Interview

"Des services connectés pour les usages spécifiques de l'habitat social"

Propos recueillis par Félicie Geslin

Toulouse Métropole Habitat a déployé des compteurs d'eau intelligents dans plusieurs résidences de son parc, dont celle des Allées de Tassigny.

© Toulouse Métropole Habitat

Trois représentants de l'Union sociale de l'habitat (USH) débattent de l'intérêt des services connectés dans le logement social.

CTB Pour quelles raisons les services connectés intéressent-ils l'habitat social ?

Véronique Velez (responsable du pôle innovation et prospective, direction de la maîtrise d'ouvrage et des politiques patrimoniales) : Pour les bailleurs, les objets ou équipements connectés sont d'abord susceptibles de répondre à des enjeux de gestion, de maintenance et d'entretien, dans une optique de maîtrise des charges. Ils peuvent aussi permettre de renforcer la sécurité, d'améliorer le confort des usagers, voire de faciliter le maintien à domicile des personnes dépendantes. Autant de pistes de développement qui devraient contribuer à renforcer à moyen terme l'attractivité du parc HLM, même si nous n'en sommes pour le moment qu'aux prémices. Néanmoins, le foisonnement de solutions apparaissant sur le marché ne doit pas faire oublier que les services connectés, a fortiori dans le logement social, doivent coïncider de manière prioritaire avec des usages. Les bailleurs précurseurs en la matière - Habitat du Nord, Habitat 76, Pas-de-Calais Habitat, Néolia, 3F, SNI, Nantes Métropole Habitat, etc. - ont eu l'intelligence de déployer des dispositifs expérimentaux en s'appuyant précisément sur les besoins des occupants.

CTB Comment l'Union sociale pour l'habitat (USH) entend-t-elle accompagner ses adhérents dans cette transition ?

V. V. : Un partenariat avec Impulse Labs, accélérateur d'innovation, nous permet d'être partie prenante dans la sélection d'un contingent de startup dont les offres pourraient les intéresser. Par ailleurs, la sélection HLM de notre filiale H'Prom, dédiée aux produits et services pour la construction et la gestion du patrimoine des organismes, va intégrer pour la première année une sélection numérique. Plus largement, nous souhaitons porter à la connaissance des bailleurs les expérimentations en cours pour les aider dans leur conduite du changement.

CTB Qui dit habitat social connecté dit collecte de données. Comment encadrer l'usage fait de celles-ci ?

Franck Chartier (directeur des services informatiques) : En application de la loi informatique et libertés, l'USH a contribué en 2014 avec la Cnil à l'élaboration d'un pack de conformité relatif aux données collectées pour la gestion locative, ceci pour protéger la confidentialité des données personnelles et garantir qu'elles ne seront utilisées que dans le seul cadre de la finalité définie. Les différentes solutions connectées qui émergent actuellement posent, de manière cruciale, la question de la propriété et du partage des données. C'est d'autant plus important dans la perspective désormais imminente de l'entrée en vigueur du GDPR [General Data Protection Regulation, règlement européen qui s'appliquera à partir de 2018 aux entreprises collectant, traitant et stockant des données personnelles, NDLR]. Les bailleurs doivent donc particulièrement veiller, dans la phase de contractualisation avec leurs prestataires, à conserver la propriété des données provenant de leur parc et à s'assurer de leur sécurisation.

CTB Les bailleurs qui se tournent vers l'instrumentation des bâtiments sont-ils les mêmes que ceux qui développent le BIM gestion ?

Cécile Sémery (responsable du pôle Architecture et maîtrise d'ouvrage à la direction de la maîtrise d'ouvrage et des politiques patrimoniales) : Pas nécessairement, mais ceux qui disposeront d'une base patrimoniale graphique établie à partir de la maquette numérique, dans laquelle seront injectées les données issues de l'instrumentation, auront peut-être plus de latitude pour développer un panel de services, relatifs non seulement à la gestion technique du bâtiment, mais aussi à un meilleur accompagnement des occupants. Toute la difficulté étant de trouver le moyen de rassembler, de structurer et de synchroniser les différents systèmes ainsi que la somme d'informations amassées.

