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Des techniques adaptées aux mécanismes des polluants et aux délais impartis

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Des techniques adaptées aux mécanismes des polluants et aux délais impartis

Bernard Pijolat, directeur général de Sita Remediation France-Teris, la filiale dépollution des sols et nappe phréatique du Groupe Suez spécialisée dans le traitement des déchets industriels dangereux, insiste sur l’importance d’une compétence globale pour atteindre les objectifs.

Les Cahiers techniques du bâtiment : Comment reconnaît-on un sol pollué ?

Bernard Pijolat : Par définition, un sol pollué contient des substances en concentration supérieure à certains seuils ou en concentration telle qu’il peut présenter un risque pour l’homme et l’environnement. Ces substances accumulées proviennent de l’activité industrielle passée, essentiellement chimique et pétrochimique, mais aussi mécanique avec le dégraissage des pièces, voire plus simplement d’une fuite dans une cuve à fioul ou une chaufferie d’usine. Pour les mettre en évidence, il faut procéder à un audit correspondant à la reconstitution historique du site, à des sondages et échantillons de sols, d’eau et de gaz du sol. Effectuées dans un laboratoire spécialisé, ces analyses vont ­caractériser le site de façon directe ou indirecte en terme de pollution.

CTB : Quels sont ces types de polluants ?

B. P. : Pour des questions de coûts, on ne peut rechercher toutes les substances polluantes possibles. Par rapport à l’activité industrielle exercée, il s’agit dans 60 % des cas, de composés organiques de types hydrocarbures, solvants chlorés, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), phénols et pesticides. Quant aux métaux lourds, ils représentent 40 % des sites pollués. Ces pollutions, parfois ­mixtes, se trouvent absorbées sur les particules du sol, en phase vapeur dans les pores du sol, sous forme liquide ou dissoutes dans les interstices. Suivant la nature du composé et sa capacité à passer en phase vapeur, la détection s’effectue au moyen de prélèvements classiques, de piézomètres pour puiser dans la nappe phréatique ou à travers les gaz présents. ­Notons que ces mesures de gaz relativement imprécises – qui concernent surtout les composés organiques – sont toujours doublées par des analyses de sols.

CTB : Où en est la réglementation dans ce secteur ?

B. P. :En France, il n’existe pas de législation propre à la dépollution et aux problèmes liés à la contamination des sols et nappes phréatiques. Ce sont les lois du 15 juillet 1975 et du 19 juillet 1976 relatives à l’élimination des déchets, puis aux installations classées pour la protection de l’environnement (Icpe) qui servent de référence. Trois circulaires du 03-12-1993, 03-04-1996 et 10-12-1999 sont venues fixer progressivement l’obligation de recherche systématique de sites potentiellement pollués. Avec elles, ont été définies une évaluation simplifiée des risques (ESR) consistant à classer le site selon trois catégories (banalisable, à surveiller ou à dépolluer) ainsi qu’une évaluation détaillée des risques (EDR). Cette seconde étape, qui permet de quantifier le risque lié à la pollution sur le site et donc, de déterminer le niveau de dépollution à mettre en œuvre pour revenir à un seuil acceptable vis-à-vis de la santé humaine et de l’environnement, fixe les principes applicables pour les travaux de réhabilitation. Un guide de gestion des sites pollués édité en mai 2000 par le BRGM (1) (et révisé) sert de méthodologie. Contrairement à l’approche générale et normative de nos voisins européens, à base de tableaux de valeurs et de seuils par polluant, la France a donc adopté une logique de risque site par site. D’où aussi la notion de calcul du risque en fonction de l’usage et de la réutilisation des lieux. Dans ce cadre, l’amendement Metaleurop clarifie les conditions de remise en état du site par l’industriel qui souhaite réhabiliter pour l’usage initialement prévu dans le POS, et l’acquéreur qui doit prendre en charge le complément de la dépollution, en cas de changement d’usage valorisant son terrain. Exception faite du terrain industriel enclavé dans une zone habitable et qui suppose de la part du propriétaire une remise en état conforme à cet usage !

