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Des peintures aux performances dopées

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Des peintures aux performances dopées

Antibactériennes, autonettoyantes, hydrophobes, les nanoparticules révolutionnent les propriétés des peintures appliquées à l’extérieur ou à l’intérieur des bâtiments. Pour autant, leur mise en œuvre systématique présente encore des incertitudes.

Comme toute innovation, l’arrivée des nanotechnologies dans les produits de peinture provoque l’enthousiasme, mais aussi un certain trouble. D’un côté, les atouts de ces additifs d’un genre nouveau préfigurent une évolution des produits avec des propriétés étendues, voire même révolutionnaires. De l’autre, leur toxicité éventuelle et leur durabilité dans le temps préoccupent les experts. En réalité, ils évaluent encore mal l’impact et les conséquences des nanoparticules appliquées sur les supports de construction et surtout leurs effets sur les êtres vivants.

Aujourd’hui, dix ans après l’engouement commercial, il est nécessaire de faire un point sur ces produits que toutes les entreprises peuvent aujourd’hui librement mettre en œuvre. Il n’existe, en effet, pas de législation nationale ou européenne relative aux nanotechnologies, ni dans la fabrication des pigments, ni dans leur application, ni dans les usages pour l’environnement extérieur ou intérieur. Du coup, certains fabricants restent parfois très discrets sur les nano-additifs qu’ils utilisent dans leurs mélanges.

Des propriétés multiples et très étendues

Dans le domaine de la peinture, les nanotechnologies servent à concevoir, caractériser, produire et mettre en œuvre des structures, dispositifs ou systèmes - les nanoparticules - par un contrôle de leur forme et de leur taille. C’est la définition officielle.
Une nanoparticule, également appelée « particule ultrafine », est présentée par la norme ISO TS/27687 comme un objet dont le diamètre nominal est inférieur à 100 nanomètres, c’est-à-dire la taille d’un virus, soit environ 10-7 mètres ou 10 millionièmes de mètre. C’est-à-dire des poussières très fines et donc volatiles qui, incorporées à la composition d’une peinture agissent physiquement sur la texture ou opèrent des échanges physicochimique à l’échelle nanométriques, afin d’en améliorer les propriétés macroscopiques. Celles-ci sont multiples et très étendues, selon la nature et la forme cristalline des éléments ajoutés lors de la fabrication : billes, tubes, piles, éclats... Les nanoverres, nanosilices, nanotitanes, nanocarbones, nano-argents, sont les principaux composants utilisés.
Certains améliorent l’adhérence (avec ou sans sous-couche, lessivage) et simplifient la mise en œuvre (unicouche, rouleau, pistolet, dilution). Ils améliorent la résistance à l’usure, à l’abrasion, aux impacts, à la fissuration, protègent contre les UV, l’humidité et la vapeur. D’autres garantissent même la régénération des surfaces en cas de griffure, de rayure ou de trous. La plupart des formulations sont typées « antigraffiti », résistant à la saleté, la graisse, et à l’huile. Elles confèrent aussi une stabilité thermique, voire une résistance au froid, ou au feu avec des propriétés ignifuges.
La plupart du temps, les nanoparticules sont utilisées pour assurer des protections antimicrobienne ou virus, acaride, antifongique, algicide, et antimoisissure. Les compositions les plus novatrices vont même jusqu’à générer des pigments à changement de couleur, éclairants ou à effet de lumière. On en parle beaucoup, les laboratoires rivalisent d’annonces, mais peu sont encore réellement commercialisées.

Des entreprises satisfaites, mais méfiantes

Dans la pratique, les peintures à nanoparticules que l’on trouve sur le marché sont principalement destinées à rendre les supports hydrophobes, autonettoyants, antibactériens, dépolluants (antipollution) et/ou antimoisissure. Les plus anciennes exploitent une propriété - l’effet lotus - dérivée de la structure naturelle nanométrique de cette plante, sur laquelle les gouttes glissent en emportant les poussières accumulées sur la surface. C’est ce que proposent de nombreux fabricants qui incorporent des particules de nano-argents pour des fonctions bactéricides, antimousse et résistant à l’humidité. C’est le cas de Bioni (Perform en extérieur, Hygienic en intérieur), de Sigma (Topcoat en extérieur, Immun ou Cleanair en intérieur), ou encore de Zolpan (mais avec du dioxyde de titane). D’autres comme Astral ou JefcoSylco ne précisent pas les éléments utilisés.
Chez Seigneurie, la gamme Garnotec commercialisée depuis 2006 fait appel à de la nanosilice pour couvrir les supports extérieurs neufs ou anciens. Cet additif moins controversé assure une texture plus lisse qu’avec une peinture acrylique traditionnelle. À l’échelle nanométrique, la silice comble les irrégularités et évite l’accrochage de la salissure. Mises en œuvre sous forme de Slurry (dispersion en phase aqueuse), ces nanoparticules sont donc toujours enrobées par la solution, il n’y a donc théoriquement pas d’émission, ni lors de la fabrication, ni pendant l’application.
Les entreprises du Bâtiment sont satisfaites des performances de ces nouveaux produits. Pour autant, elles restent méfiantes sur leur mise en œuvre. Car les scientifiques soulèvent des questions sur l’impact des nanoparticules sur l’environnement, la santé, la sécurité. Le problème essentiel est aussi un manque de recul sur le vieillissement du produit : seront-ils plus nocifs, comment les décaper, avec quoi les recouvrir ? Plus difficile : toutes les nanoparticules ne seraient pas néfastes ou toxiques pour l’homme, encore faut-il déterminer lesquelles. Celles qui posent le plus de problème sont les nanotubes, similaires aux aiguilles d’amiante. Depuis, le marché s’est développé, notamment avec des produits déjà banalisés dont les précautions de mise en œuvre ou d’usage, indiquées dans les notices, ne sont pas différentes des produits classiques.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°323

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