiques de l’information récupérée. Puis, un logiciel capable de comparer cette image codifiée avec la référence figurant dans la carte ou dans la base. Historiquement, la première solution utilisée concerne l’empreinte digitale. Matérialisée par l’arrêt des sillons ou les bifurcations des crêtes de l’épiderme, la ­position des points remarquables dits « minuties » s’avère propre à chaque individu. Elle permet d’obtenir une information réduite sous forme d’un tableau de 20 à 80 données. Il existe plusieurs types de capteurs d’empreintes dits capacitifs pour détecter les charges électrostatiques, relever les différences de températures entre les creux et les bosses sur le doigt, ou retrouver la forme des minuties à partir de la modification d’ondes sonores émises. Ces capteurs sont choisis en fonction des applications et de la qualité de l’image voulue (résolution entre 300 et 500 dpi). En contrôle identitaire, les sensors optiques sont très utilisés. En contrôle d’accès, les capteurs silicium plus économiques ­suffisent. Cette technique ne génère pas plus d’une erreur sur un million. En revanche, elle revêt une connotation un peu policière et oblige à enregistrer plusieurs doigts afin d’éviter tous les risques de rejets dus à des lésions accidentelles. En effet, les produits alcalins comme le ciment peuvent détériorer les doigts. En outre, on estime à 1 % le nombre de personnes dont on ne parvient pas à relever les empreintes.

CTB : Outre l’empreinte, quelles sont les techniques les plus utilisées ?

Ph. R. : La reconnaissance du visage représente la biométrie la plus vieille du monde puisque c’est la façon de nous distinguer. Mais remplacer nos neurones par un logiciel de reconnaissance faciale s’avère plus difficile, avec une marge d’erreur de l’ordre de 5 à 10 %, voire 50 % si la photo n’est pas réactualisée. Des changements d’éclairage trop radicaux ou l’inclinaison de la tête peuvent induire des performances moyennes et des refus non justifiés. Contrairement à l’empreinte dont le travail s’effectue quasiment avec la même description, chaque fabricant développe sa propre façon de coder le visage, par l’écartement des yeux, du nez et de la bouche, par la texture de la peau à différents endroits, par la reproduction infrarouge de l’émission de chaleur, le codage de l’image de la personne par rapport à une base de visages caractéristiques… Plus précisément, il est possible d’analyser un visage avec un système tridimensionnel et obtenir plus d’informations. Plus onéreuse mais séduisante par sa discrétion, cette technique devrait s’améliorer car les normes relatives aux documents de voyage considèrent la photo comme la première information biométrique. Pour faciliter le flux aux aéroports, cette information pourrait être codée à l’intérieur d’une puce intégrée dans le passeport et reconnue par un logiciel automatique.

CTB : En ce qui concerne le visage, existe-t-il d’autres modes de reconnaissance ?

Ph. R. : Effectivement, on peut considérer l’iris de l’œil et coder les traits qui désignent la partie colorée entourant la pupille à l’aide d’un algorithme secret. Très discriminante, cette troisième technique génère peu de risques de refus. Efficace aussi bien pour les opérations de contrôle que d’identification, elle offre une performance équivalente à celle de l’empreinte digitale. De plus, l’iris s’abîme moins facilement que les doigts. En revanche, le système nécessite une caméra sophistiquée et implique de fixer un point. D’où une difficulté possible à l’enrôlement (acquisition) et une incidence économique. Un peu « exotique », la reconnaissance vocale fonctionne plus difficilement que celle du visage, car elle reste très sensible à l’environnement. Sans compter les risques d’imitation, avec des conséquences sur le plan de la sécurité ! Répertoriée comme une donnée biométrique comportementale, cette technique repose sur les traits distinctifs acoustiques de la parole et requiert des applications précises avec des vocabulaires limités dans des ambiances très fermées.

Parcourue par de nombreux vaisseaux sanguins, la rétine représente un autre type d’identification. Toutefois, la caractérisation de cette couche sensorielle suppose l’examen du fond d’œil à l’aide d’un rayon lumineux. D’où l’accès à une information médicale et une inquiétude sur l’atteinte à la vie privée !

CTB : Quelles sont les autres technologies développées ?

Ph. R. : La géométrie de la main s’utilise en contrôle d’accès. Cette technique consiste à examiner les caractéristiques physiques, englobant la longueur, la largeur et la superficie de cette partie du corps. Consistant simplement à identifier une personne par rapport à elle-même, elle présente un aspect moins intrusif en matière de libertés publiques. C’est un avantage, sachant qu’en France, tout projet biométrique doit être soumis à la Commission nationale de l’information et des libertés (Cnil). Soucieuse du risque d’utiliser les données à d’autres fins que l’objectif initial, cette Commission veille à la notion de trace et à la sécurité de l’installation biométrique au regard de la menace, avant de rendre un avis favorable ou non. Sachant que deux personnes ne se ressemblent pas, chaque partie du corps est considérée comme spécifique. De fait, on peut aussi analyser la forme de l’oreille, des pieds, le pas, les odeurs et les veines appréhendées sous leur aspect thermique au moyen d’une caméra infrarouge. La vérification de la signature est encore au stade de la recherche. Avec un stylet automatique, cette technique d’identification recourt à une analyse dynamique, fondée à la fois sur l’enregistrement du mouvement, de la pression exercée et de la vitesse d’apposition. Enfin, l’analyse de l’ADN constitue la principale méthode d’identification en termes de rigueur. En revanche, elle s’avère longue et compliquée, aujourd’hui.

CTB : Selon vous, quel est l’enjeu de la biométrie par rapport à des systèmes de contrôle plus classiques ?

Ph. R. : L’enjeu majeur est de fiabiliser les contrôles tout en simplifiant grandement les procédures. Les coûts importants générés par les oublis de mots de passe ou de codes PIN seraient certainement éliminés par la biométrie.

Même s’il existe des parades, ­l’usurpation d’identité constitue bien évidemment le risque majeur. Sachant que le résultat n’est pas garanti à 100 %, la question tient surtout à ce qu’il y a lieu de mettre en œuvre, au bénéfice que l’on peut en tirer et aux moyens de contournement à prévoir en cas de rejet à tort d’une personne.

Quoi qu’il en soit, la présence d’un gardien et la possibilité de passer outre la biométrie s’avèrent toujours nécessaires. C’est ­pourquoi les sociétés donnent généralement le choix entre les badges et les empreintes. En d’autres termes, la problématique n’est pas réellement technique ni économique, mais davantage opérationnelle et philo­sophique.

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