CTB : Vous parliez de méthodologie ?

B. P. : La démarche correspond aux deux étapes ESR et EDR. La notion de risque et de calcul des objectifs de dépollution se mesure à partir de trois facteurs : une source de pollution, un vecteur et une cible.

Parce que l’on ne revient jamais à l’état 0, elle s’appuie sur l’impact à long terme du polluant sur la santé humaine, l’écosystème et les ressources en eau, voire sur les biens matériels (fondations des bâtiments, qualité des matériaux) pour déterminer les seuils. En présence de substances volatiles, on utilise des modèles de transferts dits hydrodynamiques pour calculer le déplacement des gaz du sol vers les cibles et leur accumulation potentielle. Il en va de même d’une pollution par le biais de la nappe phréatique vers une cible qui serait un captage. Autrement dit, pour définir la meilleure méthode de dépollution et les objectifs à atteindre, il faut avoir la ­capacité de bien modéliser le mécanisme des polluants. C’est-à-dire de garder une vision globale du processus, depuis l’audit jusqu’à la conception des travaux et leur exécution.

CTB : Justement, comment choisir la solution la mieux adaptée ?

B. P. : On dispose de trois familles de traitements : les procédés « in situ » réalisés dans le sol en état, « on site » ou traitement sur place des sols excavés, et « hors site » après évacuation des sols dans un centre de traitement. Outre la servitude d’usage du terrain, plusieurs types de contraintes déterminent le choix. Un site fermé et démantelé permet de réaliser plus facilement des excavations et donc de traiter les pollutions de sol de façon plus radicale. Sur un site en activité, on va préconiser soit des procédés in situ, soit des techniques hors site.

Le facteur temps crée une autre contrainte, les procédés de dépollution biologiques ou in situ s’avérant toujours plus longs que des techniques d’excavation. De plus, ils ne permettent pas toujours d’atteindre les objectifs calculés par l’EDR. Les caractéristiques de solubilité, de biodégradabilité ou de passage en phase vapeur du polluant sont d’autres facteurs.

Alors que le traitement « on site » permet de remettre les sols en place une fois atteints les niveaux définis dans l’EDR, une terre polluée qui quitte le site s’apparente à un déchet selon la loi de 75. Elle doit faire l’objet d’une traçabilité et d’une mise en décharge dans un établissement habilité.

CTB : Pratiquement, en quoi consistent ces solutions ?

B. P. : Un traitement biologique « on site » met en œuvre un biotertre en jouant sur l’oxygénation des polluants pour décomposer les molécules, ou sur l’injection de composants azotés, carbonés ou de phosphore, afin de rééquilibrer le milieu en place et de permettre aux bactéries à l’état endémique de se développer pour dégrader les polluants. Les fractions fines étant souvent les plus polluées, on peut aussi laver les sols via des unités mobiles, de façon à séparer les fractions grossières et ne garder qu’un résidu à évacuer. La désorption thermique fait appel à des fours mobiles pour extraire les gaz qui seront ensuite lavés. On a vu qu’on peut extraire les fractions polluées sous forme libre ou dissoute dans la nappe phréatique par la mise en œuvre de piézomètres et d’un pompage. On sait aussi travailler dans des conditions anaérobies – c’est-à-dire sans apport d’oxygène – pour dégrader d’autres types de polluants comme les solvants chlorés et le pyralène (PCB). On peut encore alterner les phases aérobies et anaérobies. Ou bien confiner des sols sur place dans une zone étanche à l’aide d’une membrane, avec extraction des gaz latents pour supprimer le risque de dégradation ou réduire les odeurs nauséabondes.

On parle d’atténuation naturelle activée pour aider à mener une biodégradation progressive. Enfin, la phyto-remédiation se développe actuellement. Cette technique se base sur l’emploi de plantes capables de concentrer les polluants (métaux notamment) dans leurs racines. Le défi actuel est d’améliorer le rendement des procédés, en particulier le traitement des polluants difficiles à biodégrader ou à localiser du fait de leur migration au gré des diverses perméabilités de terrains. En d’autres termes, traquer les pollutions secondaires.

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