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Des maisons en acier à moins de 700 t/m2

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Des maisons en acier à moins de 700 t/m2

© (Doc. Stéphane Chalmeau.)

La rationalisation des dimensions, un catalogue de composants fabriqués en série et une construction à sec ont permis astucieusement de limiter les coûts de construction et de rester dans les plafonds de loyers PLA.

Réalisée au Pré-Gras, un quartier de Saint-­Nazaire (Loire-­Atlantique), pour le compte de la SA HLM Espace Domicile, chacune des 24 maisons individuelles dispose d’une surface totale de 106 m2– habitable et aménageable – supérieure aux normes. Construites sur une parcelle de 258 m2, elles sont conçues à partir d’un volume identique et disposent d’un jardin, d’un garage fermé et d’un parking extérieur. Comme l’indique le nom du lieu-dit, le terrain marécageux offrait une portance faible qui aurait ­nécessité des fondations spéciales pour une construction traditionnelle. Ainsi, plusieurs principes techniques retenus par la maîtrise d’œuvre ont permis de proposer à la fin 2002, date d’achèvement des travaux, des logements avec des loyers mensuels de l’ordre de 435 e TTC pour un 3 pièces, 475 e TTC pour un 4 pièces et 490 e TTC pour un 5 pièces. D’abord, une construction « tout métal » plus légère s’est imposée car elle offrait deux avantages : une fondation sur radier et semelles filantes était suffisante et le système de construction permettait un montage rapide à sec, réduisant à néant les temps d’attente entre les interventions des corps d’État. Ensuite, un plan carré – sans angles rentrants, plus coûteux – sur une surface au sol de 8,40 x 8,40 m, identique pour tous les logements – a permis la création d’un catalogue de composants modulaires fabriqués en série en usine, prêts à assembler sur le chantier. ­Enfin, les différentes typologies des 4 et 5 pièces se déduisent du 3 pièces par l’aménagement d’une chambre supplémentaire au rez-de-­chaussée en réduisant la surface du séjour des 4 pièces, ou de deux chambres dans l’espace aménageable au premier étage pour les 5 pièces. Le séjour conservant un espace à vivre d’une double hauteur.

Composants structurels en tôle d’acier pliée

Ce projet est essentiellement marqué par une approche industrielle des moyens et des coûts de production, sans abandonner une recherche architecturale chère au maître d’œuvre.

L’utilisation de l’acier n’a pas provoqué d’interrogations dans cette ville où les chantiers ­navals sont implantés. Le procédé ­Cibbap, développé par Usinor puis repris par Arcelor, permet la réalisation de la structure des maisons en tôles d’acier pleines ou perforées, laquées avant pliage et pliées. Les éléments porteurs sont constitués de caissons en tôle pliée, assemblés par clinches et par vis. Face extérieure, le mur de 20 cm d’épaisseur est composé de modules profilés en U, en acier plié, d’une longueur égale à la hauteur des deux étages de la façade. D’une largeur visible de 40 cm et comportant des ailes de 10 cm de haut, certains comportent des perforations au droit des menuiseries extérieures. Offrant un aspect modulaire à la façade, 20 modules de 40 cm et deux demi-modules d’angle de 20 cm s’ajustent sur la largeur de 8,40 m. Pour l’ensemble de l’opération, seuls deux gabarits plans revêtus de moquettes pour la protection de la laque ont été nécessaires pour réaliser les assemblages des éléments à plat avant qu’ils ne soient montés verticalement comme un « château de cartes ». Un chaînage solidarise l’ensemble à la structure porteuse au droit de l’étage et de l’acrotère. La face intérieure a été réalisée par une cloison indépendante semi-Styl de 10 cm d’épaisseur. La conformité à la nouvelle réglementation thermique 2000 est assurée par une isolation en laine de roche de 15 cm d’épaisseur, placée dans les éléments de façade et entre la structure de la contre-cloison de doublage. Le vide de 4 cm laissé entre l’isolant et les plaques de plâtre est utilisé pour le passage des câbles électriques. Intégrant de la laine de verre pour ­garantir le confort acoustique, les planchers secs sont réalisés en bacs PAB d’une portée de 2,50 à 3 m de long. Des potelets de 70 x 70 mm noyés dans l’escalier limitent la flèche des deux poutres porteuses du plancher, placées de chaque côté de la trémie. Les planchers en panneaux de particules posés flottants sur les bacs et désolidarisés par un feutre. La sous-face des planchers, prélaquée en usine, est laissée en l’état. Accusant une ­légère pente et ne comportant qu’une seule descente d’eau, la toiture-terrasse en bacs aciers est recouverte d’un complexe d’étanchéité élastomère bicouche fixé mécaniquement.

176 blocs-baies identiques

Le relevé d’étanchéité sur l’acrotère, coiffée d’une couvertine en acier laqué blanc, est protégé par une feuille d’aluminium. L’isolation thermique est assurée par deux couches de panneaux isolants de toiture de 80 mm d’épaisseur chacune. D’un poids total d’environ 4 tonnes, chaque « gros-œuvre » en acier a été monté à sec en 3 jours et la mise hors d’eau du bâtiment a été assurée au bout d’une semaine.

Le méticuleux travail de ­réflexion sur les ouvertures a été une source d’économies importantes. Réalisées par Minco, les 176 menuiseries extérieures coulissantes en bois-aluminium, à rupture de pont thermique, ont toutes les mêmes dimensions (220 x 240 cm). L’effet de série a permis d’en réduire le coût de 380 à 275 € HT/m2. La largeur de 240 cm correspond à six modules de façades : trois modules sont découpés pour laisser passer le jour par la moitié de la porte-fenêtre et trois autres sont perforés et filent devant l’autre moitié pour assurer un effet de brise-soleil. Devant chaque ouverture, un balconnet de 120 cm de longueur et de 40 cm de profondeur permet de nettoyer les vitrages extérieurs en toute sécurité et sans difficulté.

Un projet réalisé en 9 mois

Le garde-corps est naturellement en plaques d’acier perforées. ­L’effet architectural mariant l’absence de plaques et plaques perforées offre une grande clarté dans les pièces. Les menuiseries des rez-de-chaussée sont équipés de vitrages isolants anti-­effraction. En effet, le maître d’ouvrage a préféré cette solution plutôt que d’installer des volets dont les coûts d’entretien ou de réparation des dégradations restent à sa charge.

Pour les mêmes raisons, il n’a pas été prévu de stores en aluminium à commandes manuelles ou motorisées. Pour assurer une bonne occultation tout en laissant la liberté de l’aménagement intérieur, les maisons ont été livrées équipées de tringles à rideaux. Chacun des 24 blocs-portes d’entrée de 120 cm de largeur est placé au dessous d’une menuiserie de l’étage pour bénéficier de la suppression de trois modules de façade. Seulement trois modules courts laqués blanc habillent l’acrotère au dessus des menuiseries.Autre économie, le plan des différentes habitations est conçu pour utiliser 24 fois le même composant technique. Desservant à l’étage une ou deux chambres ou un espace dont l’occupation est laissée à l’initiative des locataires, les escaliers en bois et médium s’implantent de la même façon dans des trémies identiques.

Une seule ­gaine technique placée au même endroit distribue les pièces d’eau aux étages et aux rez-de-­chaussée. Très bien isolées et chauffées au gaz, ces maisons locatives offrent un confort particulier à des locataires qui ont toute latitude pour personnaliser et aménager leurs logements, au gré des évolutions de leurs familles. Ce projet qui à fait l’objet d’une REX du Puca (1), a été réalisé en neuf mois pour un coût de 698,24 e HT du m2 habitable.

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