CTB Comment surmonter celle-ci ?

Franck Chartier : Par l'interopérabilité, un enjeu à cet égard essentiel. En effet, les bailleurs disposent pour la plupart de systèmes informatiques conçus par des éditeurs de logiciels patrimoniaux notamment, et doivent être vigilants quant à leur capacité à s'interfacer facilement avec les innovations proposées par les nouveaux acteurs du marché. Il faut impérativement que les modèles soient ouverts pour rendre un chaînage possible, sans quoi le déploiement des technologies communicantes ne sera pas possible. À l'USH, c'est en tout cas le message que nous entendons porter.

CTB Y a-t-il d'autres barrières à lever pour promouvoir le concept de bâtiment social connecté ?

Véronique Velez : Les gains attendus étant directement liés au comportement des usagers, il y a une démarche de pédagogie à mettre en œuvre pour exposer aux occupants du parc social les atouts de cette technologie. La digitalisation va avoir un impact sur les métiers des personnels de terrain, comme les gardiens par exemple, dont le rôle va être amené à évoluer auprès des résidents. D'autre part, les bailleurs vont devoir inventer des méthodes de travail plus collaboratives avec les nouveaux prestataires de services que sont les start-up, mais aussi leurs partenaires historiques, fournisseurs d'énergie, opérateurs chargés de la maintenance, etc.

CTB La facture de ce développement est-elle d'ores et déjà estimable ?

V. V. : Non, car l'habitat social connecté n'est encore qu'en phase de test. Mais nous allons entamer, en octobre prochain, une étude avec la Caisse des Dépôts pour vérifier que l'expérimentation est répliquable, et surtout finançable…

F. C. : En soi, un objet connecté n'est pas forcément très onéreux. En revanche, son intégration dans un système d'information est un facteur de coûts. Par exemple, un processus complet de gestion de la relation client, avec un système CRM intégrant des flux de données importants, via des canaux de communication assez complexes, représente un investissement important… Qu'il faudra mettre en balance avec les objectifs visés.

CTB Le recours à des équipements connectés pourrait-il constituer une alternative à la rénovation thermique ?

V. V. : Une alternative, non. Mais cela peut concourir à une meilleure connaissance du comportement du bâti une fois rénové et à une optimisation de son exploitation.

CTB Quid de l'obsolescence et de la recyclabilité de tous ces capteurs, qui pourraient se répandre dans le parc social ?

V. V. : L'heure étant surtout à l'expérimentation et à l'intégration des services connectés dans le cahier des charges des maîtres d'ouvrage, il n'est pas sûr que ce soit la préoccupation majeure. Mais il faut souligner que l'innovation dans l'habitat social se traduit aussi par la construction de bâtiments low-tech.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°362

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2017 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Nous vous recommandons

LA LUMIÈRE S'ADAPTE AUX BESOINS DE CHACUN

LA LUMIÈRE S'ADAPTE AUX BESOINS DE CHACUN

De la simple détection à la programmation de scénarios, en passant par l'Human Centric Lighting, la gestion de l'éclairage s'impose dans toutes les applications. Du bureau aux commerces, des hôtels[…]

20/10/2017 | InnovationTechnipédia
LE BÉTON LÉGER AU SERVICE DE L'ISOLATION THERMIQUE

LE BÉTON LÉGER AU SERVICE DE L'ISOLATION THERMIQUE

LA CLIMATISATION RÉVERSIBLE DÉCROCHE SES 4 ÉTOILES

LA CLIMATISATION RÉVERSIBLE DÉCROCHE SES 4 ÉTOILES

LE MOBILE POUR REMPLACER LE BADGE DE CONTRÔLE D'ACCÈS

LE MOBILE POUR REMPLACER LE BADGE DE CONTRÔLE D'ACCÈS

Plus d'articles